La complainte des rêves brisés de Kim Deitch

9 décembre 2003 0 commentaire
  • Un livre-événement ! Kim Deitch est une des figures du mouvement Underground américain des années 1960. Art Spiegelman, l'auteur de "Maus", le place « parmi les plus grands ». Denoël Graphic s'apprête à publier son chef-d'œuvre : « Une Tragédie américaine » dans lequel un créateur de cartoons, ces dessins animés nés à l'époque du muet, se trouve dépossédé de sa création et se brûle les ailes à la lampe incandescente du rêve américain.

Qualifiant ce dessinateur comme « l’un des secrets les mieux gardés du monde des comics depuis plus de trente-cinq ans », Art Spiegelman ne tarit pas d’éloges à son égard. Kim Deitch est, dit-il « un Père Fondateur, un conteur magistral, dont les pages superbement structurées et les intrigues aux entrelacs subtils font revivre un passé américain hanté et envoûtant ».

Il est vrai qu’il décrit un milieu de l’animation d’une dureté sans pareille, en butte aux appétits personnels, aux coups bas, où la promotion canapé pèse plus que le talent, où le créateur est instrumentalisé et pillé. On n’a pas de peine à reconnaître au travers de ses personnages quelques-uns des pionniers du cinéma d’animation américain dont un certain Winsor McCay que l’on voit ici humilié, ringardisé à l’extrême, jeté en pâture aux maisons de retraite. Le personnage principal du récit, créateur de Waldo, est lui aussi envoyé en maison de fous, traité à l’électricité par un psychiatre Folamour, puis ressorti de son asile lorsque son personnage trouve un nouveau et inattendu débouché commercial.

Ce livre est une cinglante critique des valeurs du rêve américain où l’accomplissement individuel, la qualité créative, le plus élémentaire respect même sont sacrifiés pour favoriser la course au profit. Une séquence de l’histoire raconte comment certains créateurs, dénoncés par leurs petits camarades en pleine crise de maccarthysme, sont blacklistés, obligés de travailler clandestinement pour pouvoir continuer à faire leur métier. Graphiquement, cette mélopée nostalgique joue sur les codes des films des années trente, les vieux Disney ou les classiques des studios Fleischer.

Certaines mises en page sont époustouflantes par leur créativité et la profusion des détails. « Une Tragédie américaine » est une œuvre forte, sensible et qui donne à réfléchir.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander cet album:
BDfugue FNAC Amazon

  Un commentaire ?