La Station - Par William Henne - La Cinquième Couche

24 janvier 2005 0 commentaire
  • Une gare, grande, belle, pleine de voyageurs en attente... mais sans aucun train. Voilà le décor de {La Station}, un album dégageant un réalisme absurde, une lenteur faite de mouvements incessants, une atmosphère à la fois désuète et moderne.

Un voyageur achète de faux billets dans la salle des pas perdus, d’autres sont assis à une table, attendant un "événement", sans que l’on sache de quoi il s’agit. Un marin part d’un quai, pour se diriger vers la gare, où il remarque bien vite une jeune femme. Un autre voyageur a la désagréable surprise de découvrir que le billet qu’il dit avoir acheté à l’instant n’est pas valable...
Petit à petit, le contexte parfaitement réaliste des débuts laisse place à un décalage de plus en plus manifeste : le train que tous attendent n’arrive pas, et certains l’attendent depuis des années. Pourtant, la gare semble florissante, une gazette insipide lui est même consacrée, et tous conviennent qu’il ne faut pas perdre espoir.
Et les improbables voyageurs de se livrer à de grandes discussions philosophiques, au milieu d’une vaine agitation entretenue par les employés - il faut bien montrer que l’on sert à quelque chose.

La Station - Par William Henne - La Cinquième Couche

Un grand soin a manifestement été apporté à l’ouvrage : la bichromie utilisée renforce le côté intemporel de l’histoire, et la mise en page et la typographie employées pour les textes hors-narration (extrait du réglement, des articles de la gazette, etc.) donnent un côté léger à un livre qui, finalement, est foncièrement pessimiste. Le trait de l’auteur, attentif aux détails, représente souvent des personnages aux visages flous ou dans l’ombre, rendant ces gens moins présents, comme le décor qui oscille entre un réalisme quasi-photographique (la gare d’Anvers aurait servi de modèle) et une évanescence qui le plonge dans une hébétude partagée par les êtres qui l’habitent.

A travers cette belle métaphore de l’attente, William Henne a réalisé une oeuvre forte et dérangeante, comme peuvent l’être celles de Kafka ou Ionesco. La cohérence de ses idées (la gare fonctionne comme le poumon de la ville, mais un poumon qui respirerait du vide), la variété de ses personnages, leur façon de vivre avec ce qu’ils ont, sans se révolter contre l’absurdité de la situation, tout cela renforce l’impression de réalité, qu’il brise régulièrement par des traits d’humour référentiel (« Tout doit disparaître » ou « Il n’y a pas d’abonné au numéro que vous avez demandé » sont utilisés de façon complètement décalée).
La Station est une oeuvre qui, comme la vie, n’apporte aucune réponse, mais pose de grandes questions.

(par François Peneaud)

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