La nécessaire « refondation » des classiques

19 octobre 2006 21 commentaires
  • Le 6 décembre prochain, les libraires recevront les premiers titres d'une version d'Astérix recolorisée, retouchée, restaurée, plus lisible et plus pimpante que l'originale. Cette « refondation » d'une œuvre du patrimoine mondial de la bande dessinée était nécessaire. D'autres feraient bien de s'en inspirer.

« A l’origine, la question pouvait se formuler ainsi : si Astérix était créé aujourd’hui, il disposerait bien des nouveaux procédés de colorisation et de photogravure liés à la numérisation complète de la chaîne de fabrication.  » C’est d’autant plus vrai que les éditions originales comportent de nombreux défauts : films réalisés pour une impression à grand tirage pour le journal Pilote et qui n’avaient pas forcément été refaits pour l’album, couleurs faites « mécaniquement » pour réduire les frais de photogravure, films usés car ayant servis aux ventes de droits étrangers et quelquefois revenus en mauvais état, sans compter le vieillissement normal des supports d’impression. Résultat, quand vous prenez un vieil Astérix, vous êtes parfois confronté à une édition aux couleurs criardes, mal lettrée, mal imprimée, à la maquette vieillie. Comment le nouveau lecteur pouvait-il être convaincu par ce classique à côté des créations nouvelles qui apparaissent en librairie ?

La nécessaire « refondation » des classiques
Extrait du dossier de presse "Astérix - Refondation"
(c)Editions Hachette - Albert Uder zo et René Goscinny.

Blake et Mortimer et Tintin, en précurseurs

C’est une anecdote peu connue : dans les années 1970, un jeune photograveur s’occupait au Lombard de la réfection des films à destination de l’export. Les films du journal Tintin étaient loués aux éditeurs étrangers. Par souci d’économie, l’éditeur de l’avenue Paul-Henri Spaak les nettoyait, les restaurait, transformait le film d’origine destiné à l’impression en héliogravure en film offset et les réutilisait à cet usage, sous l‘œil vigilant de la directrice du service étranger, la redoutable Mademoiselle Rousie. Dans un deuxième temps, on procédait à des duplicata, de première génération ou de seconde génération quand le négatif avait disparu. Le résultat, c’est qu’au bout de deux décennies, la qualité des films étaient devenue exécrable. Le nom du grouillot qui, depuis des années, s’attelait à cette tâche ingrate ? Philippe Biermé. Au début des années 1970, il constate que les films de Blake & Mortimer étaient dans un état des plus déplorables. En contrebande de ses patrons, dit-on, il se rapproche de Jacobs pour obtenir de lui de re-clicher les films à partir des originaux. Dans un deuxième temps, Philippe Biermé refera les couleurs de la série sous la direction du maître. Cette marque d’attention pour son travail touche profondément Jacobs qui, pour remercier le jeune coloriste, en fera son héritier...

Plus tard, c’est au tour de la Fondation Hergé de réutiliser les originaux pour créer une collection fac simile qui reprend avec minutie et qualité le travail original. La collection Chronologie d’une œuvre de Philippe Goddin prolonge et éclaire ce travail patrimonial.

Aux Etats-Unis, le travail de réfection et de compilation opéré par D.C. Comics ou Marvel a fait l’objet d’une édition en librairie qui pèse de plus en plus lourd dans le chiffre d’affaire de ces éditeurs.

Avant et après. Une renaissance.
On remarquera que l’erreur de couleur sur la première vihnette a été corrigée. (c)Editions Hachette - Albert Uder zo et René Goscinny.

Le travail d’Hercule de Doubleclix

Ce processus de modernisation et de restauration se devait d’être fait pour Astérix mais il est apparu très vite comme un travail de titan : quelque 1450 planches devaient être nettoyées, re-lettrées, ré-encrées et re-colorisées. En outre, l’ambition des éditeurs était de proposer une version plus grande que le format classique de plus de 20%. Ce sont les studios 2HB qui ont fait cette réalisation, un chantier qui ressemble à la liste d’Astérix et Cléopâtre : 1450 planches, 11600 vignettes, 7 ordinateurs, 217 nuits blanches, 15 logiciels, 1275 appels téléphoniques, 577 e-mails, 27117 feuiles d’imprimante, 17 pots d’encre de chine, etc. Tirés à 20.000 exemplaires en langue française et édités en coédition en version allemande, les quatre premiers albums "refondés", Astérix le Gaulois, La Serpe d’Or, Astérix et Latraviata et La Rentrée Gauloise seront mis en vente le 6 décembre et la série fera l‘objet d‘une production de 8 à 10 titres par an, jusqu’en 2009, juste à temps pour célébrer les 50 ans du petit Gaulois. Une fois constituée, la collection dessinera une frise sur le dos des albums.

Une fois la collection complêtée, la frise apparaît.
Photo : DR

D’autres classiques devraient s’en inspirer

On rêve que ce même type de travail de « remise à niveau » soit fait pour d’autres grands classiques de la BD. Ainsi, nombre de Lucky Luke de chez Dupuis ont encore les affreuses couleurs « mécaniques » faites pas les chromistes de l’imprimerie pour les versions imprimées dans les années 1950 en typo et transformées ensuite en offset. Les premiers Buck Danny sont également dans ce cas. Quelques albums de Gaston Lagaffe sont empâtés à cause d’une qualité déficiente des films. C’est vrai aussi pour certains albums de Peyo. Il serait bon de prendre Hergé et Uderzo en exemple pour que ce travail de réhabilitation soit fait avant que les nouvelles générations regardent leurs parents d’un air attendri en se demandant : « Comment ont-ils pu aimer cela ? »

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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21 Messages :
  • "comment ont-ils pu aimer ça ?"
    c’est un peu vite oublier la qualité d’impression des mangas. chaque époque a ses défauts et ses ...qualités.
    thierry

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 19 octobre 2006 à  20:50 :

      Oh, mais il arrive aux mangas de se "refonder". Un exemple ? Bouddha de Tezuka Osamu aux éditions Tonkam.

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      • Répondu par Gusseuh le 20 octobre 2006 à  12:23 :

        Mouais, un exemple qui en vaut d’autres, mais je trouve la réédition "deluxe" de Bouddha franchement médiocre : maquette franchement laide, sens de lecture français...
        Une réédition qui mérite le coup d’oeil, par contre, serait celle de Gunsmith Cats, avec une impression irréprochable, une nouvelle traduction bien sentie (bien qu’un peu vulgaire), le sens de lecture enfin respecté, et quelques autres petites choses du même accabit...

        Non, c’est une bonne nouvelle, cette réfection de la série mythique d’Uderzo et Goscinny. La question qui me tarabuste : à quel prix ? Car si la taille des albums est augmentée, je ne me fais aucune illusion sur le fait que le prix augmentera en conséquence... Et c’est bien dommage pour une collection aussi populaire.

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        • Répondu par Didier Pasamonik le 20 octobre 2006 à  13:13 :

          Prix de lancement : 14,90 € jusqu’au 31 décembre 2006. Ensuite, le prix de vente sera de 17,80 €, contre 8,90 € pour l’édition actuelle.

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          • Répondu par Emmanuel le 20 octobre 2006 à  14:47 :

            Ben voyons... doubler le prix de vente, ça va sûrement "convaincre le nouveau lecteur" d’acheter un classique qui n’a pas vraiment besoin de pub pour être vendu...

            Surtout au prix "d’erreurs" de re-colorisation : les aplats rouges et jaunes sur la planche mise en exemple sont-ils vraiment des "erreurs" d’Uderzo ? A quand une réédition de Lucky Luke en 32 millions de couleurs ?

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            • Répondu par Didier Pasamonik le 20 octobre 2006 à  15:15 :

              Dans la planche mise en exemple, la tête d’Astérix est bleue, alors que nous ne sommes pas dans un épisode des Schtroumpfs. (Ils étaient nés l’année précédente).

              Le principe de fournir une version corrigée est parfaitement louable. Reste la question du prix. Blake & Mortimer aussi en avaient profité pour augmenter...

              Si la bourse ne suit pas, il restera toujours la possibilité d’acheter l’édition antérieure, ou alors d’occase.

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              • Répondu par Gorau Richard le 22 octobre 2006 à  22:41 :

                Petite remarque...
                Je viens de tomber par hasard mais par bonheur sur le bouquin de Numa Sadoul sur Franquin...Une merveille...Mais quand on lit les réflexions du Père de Gaston et ses plaintes incessantes concernant le massacre de son travail une fois les planches coloriées et imprimées, on ne peut que féliciter les concepteurs de cette idée.Je pense que chaque amateur qui possède un scan et un bon vieux fascicule de Spirou peut résister trés peu de temps au plaisir du nettoyage des couleurs.
                Alors, si d’autres le font pour moi et en mieux et qu’au vu du résultat, je décide de me fendre de 18 euros, ça m’aidera peut-être à réduire ma conso du clops à 5 euros le paquet pour ne pas trop entamer mon budget...
                Il y a du marketing ? oui, et alors ?
                Cordialement.
                Richard

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                • Répondu par Antonio le 23 octobre 2006 à  09:05 :

                  Je suis plutôt d’accord avec M. Pasamonik. Puisque tout le monde n’a pas nécessairement lu les classiques en question en édition originale, mais plus probablement dans une nième réimpression fade aux couleurs médiocres n’ayant plus aucune relation avec l’intention de l’auteur (voir les albums B&M des années ’70 et ’80), pourquoi se plaindre des recolorisations si le résultat est satisfaisant, respecte l’oeuvre originale et l’intention de l’auteur, et ne se traduit pas en une hausse abusive des prix ?
                  Dans le cas d’Astérix, il me semble que seul le prix de la nouvelle édition est critiquable.
                  Pour les critiques pointilleux, il restera toujours la possibilité (si leur portefeuille est conséquent) d’acheter des É0, non ?
                  (Un détail : il me semble que EPJ n’au eu le temps de jeter un coup d’oeil sur les nouvelles couleurs que jusqu’à La Marque Jaune, comprise. Biermè l’avait déclaré à l’époque, si mes souvenirs sont bons).

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  • > La nécessaire « refondation » des classiques
    20 octobre 2006 10:01, par Ronchon

    "On rêve que ce même type de travail de « remise à niveau » soit fait pour d’autres grands classiques de la BD."

    Oulà ! non merci, sans façon. C’est plutôt d’un nivellement par le bas dont il s’agit ici . Épargnez-nous ce vandalisme photoshopien.

    Ronchon

    Voir en ligne : http://ronchonetgrognon.canalblog.com/

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    • Répondu par Robert VINCENT le 11 août 2017 à  12:17 :

      Bonjour
      Est-il raisonnable de penser qu’un jour on puisse encore se procurer le N° 0 de cette collection fan d’astérix depuis la 1ère heure c’estune des rares pièces qu’il me manque !!!
      Auriez-vous une filière pour dégoter cet oiseau rare.

      Merci

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  • > La nécessaire « refondation » des classiques
    20 octobre 2006 22:49, par Gill

    D’accord pour les 2 ou 3 premiers Astérix, mais "Le combat des chefs"... J’ai acheté la version recolorisée, pour voir : c’est affreux ! Cette BD n’a plus d’âme !

    Si les dessinateurs regrettent souvent d’être obligés d’encrer leurs crayonnés, c’est justement parce qu’ils y trouvent toute la fraîcheur du "premier jet". Premier jet obtenu à partir de ces "hasards" successifs qui forment l’acte de création graphique : l’auteur est parfois surpris lui-même de la justesse de son trait... ou de l’utilisation intelligente d’un "raté".
    Bref, les défauts eux-mêmes font pleinement partie de la beauté d’un dessin ou d’une BD devenue célèbre.
    D’ailleurs TOUT est défaut, dans une BD : il faut produire tellement vite...
    Or, c’est cet élan créatif, forcément imparfait, que l’on fige à un moment donné pour l’éternité. Et c’est cette image qui reste dans les mémoires des lecteurs. S’ils ont aimé l’oeuvre, ils en ont AUSSI aimé les défauts.

    Et ne me faites pas croire que des amateurs de mangas en NOIR ET BLANC préfèreront un Astérix entièrement dégradé (je veux dire "fait de multiples dégradés de couleurs" ;-) plutôt que les merveilleux aplats originaux...

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 21 octobre 2006 à  01:41 :

      J’aimerais être certain que l’on parle des mêmes livres. Les premiers titres de cette série paraîtront le 6 décembre prochain et celui que vous évoquez n’y figure pas.

      Cela dit, trois choses.

      La première, c’est que cette "refondation" des classiques (et mon propos est général) est selon moi nécessaire. Je n’ai pas dit qu’elle était forcément merveilleuse. Personnellement, je préfère les version originales de Blake & Mortimer aux versions recolorisées de Philippe Biermé, même si elles sont honnêtes et même si elles ont été faites sous le contrôle de l’auteur. Dans le cas d’Astérix, je connais suffisamment Uderzo pour être certain qu’il a eu un droit de regard sur ces travaux.

      Deuxièmement : la qualité d’une impression, la tenue générale d’un livre, est un travail propre à l’éditeur. Tous n’ont pas l’exigence maniaque du très vilipendé Nick Rodwell qui a fait pourtant, avec Tintin, un travail de réhabilitation extraordinaire.

      On en arrive enfin à la question des défauts "aimables". Je me situe au niveau des jeunes lecteurs confrontés à la redécouverte des classiques. Ils ont le droit d’être déçus par des éditions qui ne sont pas "flatteuses" pour l’oeil, comme peuvent l’être des albums de séries récentes comme Lanfeust de Troy, par exemple. Je ne parle pas des archaïsmes propres à l’oeuvre, mais de son exécution. Un peu comme si, en musique, le caractère souvent conventionnel et empesé d’une pièce baroque, venait à dégoûter définitivement l’amateur parce que, en plus, on la joue mal. Je peux citer des cas récents, comme les Corentin ou les Chlorophylle au Lombard qui, hélas, utilisent de vieux films et dont les lettrages refaits ne sont tout simplement pas de qualité suffisante. Il sera difficile de donner ces éditions en référence en les qualifiant de chefs d’oeuvre, alors que ceci peut être fait sans réserve pour les Tintin.

      Tout ceci n’a bien entendu rien à voir avec les mangas qui sont eux aussi confrontés à l’exigence du travail éditorial. Il est clair que celle-ci est élevée chez Cornélius, qu’elle l’est beaucoup moins chez le Tonkam des débuts, mais que, dans l’ensemble, sans doute grâce à l’intransigeance des ayant-droits japonais, elle se situe dans une bonne moyenne en ce qui concerne l’ensemble de la production nationale.

      Mon article profitait de l’opération Astérix pour soulever un problème global de préservation de notre patrimoine culturel. Libre à vous de faire, comme vous le faites, la critique de ces travaux de façon ponctuelle. N’hésitez jamais à nous les signaler : nous le publierons.

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  • > La nécessaire « refondation » des classiques
    21 octobre 2006 20:09, par jean-yves

    je pense effectivement qu’une mise a jour est interessante mais seulement pour les nouveaux et jeunes lecteurs , pouvant etre dérouté par une qualité moindre rapport aux criteres d’aujourd’hui . Pour les anciens lecteurs , aucun interet , au contraire on perd la fraicheur de la jeunesse de l’oeuvre . Et de toute façon l’histoire est la meme , alors ...

    Et cela reste bien sur une histoire de fric , sinon pourquoi ces prix , presque délirant pour ce type de BD ( meme si la taille augmente , que la restauration coute chere etc )
    enfin cela permet de relancer le fond du catalogue , en attendant la prochaine astuce ds 10/20 ans

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  • > La nécessaire « refondation » des classiques
    22 octobre 2006 17:41, par Endive

    Rien n’est trop beau pour le jeune public. On commence par refaire les couleurs à l’ordi puis on crée de nouvelles couvs afin de les rendre plus accrocheuses, bientôt on supprimera toute référence au tabac et à l’alcool (comme il est prévu de le faire depuis peu dans les vieux Tom & Jerry ; il est évident qu’un enfant s’abandonnera au démon de la cigarette après avoir vu son héros faire de même), ensuite on supprimera les références trop ancrées dans leur époque (que peut bien évoquer une caricature de Raimu auprès d’un enfant d’aujourd’hui ? Cauet serait bien plus opportun !), après on redessinera les personnages principaux afin qu’ils soient "on model" par rapport à leur apparence actuelle (pourquoi ne pas en profiter pour les rendre un peu plus hype comme dans les jeux Astérix XXL ?), ensuite on rajoutera des scènes d’action pour dynamiser ces récits décidemment datés (les longs-métrages animés ne s’en sont pas privés, ce serait d’ailleurs l’occasion de s’aligner sur ces juteux produits d’appel), ensuite on rajoutera Idéfix dans les premiers albums, on piétinera le savant découpage de Goscinny en sortant des versions poche (car il est bien entendu que ce qui plait aux lecteur de Manga c’est le format et rien d’autre), enfin pour se réconcilier avec les vieux lecteurs des fac-similés apprtoximatifs feront surface (ou alors, soyons fous ! Des éditions proposant les différentes versions de l’histoire !)

    Je me souviens de mes premières lectures d’Astérix vers l’âge de 5-6 ans. Je me rappelle du plaisir que j’y ai pris, mais je ne me rappelle pas m’être posé ce genre de questions. On me répondra "c’était une autre époque, d’autres standards, le manga n’était pas si présent..." ; diantre ! La situation était similaire ; je suivais avec assiduité Albator et Astro Boy sans pour autant me détourner de la bd franco-belge. Quand comprendra-on que ces deux marchés ne sont pas pas en concurrence mais bien complémentaires ? Le produit n’est pas le même ! J’ai souvenir également d’une histoire courte ou Uderzo et Goscinny raillaient les modes qui bouleversaient le journal Pilote et proposaient des versions d’Astérix inspirées par l’époque. Les effets de mode sporadiques (attention, je ne parle plus du manga ici) n’est-ce pas ce qu’ils ont toujours combattu ? Comment peut-on avoir eu une démarche créative aussi cohérente pour ensuite la démonter 40 ans après ? Et surtout, pourquoi perdre confiance en une oeuvre qui au long des années n’a jamais manquée de faire ses preuves ?

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    • Répondu par Didier Pasamonik le 22 octobre 2006 à  18:53 :

      Vous dites :

      bientôt on supprimera toute référence au tabac et à l’alcool (comme il est prévu de le faire depuis peu dans les vieux Tom & Jerry ; il est évident qu’un enfant s’abandonnera au démon de la cigarette après avoir vu son héros faire de même), ensuite on supprimera les références trop ancrées dans leur époque (que peut bien évoquer une caricature de Raimu auprès d’un enfant d’aujourd’hui ? Cauet serait bien plus opportun !), après on redessinera les personnages principaux afin qu’ils soient "on model" par rapport à leur apparence actuelle (pourquoi ne pas en profiter pour les rendre un peu plus hype comme dans les jeux Astérix XXL ?), ensuite on rajoutera des scènes d’action pour dynamiser ces récits décidemment datés (les longs-métrages animés ne s’en sont pas privés, ce serait d’ailleurs l’occasion de s’aligner sur ces juteux produits d’appel), ensuite on rajoutera Idéfix dans les premiers albums, on piétinera le savant découpage de Goscinny en sortant des versions poche (car il est bien entendu que ce qui plait aux lecteur de Manga c’est le format et rien d’autre), enfin pour se réconcilier avec les vieux lecteurs des fac-similés apprtoximatifs feront surface (ou alors, soyons fous ! Des éditions proposant les différentes versions de l’histoire !)

      Et puis, tant qu’on y est, on débaptisera le personnage et on l’appellera "Mickey" pour que cela se vende mieux... Vous partez en vrille dans des interprétations absurdes alors que

      1/Uderzo est maître d’oeuvre de ces nouvelles recolorisations. Vous prétendez savoir mieux que l’auteur comment il doit disposer de son travail ?

      2/ Vous supposez qu’Uderzo et son entourage ne défendraient pas leur patrimoine alors que, précisément, Astérix est probablement un des personnages qui a le mieux mieux géré son image vis à vis du merchandising. Si Raimu n’est plus reconnaissable que par certains cinéphiles cultivés, les thèmes d’Astérix, son univers, ses personnages sont éternels et sans cesse réactualisés auprès des jeunes générations, grâce aux films live et aux jeux vidéo, notamment. Et ça marche, les ventes le prouvent. Pourquoi les décevoirs en leur fourgant des rogatons (au sens littéral du terme) ?

      Vous dites :

      ... diantre ! La situation était similaire ; je suivais avec assiduité Albator et Astro Boy sans pour autant me détourner de la bd franco-belge.

      Vous n’avez sans doute pas perçu que les aventures de Goldorak étaient dessinées dans les années 70 par... des auteurs français. Quant à Astro Boy, il a fallu attendre 1996 pour le voir publié en France.

      Par ailleurs, nous écrivions dans ces pages (cf notre article du 21 janvier 2006) :

      ...si l’on examine la tendance de ces cinq dernières années, les mangas ne semblent pas avoir progressé au détriment des autres segments du marché. Phagocytent-ils aujourd’hui la production franco-belge ? Il semble que non.

      Par conséquent, nous n’avons jamais tenu les propos que vous nous attribuez.

      Vous dites :

      Et surtout, pourquoi perdre confiance en une oeuvre qui au long des années n’a jamais manquée de faire ses preuves ?

      Il n’y a pas une perte de confiance dans l’oeuvre, à notre avis. Il y a surtout une volonté de permettre à celle-ci de continuer à trouver de nouveaux lecteurs.

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      • Répondu par Endive le 22 octobre 2006 à  21:11 :

        Je mettais en cause les intentions qui ont motivées cette démarche - pas celles qui vous ont poussé à écrire cet article (qui me préoccupent assez peu). Ne vous sentez pas pris à parti ; votre article se contentait d’informer et d’émettre un point de vue qui, s’il n’est pas le mien est relativement raisonnable. Mais puisqu’on s’interrogeait sur les motivations des éditions Albert-René il m’a semblé intéressant d’explorer d’autres hypothèses.

        Pour vous répondre :

        Je m’attendais à ce que vous considériez mes extrapolations comme "absurdes" (ce qui flatte l’admirateur de Jarry que je suis) aussi j’ai pris soin de les illustrer à chaque fois par des exemples concrets et effectifs ; relisez-les, vous constaterez que c’est la réalité qui est absurde et non quelque divagation issue de mon cerveau malade (la tentative d’humour et l’exagération délibérée le sont, elles. Vous me les pardonnerez sans peine, je n’en doute pas)

        1) Uderzo en 2006 est un chef d’entreprise qui produit du divertissement de masse ; nous sommes aux antipodes du Uderzo de 1959 qui dessinait une bande dessinée amusante sans arrière pensée. Par ailleurs les personnalités foncièrement d’Uderzo et Goscinny permettaient un certain équilibre dans la gestion d’Astérix ; on ne peut deviner quelle en serait la teneur si Goscinny était encore parmi nous aujourd’hui mais m’est avis qu’elle serait différente.

        2) Si ca fonctionnait si bien Astérix n’aurait pas besoin d’être "réactualisé" par les moyens que j’évoquais. De mon point de vue c’est un prix un peu fort à payer pour rester sur le devant de la scène.

        3) J’ai très bien perçu que les adaptations désastreuses d’Albator (et non Goldorak) chez Dargaud étaient illustrées par le studio Five Stars c’est à dire Pierre Leguen, Philippe Luguy ou Christian Gaty (employés ici bien en deça de leurs talents respectifs) ; simplement je n’en ai eu connaissance que bien après. Lorsque j’évoquais Albator je parlais de la série animée de Leiji Matsumoto que ces albums maladroits ne sauraient nous faire oublier ; idem pour Astro Boy dont l’adaptation en dessin animé (coproduite par le Canada !) nous est parvenue dès 1986 et a bercée mon enfance... Au même titre qu’Astérix.

        Vous parlez de perte d’envie de la faire découvrir à de nouveaux lecteurs. Et après ? Astérix est la bd de plusieurs générations et c’est déjà énorme. Plutôt que de la maintenir en vie j’ai l’impression que ces tentatives la plongent dans un coma artificiel... Rappelez-vous d’Yvette Horner habillée par Goude et pianotant entre deux samples de rap. A-elle relancée sa popularité ? Etait-elle seulement plus actuelle ? Evidemment non.

        J’ai surtout l’impression qu’on prend les jeunes pour des imbéciles ; Astérix a été créé il y a 40 ans, la belle affaire ! C’est un classique, les valeurs qu’il promotionnent sont toujours actuelles et je ne vois pas pourquoi en l’état il ne serait pas accessible aux jeunes. Relisez Littérature pour Tous par David Vandermeulen (éditions Six Pieds sous Terre), je vois pas mal de parenté entre les tentatives saugrenues de vulgarisation du vieil Uderzo et de ses héritiers et celles volontairement outrées de Vandermeulen...

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  • > La nécessaire « refondation » des classiques
    25 octobre 2006 13:19, par Christianosk

    Une meilleure qualité,c’est bien. Mais là ça fait plus album de coloriage qu’autre chose. Manque un peu de délire. Une feuille c’est vert, un tronc marron, etc ! L’imagination du lecteur n’est pas saturée par les stimulations !Sur la soi-disant supervision faite par l’auteur : si un légionnaire est devant une toile de tente mauve, je vois pas pourquoi on met en fond un ciel bleu !(dans l’illustration mise en exemple, profil : tente à droite et face : plus de tente !).
    En fait y’a un truc qui m’énerve vraiment depuis des années : Le fait de rééditer les albums en grand format ! Et ceci, alors que le format des planches est identiques ! On ne nous prend pas pour des cons, déjà ! ...Ca rentre mal dans les rayonnages des bibliothèques et, surtout, l’escroquerie consiste à vous faire acheter du papier blanc ! Je parle des marges, qui sont forcément plus importantes. Ca ne présente strictement aucun intéret pour le lecteur, mais ça doit rapporter des sous à l’éditeur. En plus ça a un coté prétentieux trés désagréable !( Chez moi, les livres ils sont plus grands ! Voyez comme j’ai un grand respect pour le 9ème Art !)
    Dernier exemple en date:Les Voyages de He Pao,en 24x32 au lieu de 22x30. Ca donne une surface de 10 cm carrés de marge en plus...(C’est mathématique !)...Que tu payes, cochon de consommateur !
    Ah ! Ou est le temps où l’on trouvait des albums en format à l’italienne, ou en un grand format mais avec des planches agrandies !(style beaux livres, comme Little Némo édité chez Horay dans les années 70-80) ?!

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    • Répondu par DéGé le 31 octobre 2006 à  13:06 :

      Entièrement d’accord avec un point sur l’exemple cité : je n’achète plus Hé Pao depuis que c’est en grand format.

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  • > La nécessaire « refondation » des classiques
    26 octobre 2006 23:34, par Baptiste Gilleron

    Hmm je garderai mon avis personnel pour moi-même, chacun ayant de toute façon son opinion sur le sujet, il n’est pas nécessaire de remettre une pièce.

    Cela dit, le prix de vente étant relativement élevé il faut espérer que le résultat soit très satisfaisant. Et c’est ce qui me fait peur quand je repense à la colorisation du dernier tome d’Asterix (opérée également par le studio 2HB) qui a fait nombre de sceptiques...

    Et effectivement, je ne suis pas sûr que ça soit avec des albums à 17€ qu’on arrive à attirer le jeune lectorat. Celà cible plutôt les collectionneurs. Reste à savoir s’ils seront au rendez-vous de cette "remasterisation" de l’oeuvre.

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    • Répondu par Vincent le 3 novembre 2006 à  18:26 :

      Tout d’abord, rendons à César ce qui est à César (et tant pis si ça ne fait pas avancer le débat) : le studio 2HB n’a pas mis en couleur le dernier Astérix. Il s’agit de Thierry Mébarki, qui avait déjà réalisé les couleurs des deux épisodes précédents (au moins). Les 2HB travaillaient à l’époque pour d’autres supports (fascicules Hachette notamment il me semble)

      Ensuite le débat sur le bien fondé de la démarche est sans fin, mais c’est le même quand il s’agit de retaper un monument historique ou de restaurer un tableau de maître. L’avantage pour la BD c’est que personne n’est obligé de "subir" le résultat, il reste effectivement les éditions originales, les précédentes rééditions... ce qui est moins vrai pour la Joconde (par exemple).

      Bien entendu, Astérix n’a pas besoin de ça pour exister. Bien sûr, il s’agit d’une opération commerciale. Et alors, si le résultat est là ?

      J’ai pu voir quelques exemples du boulot des 2HB sur écran et sorties imprimantes. Personnellement je trouve que c’est remarquable : ça donne une nouvelle dimension aux dessins d’Uderzo, sans toucher à la qualité du scénario de Goscinny.

      Et puis en matière de BD, il y a tout de même un élément central : la qualité graphique de l’oeuvre non ? Donc là, il me semble que tout le monde y gagne.

      RDV le 6 décembre pour juger sur pièce.

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      • Répondu par Luc le 9 décembre 2006 à  12:56 :

        les 4 premiers volumes sont parus et on peut dire que cette nouvelle édition est superbe. Enfin le travail d’Uderzo est mis en valeur de manière impecable (format, qualité du trait et couleur).

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