La grande aventure façon Renée Stone

21 septembre 2018 2 commentaires
  • Après "Isadora", le duo Birmant-Oubrerie conserve le cadre historique de l’entre-deux-guerres pour nous entraîner cette fois dans une palpitante aventure, entre Agatha Christie et Indiana Jones, sur les traces d’un trésor assyrien qui suscite bien des convoitises...

1930, Renée Stone, jeune romancière à succès, se rend à Addis-Abeba, pour assister au couronnement de l’empereur d’Éthiopie Haïlé-Sélassié. Lors son voyage, elle rencontre John Malowan, un spécialiste de l’écriture cunéiforme et des légendes assyriennes. Le timide jeune homme tombe amoureux de la romancière, qui, de son côté, n’a d’yeux que pour Alfred Theziger, un célèbre explorateur, qui travaille pour les services secrets britanniques.

Entrés en possession d’un antique sceau cylindrique, cadeau de la grand-mère de Malowan, Renée et son maladroit soupirant sont plongés dans une sombre intrigue, dont l’enjeu n’est autre que la découverte du trésor du roi d’Assyrie Assurbanipal. Un jeu de piste plein de rebondissements et de faux-semblants s’engage alors dans les grandioses paysages du Rift éthiopien…

La grande aventure façon Renée Stone

En mêlant crime, espionnage et romance sur fond de découvertes archéologiques, le tout avec une légère mais constante dose d’humour, les auteurs reprennent les ingrédients qui ont fait et font encore le succès des romans d’aventure anglais et de leurs innombrables adaptations cinématographiques.

Les allusions et clins d’œil à ce genre sont légions tout au long de l’album. La couverture, très réussie, qui rappelle les affiches de film des années 1930-1950, donne le ton. Le thème de l’enquête archéologique en Afrique évoque inévitablement les récits publiés par Henry Rider Haggard (1856-1925), le créateur du personnage d’Allan Quatermain, une des sources d’inspiration d’Indiana Jones. Quant aux personnages, ils semblent tout droit sortis des intrigues « moyen-orientales » d’Agatha Christie, de Meurtre en Mésopotamie (1936) à Rendez-vous à Bagdad (1951). Les auteurs ont d’ailleurs multiplié les hommages à l’œuvre de la reine du crime. Le nom de John Malowan rappelle celui de l’archéologue Max Mallowan, le second mari de Lady Agatha. L’auteur de roman policier Graham Gray, figure clé de l’intrigue, apparaît sous les traits de Peter Ustinov, tel qu’il incarne Hercule Poirot dans la célèbre adaptation cinématographique de Mort sur le Nil (1978) [1]. Simon MacCorkindale, autre acteur de ce film, prête son visage à l’avantageux Alfred Theziger, tandis que Peter Stanford, le propriétaire de la réserve d’éléphants de Babile, ressemble fortement au personnage interprété par Rock Hudson dans l’adaptation du Miroir se brisa. Il ne manque à cette galerie de visages familiers que le grand David Niven, (célébré l’année dernière par Jean Harambat), dont on espère qu’il fera une apparition dans la suite des aventures de Renée Stone.

Du côté du cinéma d’aventure, on pense bien sûr à Indiana Jones, que ce soit à travers les courses-poursuites en voiture dans les rues de Harar ou la plongée dans les galeries secrètes des églises rupestres de Lalibela. Les auteurs font également la part belle à l’œuvre d’Henry de Monfreid, source d’inspiration récurrente de la BD d’aventure italienne et franco-belge, qui apparaît ici sous le nom d’Henry de Frick. Signalons enfin que l’oncle de John Malowan, Ato Joseph, évoque un personnage central des Secrets de la mer rouge. Nous avons donc bel et bien affaire à une BD hommage, qui doublera le plaisir de lecture des amateurs du genre.

Le contexte historique est quant à lui très bien amené et a surtout l’immense mérite de l’originalité. Le récit mobilise bien sûr l’histoire éthiopienne, autour des figures de l’empereur Théodoros II (1818-1868) qui osa défier l’armée britannique, et de son lointain successeur Haïlé Sélassié (1892-1975). L’intrigue permet également d’évoquer les pionniers de l’archéologie orientale que furent Hormuzd Rassam (1826-1910), présenté ici comme le grand-père de John Malowan, et George Smith (1840-1876), respectivement découvreur et traducteur des tablettes cunéiformes relatant la légende de Gilgamesh.

Sur le plan graphique, le trait de Clément Oubrerie lorgne, dans cet album, du côté d’Hugo Pratt, avec de grands aplats de noir pour figurer les ombres. Cet emprunt technique contribue à la réussite de l’ambiance, au même titre que la mise en couleurs, avec sa trame apparente qui rappelle les illustrés de jeunesse de l’entre-deux-guerres.

Si le découpage est très efficace, avec des compositions de planche qui accompagnent judicieusement le mouvement des scènes d’action, on regrettera juste l’usage d’un lettrage, pas toujours très soigné, qui nuit parfois à la fluidité de lecture. Ce léger désagrément n’est que peu de choses au regard des nombreuses qualités de cet album. On attend donc avec impatience la suite des aventures de Renée Stone, dans un prochain tome intitulé Le Piège de la Mer Rouge.

Voir en ligne : Entretien avec Julie Birmant et Clément Oubrerie sur la chaîne Youtube de Dargaud

(par Paul CHOPELIN)

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Renée Stone Tome 1 - Par Birmant et Oubrerie - Dargaud

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[1Signalons que l’un des arrière-grands-pères paternels de Peter Ustinov, Moritz Hall (1838-1914), était l’armurier de l’empereur d’Éthiopie Théodoros II et avait épousé une princesse germano-éthiopienne. Il faisait partie des otages libérés à l’issue de la bataille de Magdala (1868), qui est évoquée dans l’album.

 
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