La nouvelle chevauchée fantastique d’Arzak

19 octobre 2010 4 commentaires
  • Tout déstabilisant qu'il soit donné aux lecteurs de voir parler le muet et distant Arzak, ce premier tome d'un triptyque maintient un excellent rythme, tout en prouvant que Moebius a définitivement intégré Gir en livrant un western de SF.

Arzach (toutes orthographes confondues) naquit avec le magazine Métal Hurlant. À trois cents années-lumière du Pilote dont ils provenaient, , Druillet, Moebius,... et d’autres, dont évidemment Forest, Gillon, Christin, Mézières et Bilal révolutionnèrent la bande dessinée en ouvrant un espace de liberté, un genre lui-aussi décrié, sans comparaison avec ce qui s’était fait précédemment.

L’une des gemmes mythiques du début de ce mensuel né en janvier 1975 fut celle de Moebius dans laquelle un humanoïde ténébreux chevauchait un ptérodactyle. Ces bandes muettes se caractérisaient également par un graphisme impérial et novateur et un regard distancié du personnage principal. Que cela soit en Europe, aux États-Unis ou en Asie, cela ne s’était jamais vu. Arzach conquit progressivement les cinq continents, bâtissant la légende de Moebius.

La nouvelle chevauchée fantastique d'Arzak
De belles planches, mais dont le dégradé des contours peut parfois surprendre

Cette légende, cette bande, nombreux sont ceux qui la connaissent, mais trente-cinq après ce bouleversement, une bonne part seront déstabilisés en découvrant la nouvelle mouture d’un personnage bien plus humain et moins silencieux qu’attendu, ouvrant sa pensée au lecteur par de nombreux (et parfois longs) monologues ou discussions parfois très articulées. On est donc très loin des courts récits où le lecteur pouvait s’identifier personnellement aux agissements de l’humanoïde en terre inconnue.

Pourtant, on l’a peut-être perdu de vue, Arzach avait évolué progressivement pendant ces trente-cinq ans, sous l’impulsion de Moebius lui-même. Tout d’abord sous la forme de courts-métrages, puis dans les propres carnets de l’auteur nommés Inside Moebius, dans lequel le personnage prenait la parole, renvoyant son créateur à sa responsabilité, c’est-à-dire celle de le faire vivre et de le faire évoluer. C’est en suivant un cheminement compréhensible que Moebius reprit un projet originellement prévu pour l’animation pour réaliser ce triptyque, même si le grand public n’a pas toujours eu connaissance de ces étapes intermédiaires (y compris un tirage noir et blanc en 2009 qui proposait des images muettes d’un côté, et les textes de l’autre).

Pris de repentirs, Moebius a refait une partie des planches, en ajoutant des détails tout en refaisant les couleurs. Certaines d’entre elles sont exposées et en vente à la Galerie Slomka.

Si l’auteur s’attarde parfois longuement dans quelques dialogues , on ne peut nier la qualité ni les nombreuses références qui s’en dégagent. Moebius reprend des thématiques souvent abordées (La Citadelle aveugle, Escale sur Pharagonescia, etc.), mais intègre surtout à son univers les codes du western propres à Gir. En icomparant les Extra-terrestres aux Indiens, Arzach devient un Blueberry chevauchant près de la frontière et combattant des desperados amateurs de scalps. La beauté des grands paysages confirme cette identification, et le héros aux prises avec un village ayant tourné casaque sous la houlette d’un nouveau shérif est une relecture jubilatoire du classique de Charlier et Gir sous ce nouvel angle de vue.

Malgré un héros trop lisse, hésitant encore entre le caractère renfrogné originel et une mission plutôt floue, Moebius nous livre un western-SF prenant, pourtant incomparable au mythe premier. Cette version couleur grand format ravira les acquéreurs du premier tirage, en particulier grâce aux seize pages bonus proposant des peintures et l’explication de la genèse du récit, par Moebius himself.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Arzak, Tome 1 : L’arpenteur - Par Moebius - Glénat & Moebius Productions

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L’exposition-vente se déroule jusqu’au 31 décembre, du mardi au samedi, de 14 à 20h (18h le dimanche) à la galerie Slomka, 3, rue de Dante à 75005 Paris.
Plus d’infos sur le site de la galerie

Plus d’informations sur le site de Moebius

Lire la première, la deuxième et la troisième partie de notre dernière interview de Moebius/Jean Giraud.
Lire la chronique du Chasseur déprime, d’Arzak, ainsi que notre visite commentée de l’exposition de la Fondation Cartier consacrée à Moebius.

 
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4 Messages :
  • La nouvelle chevauchée fantastique d’Arzak
    21 octobre 2010 00:39, par Alex

    Ok... Je me lance donc dans un soliloque qui m’attirera surement les foudres des visiteurs de ce site. Moebius a perdu son intérêt pour moi après le "Garage". Un apex, un chef d’oeuvre de liberté artistique, une oeuvre intemporelle. C’est dire si "L’Incal" sentait le réchauffé comme suite immédiate... Un dessin peu inspiré, desservi par notre "Stan Lee" hexagonal (et ce n’est pas un titre honorifique). Scénario fumeux, dessins bâclés, coloriages d’un Chaland visiblement en plein désarroi devant la débâcle. Moebius -de par la production artistique attachée à ce nom- ne s’est jamais vraiment remis de ces choix, ou compromis. On a beau faire le schisme entre Gir et Moebius, les 2 carrières, l’un inspirant l’autre... C’est sûrement très vrai. Mais pour moi le manque d’inspiration qui marque ses oeuvres récentes vient de la disparition de Charlier. Il fallait à Moebius une Némésis, qq chose, qq’un qui puisse provoquer une réaction. C’est toujours en parallèle de son oeuvre grand public qu’il a mystèrieusement créé ses pages les plus poétiques. Alors non, ce nouvel Arzak ne représente aucun intérêt. Le but de mon intervention ? Personne, absolument personne n’a commenté les news sur Moebius depuis 3-4 ans. Comme si c’était une institution. Par bonheur la production internationale est d’une richesse sans précédent, Moebius du coup semble un peu dépassé- et ce n’est pas juste l’effet du temps qui passe, mais le choix de l’artiste. Choix que je regrette.

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    • Répondu le 21 octobre 2010 à  16:56 :

      Je dirais même plus !

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    • Répondu par Abdul le 5 janvier 2013 à  04:30 :

      Je prend juste un moment, pour vous demander ce que vous faites, vous, à part vos dix lignes de fientes... Enfin, si vous sauriez ne serait ce que copier , en 2 ou 4 mois une seule case de moebius.... Misérable commentaire mon petit ami.... Allez vous mouchez, tout simplement, attendez encore avant de vous’’ exposer’’ de la sorte, honte sur vous.

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  • La nouvelle chevauchée fantastique d’Arzak
    8 décembre 2010 21:50, par Jacobs

    Oui par moment j’ai détesté Moebius, et je le rendais responsable de la déchéance de la BD adulte (dont il avait été la figure de proue dans le garage), à cause du culte indu que le star système de France lui a voué. Adulé pour sa maturité géniale alors même qu’il s’infantilisait toujours plus.

    Ca fait penser vaguement à un artiste comme Bob Dylan ... qui a connu une gloire plus durable certes, mais aussi des graves écueils, et qui s’en est quand même assez bien tiré en couchant sa biographie sur papier sans plus même essayer de la chanter.

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