La ballade inachevée de Claude Auclair

21 octobre 2015 6 commentaires
  • C'est un des ouvrages les plus émouvants de la rentrée car il donne un visage à un auteur resté longtemps méconnu : Claude Auclair, un des talents les plus prometteurs et les plus intéressants des années (A Suivre), décédé inopinément en janvier 1990 à l'âge de 46 ans. Le Lombard vient de rééditer l'intégrale de sa première grande œuvre : "Simon du Fleuve."
La ballade inachevée de Claude Auclair
Ckaude Auclair
Photo DR

C’étaient des temps pionniers pour la bande dessinée, devenue, selon Salvador Dali, "un 8e art", pour sa production adulte à peine naissante, héritière des années "Sexties", mais encore soumise à la censure ; pour la science-fiction et le polar, mauvais genres par excellence des années 1950-1960 ; pour l’écologie balbutiante "baba-cool" : Yves Frémion portait alors pattes d’eph, cheveux et barbe "jusque là" et tout ce monde fréquentait les premiers fanzines, les premières conventions. De nouvelles signatures venaient d’apparaître, sinon de muter : Jean-Claude Forest, Philippe Druillet, Jean-Claude Mézières, Marcel Gotlib, Claire Bretécher, Jacques Tardi, Moebius... La révolution de la nouvelle BD : Pilote, Hara Kiri, Charlie Mensuel, L’Écho des savanes, Métal Hurlant, Fluide Glacial... bat son plein.

Dans Tintin, Greg, alors son rédacteur en chef, fine mouche, rattrape le mouvement, transforme le journal d’Hergé en quelque chose de plus adulte. Un nouveau trait apparaît : Hermann, Dany, Cosey... et puis Auclair, faisant ses premières armes dans Pilote, et qui amène, avec Simon du Fleuve, dans l’hebdomadaire des 7 à 77 ans en 1973, une thématique nouvelle, plus politique, aux accents écologistes, d’un genre nouveau : le western d’anticipation post-apocalyptique, qui fera fureur quelques années plus tard sous la bannière de Mad Max et, dans la bande dessinée, sous celles d’Akira par Katsuhiro Otomo, du Jeremiah d’Hermann ou du Transperceneige de Lob & Rochette.

Cette veine nouvelle était déjà présente bien avant dans le roman, par exemple dans La Planète des singes de Pierre Boule (1963), mais la référence d’Auclair est plus métaphorique et plus ancienne encore. Il la puise dans Le Chant du monde de Jean Giono (1934) qu’il transpose en pensant lui rendre hommage dans La Ballade de cheveu rouge.

Dans le courrier des lecteurs que reçoit le journal, on fait remarquer que la ressemblance est troublante. Greg, interpellé, conclut un peu hâtivement au plagiat et demande au jeune auteur de s’en débrouiller avec les ayants droits. Gallimard étant une grande maison littéraire et la bande dessinée ayant une réputation de vulgarité, un mauvais accord se dégage : La Ballade de Cheveu Rouge est remisée au placard et les aventures de Simon du Fleuve commencent... Dans cette intégrale, on publie pour la première fois (officiellement, car des éditions pirates ont circulé), cette première histoire. il faut dire qu’entretemps, Gallimard est devenu un éditeur de bande dessinée...

Simon du Fleuve par Claude Auclair
(c) Le Lombard

Dans le dossier introductif, particulièrement copieux, Patrick Gaumer nous présente Claude Auclair avec sa minutie habituelle d’encyclopédiste. Il nous est présenté pour la première fois de façon complète et documentée. On peut suivre l’évolution du style de celui qui a été un des plus lumineux orfèvres du noir et blanc dans (A Suivre), avec des chefs d’œuvre comme Bran Ruz ou Le Sang du flamboyant. Des titres aujourd’hui édités par Casterman, filiale de... Gallimard dans le catalogue duquel, ironie du sort, Auclair rejoint Giono, son premier inspirateur.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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6 Messages :
  • La ballade inachevée de Claude Auclair
    21 octobre 2015 11:39, par jacques Terpant

    Une très bonne idée du Lombard ,mais on (je) l’aurait aimé en noir et blanc.

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    • Répondu par RD le 21 octobre 2015 à  14:08 :

      Il me semble justement, pour l’avoir feuilleté, qu’une partie du livre est en noir et blanc et l’autre en couleur. Pourrait-on nous éclairer sur ce choix ?

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    • Répondu par GAUMER Patrick le 21 octobre 2015 à  14:57 :

      Bonjour Jacques,

      Claude Auclair a tout d’abord pensé sa Ballade de Cheveu Rouge en noir et blanc (il le dit d’ailleurs dans un entretien), d’où un dessin très contrasté devenu - hélas ! - peu lisible lors de sa publication en couleur dans la revue Tintin. Afin de respecter l’intention première de l’artiste, ce prologue est proposé sans son aléatoire et écrasante quadrichromie, en noir et blanc donc, mais avec le lettrage original paru dans Tintin. Tout ça évidemment nettoyé, afin de pallier à l’usure du temps. Pour la suite de la série, Auclair pense et utilise la couleur comme un élément narratif à part entière, ainsi dans Les Esclaves, oppose-t-il les teintes brunâtres de l’enfer industriel aux coloris vifs de la nature environnante. Le Clan des Centaures et Les Esclaves sont donc logiquement repris en couleur.

      Bien à toi,

      Patrick Gaumer

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      • Répondu par Jacques Terpant le 27 octobre 2015 à  14:35 :

        Merci Patrick (pour la précision ici),de vive voix à Saint Malo ,et avec le livre en prime, je conseille vivement !

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  • La ballade inachevée de Claude Auclair
    21 octobre 2015 19:15, par sheymans

    Fan inconditionnel de Claude Auclair depuis que mon père m’a fait découvrir Simon du Fleuve, j’ai d’ailleurs le même prénom que notre personnage ;), je suis super ravi de voir cette intégrale.
    Les thèmes abordés, le dessin majestueux de Auclair reste toujours d’actualité, uniquement pour les 6 premiers albums. Les 4 derniers, ceux avec Riondet, n’étant plus Simon du Fleuve.
    Par contre La Ballade de cheveu-rouge avait déjà été publiée officiellement en N/B dans l’excellente biographie sur Claude Auclair La Dame Noire.
    Hâte de lire le dossier, relire les albums et de faire découvrir cette BD à de nouveaux lecteurs.
    Je trouve les couvertures des 2 intégrales magnifiques. J’espère que ces intégrales permettront de faire re-découvrir le travail de Claude Auclair.
    Simon

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    • Répondu par Julien GRYCAN le 20 décembre 2015 à  19:56 :

      d’accord sur tout ! Auclair était génial ! il m’a donné envie de faire de la BD. Je n’ai pas son talent, malheureusement !

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