"La République du crâne" : les pirates de Brugeas et Toulhoat défendent leur liberté

  • Près d'un an jour pour jour après la fin d'"Ira dei", le tandem du "Roy des Ribauds" et de "Block 109" revient avec un épais one-shot de deux cents pages revisitant avec beaucoup de talent et un soupçon d'authenticité la piraterie du début du début du XVIIIe siècle. Nous sommes ici certainement face à l'un des albums les plus marquants de Dargaud publié en ce début ce début d'année, accompagné par une magnifique exposition chez Huberty & Breyne Gallery à Bruxelles.

"La République du crâne" : les pirates de Brugeas et Toulhoat défendent leur libertéOn a beau savoir que l’éditeur avait reculé de quelques mois la publication du quatrième tome d’Ira dei l’année dernière, on est tout de même soufflé en se rendant compte que les auteurs du Roy des Ribauds ont entretemps conçu ce one-shot épique de deux cents pages. Et encore, ils ont fait un autre album entretemps, on vous en touchera un mot dans quelques jours...

On peut donc parler d’un rythme de production soutenu pour le tandem formé par le dessinateur Ronan Toulhoat et le scénariste Vincent Brugeas, unis par une solide amitié depuis une quinzaine d’année. Vitesse peut-être, mais pas précipitation. En revanche, ce rythme confère à leur travail une énergie qui déborde de leurs planches et qui emporte le lecteur.

Ronan Toulhoat & Vincent Brugeas
Photo : C-L Detournay.

Et cette fois-ci, ils s’attaquent au célèbre sujet des pirates. Mais pas de n’importe quelle façon, comme nous l’explique le scénariste Vincent Brugeas : « Ronan me tannait depuis des années pour réaliser un récit de pirates. Mais je ne parvenais à sortir du canevas de la traditionnelle chasse au trésor. Le sujet m’intéressait, car comme tout fan d’Histoire, je m’étais passionné pour les batailles navales, la flibuste, les boucaniers, les corsaires et la piraterie, mais je ne voyais pas ce que je pouvais apporter de plus... Jusqu’à ce je regarde un épisode de la série TV Black Sails en décembre 2018. Dès le première épisode, j’ai été frappé par l’organisation de leur démocratie, bien plus que par leur chasse au trésor. J’ai donc immédiatement appelé Ronan, et je lui ai évoqué tous les sujets que cela m’inspirait. Nous avions rendez-vous avec notre éditrice quelques semaines plus tard, et Ronan est arrivé avec une trentaine de dessins concernant cette thématique, dont notre fameuse héroïne Maryam sur son tas de crânes, comme on peut la voir dans l’expo chez Huberty & Breyne. »

Zoom sur un des dessins présentés à Dargaud pour illustrer le projet de "La République du crâne"
Cette illustration est mise en vente au sein de l’exposition.

Des esclaves rebelles associés à des pirates

Le récit de La République du crâne débute en 1718, dans Les Bahamas. Le capitaine pirate Sylla, secondé par son quartier-maître Olivier de Vannes et ses hommes, prend possession d’un vaisseau anglais. Mais au lieu de massacrer l’équipage, ils leur proposent de se joindre à eux. Et ce, au nom des principes qui sont les leurs : liberté, démocratie et fraternité.

Olivier de Vannes, devenu capitaine du nouveau bateau capturé, croise une frégate et s’en empare facilement car le navire semble abandonné. En réalité, des esclaves noirs mutinés se trouvent à son bord, et à leur tête, la reine Maryam impresssionne le nouveau capitaine par sa prestance et son charisme. Les anciens esclaves torturés par les Portugais parviendront-ils à collaborer avec les pirates ? Et combien de temps les Anglais laisseront-ils impunis leurs abordages qui se multiplient ? Lorsqu’on est pirate, on sait que la vie est courte, mais de là à se jeter dans les bras de ses ennemis...

Les amateurs du Roy des Ribauds seront heureux de renouer avec une narration nerveuse chère à un tandem qui s’impose de plus en plus comme une valeur sûre de l’aventure dans la bande dessinée franco-belge. Leurs quatre albums d’Ira dei leur avaient permis d’étoffer leur palette graphique et narrative, pour aboutir à ce nouveau récit aux compositions fortes qui entraînent le lecteur au cœur de leurs aventures trépidantes de pirates.

Des personnages à l’Histoire

« Après "Ira dei", nous ressentions l’envie de renouer avec un récit dont le format se rapprochait de "Block 109", nous explique Vincent Brugeas. Depuis lors, nous avons pu apprendre sur chaque projet, comme le format Comics de 20 pages sur "Chaos team", qui nous a permis de gérer les chapitres dans "Le Roy des ribauds".

J’ai le sentiment que nous sommes plus performants sur ce dernier album, car nous parvenons à densifier le récit tout en maintenant le format. De plus, j’ai voulu cette fois mettre l’intrigue au second plan pour me focaliser sur les personnages. Je ne voulais pas me cacher derrière des faits ou des personnages historiques, je voulais les faire vivre pleinement . J’ai préféré me concentrer sur des sentiments nés des personnalités des protagonistes et je ne voulais pas que mes personnages soient un assemblage hétéroclite de d’individus réputés. Ils devaient exister par eux-mêmes. Dans le même temps, pour leur donner un peu d’épaisseur et de la crédibilité auprès des lecteurs, on revient quelquefois à des points de départ historiques, comme celui d’Olivier Levasseur qui a influencé notre personnage d’Olivier de Vannes, ou deux reines africaines combattantes pour notre Maryam. Pour les lecteurs intéressés, le dossier en fin d’album revient d’ailleurs sur le destin de l’une de celles-ci. J’ai prolongé cette pratique axée sur les personnages avec les albums qui vont paraître, à commencer par le premier tome de "Cosaques" qui sortira au Lombard le mois prochain. »

Ce choix du scénariste fonctionne parfaitement ! Dès le début du récit, on est intéressé par la personnalité du capitaine Sylla, jusqu’à ce que la reine des esclaves se révèle et captive le lecteur par sa seule présence. Celle-ci est sans doute le personnage central du récit, une position d’autant plus difficile à mettre en place par les auteurs, qu’elle s’exprime volontairement peu. Chaque réplique est donc ciselée, et Ronan Toulhoat soigne chacune de ses apparitions, pour le soin des expressions et des mouvements que lui confèrent son port d’une reine, quelle que soit sa parure !

Comme l’explique le scénariste, l’Histoire est donc moins présente dans La République du crâne, même si les amateurs pourront se rattraper avec le dossier que l’on retrouve en fin d’album et qui raconte l’histoire de la piraterie à travers les âges.

Le récit n’est pas uniquement porté par des dialogues : les auteurs entament chacun des neuf chapitres par des extraits d’un journal de bord. Si celui-ci place un peu le récit dans son contexte historique, il permet surtout de mieux utiliser les ellipses pour décrire l’évolution des relations entre les personnages. Chaque chapitre est donc d’accélérer le tempo du récit pour mieux retrouver ses protagonistes auxquels les lecteurs s’attachent de plus en plus.

« Nos personnages sont éclectiques, analyse Ronan Toulhoat. Olivier de Vannes est le lumineux, l’individualiste qui veut croire à un monde meilleur, mais qui est confronté à ceux qui l’entourent. Sylla est en revanche un aventurier qui veut se sentir libre et vivre le moment présent à 100%. Il est d’ailleurs capitaine uniquement parce qu’il ne veut personne au-dessus de lui qui lui donnerait des ordres. »

Liberté, égalité, fraternité

Le second avantage de ce journal de bord est qu’il éclaire le lecteur sur les us et coutumes des pirates de ce début de siècle. Loin des brutes sanguinaires habituellement dépeintes, on découvre des personnalités sensibles, attentives aux autres et surtout éprises de liberté.

À ce titre, la séquence nocturne au centre de l’album demeure la pépite du récit. Non seulement, elle apporte davantage de clarté sur les objectifs de chacun des principaux protagonistes, mais surtout, par son autodérision mêlée d’insolence, elle met en scène avec humour un attitude distanciée par rapport à l’autorité qui traduit parfaitement leurs objectifs de vie. Les pirates ne vivront pas vieux, ils le savent et ils comptent bien en profiter !

Une double page qui introduit la fameuse séquence nocturne, portée par les masses de noir de Toulhoat

« J’ai puisé ces traditions dans un livre qui fait référence, écrit par un historien américain, Marcus Rediker, spécialiste de la période : "Pirates de tous les pays", explique Brugeas. Cet auteur a d’ailleurs écrit un livre sur l’esclavage qui est absolument glaçant, écrivant les conditions effroyables dans lesquelles ces êtres humains ont été enfermés dans ces bateaux. Outre cette thématique de l’esclavage, un élément qui nous intéressait beaucoup chez les pirates de cette époque, c’est leur sentiment exacerbé de finitude. Ils savent qu’ils vont mourir dans un avenir très proche, et ils l’assument totalement. Ce qui est propre à la période de la piraterie que nous avons choisie, celle située en 1715 et 1722, où tout était à fleur de peau. Ces individus remettaient en cause le cadre social de l’époque, c’étaient des marins très pauvres, souvent embarqués de force sur des bateaux, et qui n’avaient aucun droit. »

« Ils avaient acquis des libertés pendant les années précédentes, reprend Brugeas, lors de la Guerre de succession d’Espagne, où on les a formés à l’attaque et au pillage. Après avoir goûté à cette vie, les gouvernements ont voulu les désarmer, sachant qu’ils ne pouvaient même pas les remettre au travail dans la marine marchande, car ils disposaient à ce moment-là de trop de main d’œuvre dans ce secteur. La frustration ressentie par cette population internationale est au cœur de cette piraterie-là. »

Les pratiques de ces communautés libertaires aboutirent à la création d’un nouvel état : la "République du crâne". Après bien des péripéties, des festivités et des abordages, celle-ci occupe toute la seconde partie du livre, ce qui permet aux caractères désormais affirmés des protagonistes de se déployer dans une situation pour eux inédite. Avec une exception notable pour l’impressionnante Maryam, cette reine des esclaves dont les secrets suscitent un fiévreux page-turner ininterrompu jusqu’à la conclusion de l’album.

« Créer une société à leur image procédait de leur essence même, explique le dessinateur, à l’exemple de celle qu’ils avaient contituée à Nassau. D’ailleurs, chaque nouvelle course, c’est ainsi qu’ils nommaient leurs expéditions, était l’occasion de recréer un équipage où chacun était un associé à part entière et avait droit au vote pour les décisions et l’élection du capitaine, et même à une forme de sécurité sociale car une part de butin était mise de côté au cas où l’un d’eux perdrait un membre. Fonder une démocratie en narguant les grandes royautés de l’époque, nous semblait des plus légitimes. Ce n’était pourtant pas parfait… »

« Nous avons rajouté un sous-texte à notre récit, complète le scénariste : si l’échange d’informations n’était pas bonne dans cette démocratie, cela pouvait comporter un risque pour cette société. Et une bonne décision prise à un moment, peut se révéler mauvaise à la longue. Dans le même temps, comme nous l’avions réalisé dans "Block 109", nous ne voulons pas donner de leçon. C’est au lecteur à trouver sa propre interprétation. Et c’est pour cela qu’il n’y aura pas de suite à "Block 109", car ce serait annihiler le travail réalisé intentionnellement sur le livre. »

Nos pirates ont-ils trouvé le havre de paix où construire leur société basée sur l’égalité des droits, soixante ans avant la révolution américaine ?

Toutes voiles dehors !

La richesse des personnages et le souffle de l’aventure sont portés par le dessin ultra-dynamique de Ronan Toulhoat. Fort de ses expériences précédentes, ce dernier profite des nombreuses doubles-pages du récit pour réaliser de superbes compositions. Celles-ci ouvrent l’espace à chaque entame de chapitre, pour faire ressentir le souffle de l’aventure et du grand large. Puis elles reviennent aux moments adéquats, surtout dans les combats et les divers abordages. Il ne faut d’ailleurs pas hésiter à aplatir les pages pour bien en profiter, car la reliure conçue par Dargaud est suffisamment solide pour qu’on puisse la malmener. Il s’agit de ne rien perdre du spectacle !

« Une partie de ma famille est bretonne, explique Ronan Toulhoat. J’ai fait beaucoup de voile étant enfant, j’aime beaucoup la mer et ses ambiances, y compris dans l’aventure romanesque. Je ressens aussi beaucoup de plaisir à dessiner les bateaux à voile, car j’apprécie leur beauté ; ceux du XVIIIe étaient d’ailleurs magnifiques. Une partie de mon goût envers les récits de pirates me vient certainement de la lecture des Barbe-rouge dans ma jeunesse. Il était dès lors impossible pour moi de m’y atteler en dilettante. J’ai été chercher les sources iconographiques de Patrice Pellerin. Je voulais aussi montrer l’écart d’échelle, la différence de taille entre les petits bateaux des pirates et les gros vaisseaux de guerre contre lesquels ils se battaient. »

« Dans mon travail, on retrouve des influences notables : Jijé, Alex Toth,… Victor Hubinon, [le dessinateur de la série "Barbe-Rouge"] est plus éloigné de mon trait naturel, mais je me suis rendu compte après coup que j’avais intégré des cadrages qui émanaient de lui, des postures de personnages avec le port d’un bonnet ou une mèche qui dépasse. Je les ai reproduits naturellement, sans m’en rendre compte, ce qui démontre l’influence qu’il a également eue sur moi. Sans oublier les vêtements de Sylla qui empruntent à des références de films de cape et d’épée. Notamment cette chemise ample qui offre plein de libertés de mouvements que j’ai prise beaucoup de plaisir à mettre en scène. »

Cette maturité acquise saute aux yeux en visitant l’exposition que la galerie Huberty & Breyne lui consacre actuellement. C’est d’ailleurs certainement la première fois que la galerie de Bruxelles consacre son espace central à un auteur aussi jeune, c’est dire l’importance grandissante de Ronan Toulhoat dans le domaine franco-belge.

Les nombreuses double-pages sélectionnées par l’auteur et la galeriste disposent sur les cimaises de tout l’espace nécessaire pour emporter le visiteur sur le pont des navires pirates. De plus, une trentaine de pièces sont complètement inédites pour le grand public ! Il s’agit soit des dessins évoqués en début d’article et destinés initialement à l’éditrice, d’hommages ou d’illustrations très poussées pour les différents tirages noirs et blanc, ainsi que des premières pages de l’album réalisées en couleurs directes, avant que l’auteur ne se décide à revenir encore un temps au noir et blanc, une décision certainement temporaire.

« "La République du crâne est un album pivot où j’ai appris à canaliser mon énergie, analyse le dessinateur. J’ai décidé de destiner mon dessin à la bande dessinée, je tente de le rendre plus lisible, pour qu’il se fonde dans la narration. J’ai donc volontairement réduit mon format de planches, afin de mettre moins de traits lorsque ce n’était pas nécessaire. J’ai également évolué dans mes outils. Je trouvais que mes masses de noir étaient trop abruptes. Je suis passé à une technique de pinceau qui me permet d’adoucir les ombres et de rajouter dans la nuance, ce qui permet de gagner en clarté et lisibilité au bénéfice de l’histoire et bien entendu du lecteur. »

La République du crâne est en définitive un ouvrage qui consacre le retour en grâce des récits de pirates, après la très belle trilogie de Libertalia. Le parti-pris du scénariste de mener l’intrigue avec ses personnages lui permet d’écrire quelques séquences notables, comme celle du jugement qui marquera indubitablement le lecteur.

Le final, plus osé, reste dans la droite ligne de leurs parti-pris, même s’il risque de désarçonner peut-être le lecteur. Mais l’on retiendra surtout les sentiments portés par ces individus charismatiques qui semblent n’avoir peur de rien : l’amitié, la rivalité, la méfiance, le plaisir, la vengeance, la trahison et les amours se suivent et s’entremêlent, pour le plus grand plaisir du lecteur. Du grand spectacle !

Propos recueillis par Charles-Louis Detournay.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782505087335



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Source : Datalib
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