La disparition d’un gentleman de la BD

4 octobre 2002 0 commentaire
  • Guy Vidal, Directeur éditorial des Editions Dargaud, avait annoncé, au début de cette année, sa décision de se mettre en retrait afin de pouvoir s'occuper de sa famille. Le cancer ne lui aura pas laissé le temps de profiter de cette retraite pourtant bien méritée: il est décédé lors d'une opération chirurgicale, ce 4 octobre.

En quarante années de bande dessinée, il avait connu toutes les facettes du métier. Journaliste à "Pilote", il en avait été l’un des scénaristes les plus innovants, de ceux qui avaient osé, à la fin des années 60, aborder avec la bande dessinée des thèmes "adultes", comme le racisme, l’extrémisme politique, ou des événements "sensibles" de l’histoire récente. Rédacteur en chef de ce journal de 1973 à 1981, il avait ensuite collaboré aux Humanos et à Alpen avant de revenir chez son premier éditeur en 1993, comme Directeur Editorial. Après la tempête suite à la perte d’Astérix, il avait procédé à une refonte complète du catalogue avant de lancer son fleuron, la collection "Poisson Pilote", et, cette année, la collection "Fictions".

Cultivé, intelligent, sensible, d’une extrême gentillesse, Guy Vidal était unanimement apprécié dans la profession. Il n’avait pas totalement quitté Dargaud depuis l’annonce de sa retraite, puisqu’on pouvait retrouver sa plume nostalgique, tous les deux mois, dans "La Lettre". Il y commentait les petits et les grands événements de la bande dessinée tout en distillant ses souvenirs et ses amicals saluts à l’un ou l’autre de ses innombrables amis.

On espérait qu’il profiterait de son temps libre et de ses talents d’écrivain pour raconter ses mémoires et nous faire revivre les ouragans et les bonheurs de ces quarante années d’histoire de la bande dessinée vécues de l’intérieur. La maladie ne lui en a pas laissé le temps. "Trop de cigarettes. Il en plaisantait encore hier.", nous dit l’un de ses amis. La plaisanterie ne fera plus rire personne.

(par Patrick Albray)

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