La marche en avant de Walking Dead

26 mars 2011 0 commentaire
  • Comics créé en 2003 par le scénariste Robert Kirkman, la machine Walking Dead s'emballe depuis quelques mois. Cette série traduite en 20 langues, adaptée à la télévision et bientôt en jeu vidéo accroit son public à une vitesse inversement proportionnelle à celle des zombies. Il n'est pas si courant de voir un récit d'horreur atteindre une telle popularité. Retour sur le phénomène en compagnie de Charlie Adlard, le dessinateur de la série.

Après plusieurs jours de coma suite à une blessure par balle, l’agent Rick Grimes se réveille brusquement dans l’hôpital de la petite ville de Cynthiana en Géorgie. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir que le Harrison Memorial Hospital dans lequel il se trouve est complètement vide. Enfin... pas vraiment. Car l’établissement est infesté de morts-vivants, très intéressés par la chair fraîche de Rick. Le policier réussit à s’enfuir, mais une fois réfugié chez lui, il comprend l’atroce réalité : en seulement quelques jours, la quasi totalité de la population de Cynthiana s’est transformée en zombies ! Devant l’absence de sa femme et de son fils, Rick suppose qu’ils sont partis pour Atlanta, chez ses beaux-parents. Il décide de les rejoindre. Commence alors une odyssée post-apocalyptique dans un pays presque entièrement peuplé par les morts-vivants.

La marche en avant de Walking Dead
Les vivants doivent être constament sur leurs gardes
(c) Kirkman-Adlard/Delcourt

Pas facile de discerner les qualités de Walking Dead avec un tel pitch, qui ressemble à celui de la plupart des histoires de zombies. La vérité est vraisemblablement ailleurs. Quel sont donc les ingrédients qui donnent à la série toute sa saveur ? Début de réponse avec Charlie Adlard.

Charlie Adlard bien vivant
(c) Thierry Lemaire

"La raison principale ? Une chance incroyable ! (rires) Plus sérieusement, difficile de dire pourquoi cette série est plus populaire que les autres. Mais un des éléments prépondérants est le fait que cette histoire ne repose pas sur les zombies mais sur des personnages. C’est la profondeur des personnages qui a permis à la série d’avoir ce succès. La description d’un microcosme. Ce n’est pas un format très original, c’est juste un soap opera de plus, mais terriblement bien écrit ! Un groupe de gens dans une situation désespérée qui essayent de survivre, un peu comme dans Lost."

Et comme dans tout soap opera de qualité, l’histoire ne se résume pas au fil rouge du récit (ici le combat contre les morts-vivants) mais aborde également des sujets de société comme la violence, la religion, la démocratie, la peine de mort, le racisme, la place des femmes, l’éducation, le port d’armes, etc. Des thèmes énoncés clairement qui donnent son épaisseur à la série et l’éloignent d’un récit d’horreur pur. L’enjeu est autant de survivre aux zombies que de faire fonctionner une petite communauté. Une variété de thèmes susceptible d’attirer un plus large public que celui des amateurs du genre.

"Aux États-Unis, en ce qui concerne les ventes de “Walking Dead” au format magazine [22 pages chaque mois] on retrouve les lecteurs classiques d’histoires de zombies. Pour les albums, c’est un peu plus large, parce qu’on les trouve dans des librairies et qu’ils sont donc accessibles à un autre public. En France, quand je fais des séances de dédicaces, je vois qu’il y a un fort pourcentage d’hommes de 20-30 ans, mais il y aussi une bonne portion de jeunes femmes et également un public que je ne vois jamais aux États-Unis : des hommes et des femmes de 50-60 ans ! Je suis toujours frappé par cette présence, alors je leur demande : "C’est pour votre fils ?" (rires) Et ils me répondent : "Non, c’est pour moi !". Ok."

Au sein de la petite communauté des vivants, les relations sont souvent conflictuelles
(c) Kirkman-Adlard/Delcourt

Le cercle vertueux du succès a également contribué à l’élargissement du lectorat. Les chiffres de ventes du format papier ont ainsi donné des idées aux chaines de télévisions américaines. La création d’une série TV, d’abord pressentie sur NBC, a vu le jour l’année dernière sur AMC, une chaine du câble. Une première saison de six épisodes qui a explosé ses scores d’audience (démarrage à 5,3 millions de téléspectateurs avec un pic à 6 millions pour le dernier épisode). En France, la chaîne Orange Cinéchoc a démarré la diffusion de la série dimanche dernier. Il faudra attendre le 4 avril pour la regarder sur la chaine belge Be Series. Une deuxième saison de 13 épisodes est en cours de production et sera diffusée sur AMC à partir d’Halloween 2011. On parle même d’une collaboration de Stephen King pour le scénario !

En France, après un premier volume publié par Semic, c’est Delcourt qui reprend la série et la publie à partir de 2007. En trois ans, 400 000 exemplaires de Walking Dead sont écoulés. Puis grâce au buzz de la série TV, les ventes crèvent le plafond. En 2010, les 12 tomes de la série atteignent 200.000 ventes. Et depuis le début de l’année 2011, le succès ne se dément pas. 100.000 exemplaires sont déjà vendus. Les 30.000 exemplaires du tome 13, sorti la semaine dernière, sont placés et une réimpression de 20.000 exemplaires est prévue début avril. L’éditeur peut se frotter les mains.

Le rythme des sorties devrait toutefois se ralentir légèrement car la version française a rattrapé l’originale américaine. Le tome 14 est en cours de réalisation et les auteurs varient jusqu’à présent les sorties d’albums entre 3 et 1 par an. Mais il y aura bien d’autres occasions de remettre Walking Dead sous le feu des projecteurs. Outre la deuxième saison du téléfilm, un jeu vidéo développé par Telltale Games est annoncé pour la fin de l’année.

En pleine dédicace
(c) Thierry Lemaire

Si la machine Walking Dead s’emballe depuis quelques mois, le succès de la série s’est fait de manière plutôt graduelle. "La série avait un potentiel dès le début. Les ventes augmentaient à chaque numéro. D’ailleurs, quand Robert Kirkman m’a proposé de reprendre le dessin à partir du numéro 7, il m’a envoyé un mail dont le sujet était : "Veux-tu gagner de l’argent ?" (rires) Et je lui ai répondu : "Ok, je n’ai rien d’autre à faire" (rires) Aussi simple que ça."

Devant la relative lenteur de Tony Moore, Robert Kirkman dut en effet trouver un dessinateur plus rapide pour tenir les délais. Un double défi à relever pour Charlie Adlard, dont le dessin est plus réaliste que celui de son prédécesseur américain. Double défi car l’une de ses craintes étaient que le public, déjà habitué au style de Moore, n’adhère pas au sien. L’Anglais ne choisit pas pour autant d’adapter son trait, considérant avec raison que Kirkman lui avait proposé l’affaire parce que son dessin lui plaisait. De toute manière, Adlard avoue qu’il n’aurait pas accepté s’il avait fallu se plier à une modification de son style. Et visiblement, tout le monde a eu raison puisque les ventes ont continué à suivre une courbe ascendante.

Outre l’adhésion du public à un nouveau dessin, Charlie Adlard a été confronté à la difficulté de dessiner des zombies, personnages qu’il n’avait jamais abordés auparavant. "Les zombies sont les choses les plus faciles et en même temps les plus difficiles à dessiner dans Walking Dead. Car les zombies sont les personnages qui demandent la moins grande dramaturgie. Il y en a énormément, à chaque fois différents. Finalement, la difficulté principale est de garder l’envie de les dessiner tout au long des planches. Et de ne pas les dessiner "à la Roméro", de ne pas leur donner un côté ridicule qui anéantirait complètement l’effet d’horreur voulu." Pas sûr que le téléfilm ait réussi à éviter cet écueil...

File d’attente ordinaire pour Charlie Adlard à la FNAC des Halles à Paris
(c) Thierry Lemaire

Bien loin de l’excitation que peut générer la série, Charlie Adlard travaille seul dans son atelier, à 2h30 de Londres et 45 minutes de Birmingham, dans la campagne. Accaparé par ce travail d’ermite que connait bon nombre d’auteurs, il est toujours surpris par l’ampleur de l’enthousiasme général lorsqu’il participe à des manifestations publiques. Les files d’attente de fans bien vivants ne cessent pas de stupéfier le dessinateur.

Après huit années à la barre graphique de la série et 75 épisodes de 22 pages réalisés, Charlie Adlard est toujours aussi enthousiaste, motivé par les scénarios de Kirkman. Le duo est d’ailleurs tellement soudé que Kirkman a annoncé qu’il abandonnerait la série si Adlard devait arrêter. Ce qu’il n’est visiblement pas près de faire, souhaitant encore de longues années de publication avant de conclure cette "histoire sans fin".

Charlie Adlard ne s’interdit pas quelques effets de cadrage
(c) Kirkman-Adlard/Delcourt

(par Thierry Lemaire)

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