La collection "Wanted" (2/2) : Le Groupe Paquet dépoussière le western

12 août 2016 2 commentaires
  • Après le premier tome des "Dalton", le label EP Editions du Groupe Paquet fait coup double afin d'instituer sa nouvelle collection "Wanted". "Deux Bandits" est un western brésilien qui brille par une mise-en-scène époustouflante !

La collection "Wanted" (2/2) : Le Groupe Paquet dépoussière le westernL’album des Dalton que nous vous présentions en première partie de cet article intègre la nouvelle collection Wanted, relancée par Paquet. Lorsque Pierre Paquet racheta l’éditeur Emmanuel Proust en 2014, il a maintenu les collections en place, dont Atmosphères au sein duquel parut le premier tome de Révérend, fin 2012, un récit dont la qualité graphique nous avait conquis.

Mais pour lancer le second tome de cette série sorti en 2015, Pierre Paquet a décidé de créer la collection Wanted sous la marque-ombrelle de EP Editions, sachant que deux nouveaux titres allaient suivre : le diptyque des Dalton dont nous venons de parler, ainsi que d’autres à venir, dont un étonnant western brésilien : Deux Bandits !

Ce n’est certes pas la première fois qu’on traite cette thématique dans le contexte du Brésil. Souvenez-vous de la Macumba du Gringo d’Hugo Pratt ou du Caatinga d’Hermann (encore lui !) [1]. Deux bandits se démarque déjà par l’origine de son auteur, Danilo Beyruth, qui est brésilien lui-même. Il a choisi de traiter son récit tel un film de papier de 96 pages, peaufinant ses séquences, ses plans et ses atmosphères.

La première double-page du récit, d’autres suivront...

Plantons d’abord le décor : dans le Sertao brésilien, une région aride voire désertique, une vingtaine de bandits vient d’être décimée par une patrouille de soldats. Le responsable de cette sanglante embuscade n’est autre que le lieutenant Honorio, qui pousse la conscience professionnelle jusqu’à décapiter ses victimes pour en exhiber la tête dans la capitale.

De cette embuscade, seuls deux bandits ont miraculeusement survécu. Plutôt que de s’enfuir, ils imaginent attaquer le convoi du lieutenant Honorio pour lui prendre les caisses qui transportent les têtes de leurs amis. Leurs motivations ? Bien diverses ! Le premier bandit désire libérer leur âme, tandis que le second désire simplement mettre la main sur le fabuleux trésor qui les accompagne ! Pour monter cet guet-apens, il doivent trouver des armes, le lieu adéquat, de la dynamite... et disposer d’une belle part d’inconscience !

Une mise-en-scène époustouflante

Aucun doute : même si nous sommes au Brésil, Deux Bandits réunit bien tous les éléments d’un western : longue poursuite et règlements de compte sous un soleil de plomb, les amateurs du genre ne seront pas déçus !

Pourtant, en dépit de ces 96 pages, ce one-shot ne permet pas de tisser un lien suffisamment fort entre les personnages principaux et le lecteur. Bien entendu, on comprend les motivations premières des deux bandits, mais l’auteur brésilien ne nous donne aucun autre élément auquel se raccrocher. On ne sait rien de leur passé, de ce qui a les conduit à embrasser ce destin dangereux, et c’est à peine si on effleure les relations qu’ils avaient avec leurs compagnons décédés. Ne parlons pas du lieutenant Honorio : il fait son travail, c’est tout.

Une double-page typique de l’album
Une pleine-page pour évoquer le rêve d’un bandit

Outre la force du dessin de Beyruth (les rêves des bandits sont très évocateurs), tout l’intérêt de cet album réside donc dans sa mise en scène. On le comprend dès la première page : les cases ne sont pas une succession de plans, mais bien un même plan dont l’angle varie : la caméra bouge comme dans un story-board.

Plus que celles de la bande dessinée, l’auteur utiliseles techniques de réalisation de cinéma pour présenter son "film de papier" : vision subjective, zoom, dézoom, plan large, plan fixe, plongée, contre-plongée, souvent très accentuée, etc. Beyruth dépasse même les codes inventés par le western spaghetti pour proposer des plans larges en vision subjective où la focale est déformée, comme si l’on regardait au travers d’un prisme circulaire exacerbant la vision oculaire. Tout en jouant avec la forme de la case (très allongée, ou en double-page), la moitié de l’album utilise ces cadrages spéciaux : le lecteur sera soit impressionné par cette technique... soit déstabilisé ! Un coup d’œil sur les planches reproduites ici suffiront à instruire votre propre jugement.

Une mise en page innovante

Ajoutons que Deux Bandits participe également du cynisme et de la dose opportune d’humour du cinéma moderne, signé Tarantino par exemple. L’opposition des intentions de deux bandits joue sur les ressorts intrinsèques à ces deux destins : l’honneur et l’argent.

Le cadre de l’affrontement final, un village qui tente désespérément de lutter contre l’ensablement, prend surtout une saveur particulière lorsqu’on apprend qu’il est habité par une communauté de dévots. Beyruth joue une nouvelle fois la carte du contraste entre les hommes qui ont choisi les armes et les pacifistes soumis qui s’en remettent à Dieu. La réponse à cette question sous-jacente apparaît dans toute sa violence, lors de la terrible scène finale, sans doute la plus réussie de l’album, car Beyruth pousse jusqu’au bout sa logique cinématographique. Pas de doute, le voyage était étrange, mais redoutablement efficace !

Le cadre de l’affrontement final : un village qui tente despérement de lutter contre l’ensablement

Avec sa collection Wanted, EP Editions marque donc la bande dessinée de western de son empreinte. Les amateurs du genre devront donc être attentifs aux prochaines parutions de ce label !

(par Charles-Louis Detournay)

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Lire la première partie de cet article : "Wanted" (1/2) : Enfin, la vérité sur la bande des Dalton !

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Concernant la collection Wanted, lire également notre chronique du Révérend

[1Précisons que Caatinga se déroule au Nord-Est du Brésil dans les années 1930, tandis que Pratt situe l’intrigue de son album en 1938, toujours dans les étendues désertiques du Sertao brésilien.

 
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