La collection "Les Trois Masques" des Humanoïdes Associés

18 mars 2003 0 commentaire
  • Un nouveau label est né. "Les Trois Masques" se veut une collection dédiée au Merveilleux et au Fantastique et se propose de surfer sur la vague de "Harry Potter", "Le Seigneur des Anneaux" et "Chihiro". Elle est inaugurée avec trois titres très différents, tellement différents qu'on en vient à se demander ce qui peut bien les rassembler dans une même collection.

"C’est dans la réalité quotidienne ou dans la trame de légendes familières que l’Imaginaire le plus universel se situe aujourd’hui", nous explique le dossier de presse. Pour autant, les explorations science-fictionnelles des abysses galactiques, des utopies cybernétiques ou des lendemains post-atomiques qui déchantent, ne sont pas morts. Mais la roue tourne, et la magie et son formidable pouvoir de rêve deviennent désormais des thèmes aussi attirants pour le grand public que ceux des univers de l’aventure ou du policier. La magie, le surnaturel et le Mervelleux ont quitté la sphère des spécialistes pour toucher le plus vaste des lectorats. Ma fraîcheur, la simplicité, la drôlerie, un récit accessible à tous, voilà les caractéristiques des albums qu’un nouvel étendard, celui du Merveilleux pour tous, entreprend de réunir. Avec Les 3 Masques, le défi sera d’attirer vers nos mondes inouïs cette génération de lecteurs que la sensiblité nouvelle au Fantastique va désormais concerner".

Tel est donc le credo de l’éditeur pour cette nouvelle collection. La collection "Les Trois Masques" des Humanoïdes Associés
Mais les premiers titres semblent insérés au chausse-pied dans cette définition pourtant très large.

Il en est ainsi de l’excellent "Sâti", premier volume de la série "Basil et Victoria" que Yann créa avec Edith en 1990 et qui est donc réédité à l’occasion de ce lancement. L’histoire de deux enfants dans les docks sordides du Londres de l’époque victorienne, qui découvrent une petite indienne en robe de soie qui s’est enfuie de sa luxueuse maison. Les deux enfants, habitués à détrousser les bourgeois, sentent qu’il y a de l’argent à faire Mais en la livrant à sa famille, ils ignorent qu’ils vont la remettre à des bourreaux qui, pour respecter une coutume ancestrale mais néanmoins inhumaine, vont la brûler vive. La collaboration entre un Yann encore terriblement féroce et une Edith majestueuse, au trait vif et expressif, avait fait merveille. De là à insérer ce livre dans une collection dédiée au Fantastique, on ne comprend pas vraiment le lien...

Comparé au petit bijou qui précède, "L’oeuf de dragon", premier volume de "La voie du Kung Fu", par Grégoire Loyau, fait tache. Il met en scène Chan, le cuisinier d’un Monastère abritant une école d’arts martiaux, qui part en quête d’un oeuf sacré qui y a été dérobé. Il doit pour cela se rendre dans le labyrinthe des illusions, où l’attendent une succession d’épreuves imposées par diverses créatures qu’il va rencontrer. On n’échappe à aucun cliché du genre, et le décalage induit par les dialogues qui se veulent humoristiques manque de subtilité. La mise en couleurs, qui joue sur une dominante par lieu traversé (on passe d’une lumière verte à une rouge, puis à une bleue, à une jaune, etc.) trahit trop son origine informatique, qui lui donne un rendu artificiel. Et l’on arrive à la dernière page déçu, car la couverture, très réussie, elle, annonçait nettement mieux.

Seul "Gargouilles", finalement, est bien à sa place dans cette collection.
Ecrit par Filippi, déjà auteur du "Livre de Jack" (qui pourrait tout à fait le rejoindre sous le label "Trois Masques"), et dessiné par un illustrateur prodige de l’édition pour enfants, J. Etienne, c’est un superbe conte où un petit garçon d’aujourd’hui, qui vient d’emménager dans un nouvel appartement en face d’une cathédrale, se retrouve plongé au XVIIe siècle, intégré dans une famille tout à fait normale au milieu de créatures merveilleuses. Le scénario est véritablement magique, et le dessin somptueux de J.Etienne, réalisé en couleurs directes, ajoute encore à la magie. On sent l’illustrateur rodé derrière ces scènes magnifiques, mais sans la raideur habituelle des illustrateurs passés à la bande dessinée. Bien au contraire : son dessin expressif est plein de vie, et certaines scènes sont impressionnantes de virtuosité. Un premier livre étonnant, réjouissant, et qui font espérer que les deux auteurs poursuivront cette brillante collaboration.

(par Patrick Albray)

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