La marque indélébile de Geoff Johns sur l’univers de Green Lantern

26 février 2015 3 commentaires
  • Clap de fin pour Geoff Johns qui tire sa référence sur Green Lantern, après dix ans de reconstruction et développement de cet univers ! Une page se tourne aussi bien pour le célèbre scénariste que pour ces héros à la lumière verte.

Face à ce qu’ils considèrent comme l’échec de leur force de maintien de l’ordre galactique, à savoir les Green Lanterns, les Gardiens de l’Univers ont décidé de prendre des mesures radicales : éliminer toute émotion dans la galaxie, étant donné qu’elles sont sources de chaos et d’instabilités !

La marque indélébile de Geoff Johns sur l'univers de Green Lantern
Le nouveau Green Lantern, Simon Baz, en action.
DC Comics / Urban Comics

Dans ce but, ils ont fait appel à un étrange prisonnier, nommé « Le Premier Lantern », dont ils utilisent le pouvoir a priori infini pour donner vie à La Troisième Armée, qui fait suite aux Manhunters et aux Green Lanterns, dont la mission est d’absorber tous les êtres vivants et les transformer en créatures serviles et sans émotion !

Hal Jordan et Sinestro, qui ont découvert cette diabolique machination, se trouvent enfermés dans la Zone Morte, mais ont eu le temps d’envoyer leur anneau trouver de l’aide. C’est ainsi que Simon Baz, un jeune homme un peu paumé, devient un nouveau Green Lantern, dont la baptême du feu sera de délivrer Hal Jordan et Sinestro, et d’affronter la menace que constitue la Troisième Armée !

Dans ce nouveau tome [1], et dernière aventure écrite par Geoff Johns, le récit va se recentrer sur Hal Jordan et Sinestro, dont la rivalité et l’opposition morale constituent l’un des éléments structurants de la série. Une dernière fois, du moins sous la plume de Johns, ils vont s’opposer sur la façon de résoudre cette crise.

Ultime arc oblige, nous avons droit à une immense bataille rassemblant tout le personnel de la série, alliés comme ennemis, pour affronter la pire menace de l’univers : le Premier Lantern, capable de manipuler la structure même de l’espace et du temps. Morceaux de bravoures, alliances de circonstances, drames et révélations s’enchaînent sur un rythme trépidant.

L’union des lumières pour défaire le Premier Lantern !
DC Comics / Urban Comics

Sans constituer la meilleure histoire de Johns sur Green Lantern, cet arc narratif du « Premier Lantern » constitue néanmoins une conclusion plaisante et cohérente de son run. Certaines situations sont dénouées, tandis que le statu quo se trouve légèrement réajustée, comme après chaque grand arc. Ici ce sont les Gardiens et Sinestro qui se trouvent véritablement bouleversés par le dénouement.

De façon générale, cet « arc final » s’inscrit dans la logique narrative des précédents, avec les mêmes qualités et défauts, et ne devrait pas modifier les avis de chacun sur le run de Johns.

Concernant Sinestro, ce choix de faire évoluer certaines données du personnage, est évidemment à rapprocher du travail important de Johns à son sujet depuis le relaunch New 52, où le personnage partage la vedette avec Hal Jordan, et qui nous offre une conclusion complexe et tragique, tout à l’honneur de cet anti-héros tourmenté.

Signalons que l’album ne contient pas les différents tie-ins [2] de l’événement, alors qu’ils réussissait à donner une certaine consistance au Premier Lantern, qui se trouve finalement réduit, sans eux, à un méchant uniquement surpuissant et mégalo.

Autre regret : la place réduite et limitée de Simon Baz dans ce final. Apparu dans le tome trois, il fit le buzz à l’époque (en 2012 aux États-Unis) car il s’agissait du premier Green Lantern musulman, rappelant, entre autres, le personnage de Nightrunner, un vigilante français musulman, recruté par Batman dans le cadre de Batman Incorporated (2010) – une démarche appréciable qui a tendance à se normaliser désormais.

Le retrait du devant de la scène de Simon Baz nous apparaît regrettable, tant le personnage nous avait convaincu. Néanmoins, il semble difficile de reprocher à Johns de « donner » le final de son run à Hal Jordan et Sinestro.

Du côté des dessins, si de nombreux artistes ont participé à ces épisodes, saluons une nouvelle fois le travail remarquable de Doug Mahnke qui signe un dernier épisode épique et intense, fort réussi et riche en émotions !

Sinestro Vs Hal Jordan : un duel incontournable et éternel.
DC Comics / Urban Comics

C’est donc l’heure du bilan pour Johns et l’univers des Green Lantern qu’il a repris en 2004 alors qu’il n’était plus qu’un champs de ruines. En effet, les années 1990 avaient durement éprouvé cet univers et l’avaient sacrifié à la mode de l’époque des dark-héros, transformant Hal Jordan en un vilain décimant les siens.

C’est donc en 2004, que Johns va ramener l’univers classique des Green Lantern, d’abord à travers la mini-série Green Lantern : Rebirth. À partir de là, le scénariste ne va cesser de le développer, à travers son concept de spectre-émotionnel, donnant naissance à d’autres Corps que celui de la lumière verte (la volonté). Tandis que les Star Sapphires vont devenir l’incarnation de la lumière violette (l’amour), va apparaître le Corps de Sinestro, à la lumière jaune (la peur), les Red Lanterns (la rage), l’Agent Orange (l’avarice), les Blue Lanterns (l’espoir), la Tribu Indigo (la compassion), les Black Lanterns (la mort) et les White Lanterns (la vie)...

Des concepts qui vont rythmer le run de Johns, qui culminera lors des arcs narratifs Sinestro Corps War (2007-2008) et Blackest Night (2009-2010), et qui accorderont de plus en plus de place à ces affrontements démesurés, mêlant d’innombrables personnages, appartenant à presque autant de Corps, et donc porteurs de lumières différentes. Une idée brillante s’il en est.

Hal Jordan dans la lumière triomphale, sauvant une nouvelle fois l’univers...
DC Comics / Urban Comics

Ces développements autour des lumières et des couleurs a souvent été critiqué et moqué, les Green Lanterns devenant en quelque sorte des « Power Rangers », mais ce serait passer à côté du fait que la symbolique de couleurs est aussi vieille que le monde, puisqu’on la retrouve aussi bien dans l’alchimie que dans l’astrologie.

Davantage que la création d’un système à base de couleurs symboliques, il serait plus juste d’évoquer la multiplication des « guerres », qui semblent être devenues un motif fort récurrent dans l’univers des Green Lanterns, dont l’inflation des personnages, et leur traitement choral, ne leur a pas toujours laissé le temps de respirer, un événement en chassant un autre.

Pour notre part, nous avons fort apprécié la façon dont Johns a conduit son run, passant d’un univers vide à un autre regorgeant de vie, peuplé de personnages étonnants et de concepts fun, dont la reprise par de nouveaux artistes ne peut être qu’excitante, tant le potentiel semble infini. L’histoire des Comics étant faite d’abandons et de renouvellements constants, rien n’est évidemment sûr concernant l’avenir de cette cosmologie. Cependant, même si elle disparaît, elle aura indubitablement marqué son époque et l’histoire des Comics !

... et Sinestro dans les ténèbres, pour s’occuper de la sale besogne.

(par Guillaume Boutet)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Green Lantern T4. Par Geoff Johns (scénario), Tony Bedard (scénario), Doug Mahnke (dessin), Szymon Kudranski (dessin) & Collectif (dessin). Traduction Edmond Tourriol. Urban Comics, collection "DC Renaissance". Sortie le 13 février 2015. 168 pages. 15,00 euros.

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Green Lantern sur ActuaBD :
- Lire la chronique du tome 1

Présentation de l’univers de Green Lantern :
- Introduction,
- un petit guide pour se mettre au vert (1/3) ,
- Vert de rage ! (2/3),
- en plein jour ou dans la nuit noire, la guerre ne change jamais (3/3).

[1Les épisodes contenus dans Green Lantern T4 : Le Premier Lantern sont :
- Green Lantern #17-20 (février 2013 à mai 2013),
- Green Lantern : New Guardians #19 (avril 2013).

[2Tie-ins : histoires complémentaires d’un événement Comics, plus ou moins annexes selon le cas.

 
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