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La plus belle couleur du monde, c’est toi

  • Avec "La Plus Belle Couleur du monde", l'auteur chinois Golo Zaho plusieurs fois primé (notamment à Angoulême) signe un pur bijou de tendresse et d'émotion porté par un dessin exceptionnel. Entre contemplation et exploration de l'intime, on suit le parcours d'un lycéen confronté à tous les problèmes de son âge, avec une sincérité rare. Déjà remarqué pour ses autres séries publiées en France, l'auteur franchit un nouveau cap aussi bien dans sa narration que dans son dessin, et nous livre un album abouti qui bouleverse de la première à la dernière page.

Simple is beautiful, le simple est beau. La Plus Belle Couleur du monde illustre à merveille cet adage en nous racontant la simple mais belle relation entre Zhou et Yun, une camarade de sa classe. À mi-chemin entre l’amitié et l’amour, c’est dans les non-dits et les sous-entendus que la beauté de leur relation se déploie, alors que chacun doit aussi gérer ses petits tracas du quotidien, entre cartes de collection, petites brutes et rêves d’avenir.

Zhou et Yun sont tous deux dans la classe d’art de leur collège et participent à des cours d’arts graphiques tous les weekends au palais de la jeunesse. Les deux sont très doués en dessin mais aussi talentueux que soit Zhou, Yun semble toujours avoir un pas d’avance sur lui, particulièrement grâce à son sens de la couleur. Et puis par dessus le marché il y a Jun, le beau, riche et talentueux Jun, qui en plus de flirter avec la plus belle fille de l’école s’intéresse de près à Yun.

La couverture de l’album, dans un rose et violet pastel, laisse présager la beauté des planches, et leur poésie. On ne s’y trompe pas, Golo Zhao impose un style sans pareil d’une maîtrise rare, tout en couleurs à l’aquarelle. Son sens du rythme est particulièrement singulier mais efficace et très proche de l’animation (on ressent une inspiration forte de la narration à la studio Ghibli, caractéristique du grand Hayao Miyazaki). Et la longueur du récit (presque 600 pages) nous permet d’apprécier au mieux la légèreté et le raffinement de son trait.

La plus belle couleur du monde, c'est toi
© Golo Zhao (2019). Rights arranged through
BEIJING TOTAL VISION CULTURE SPREADS CO., Ltd and Nicolas Grivel Agency

Il dépeint avec poésie le charme simple d’une ville moyenne chinoise, ni démesurée comme Pékin ni rurale et reculée. Une cité moyenne peuplée de gens moyens, d’une sincère banalité. Sa maîtrise de la couleur, enjeu du récit, est stupéfiante car d’un très grand réalisme, qui tranche avec le style de ses personnages un peu plus "cartoonesques". Et la planche qui donne son nom au livre, dans le troisième tiers de l’ouvrage et qui accompagne le climax du récit, est tout simplement incomparable de beauté.

Pour son personnage principal, la compréhension des jeux de lumières et la saisie de "l’essence de la couleur" est la dernière étape de sa progression aussi bien en tant qu’artiste débutant que dans sa relation avec Yun. On comprend donc pourquoi l’auteur s’attache autant aux couleurs et nous propose une myriade d’effets et de paysages qui sont autant d’instants de bravoure. Ses ciels variés, les ombres de ses crépuscules d’été, les feuilles de ses arbres, les uniformes : dans chaque détail de couleur qui parsème le récit, on sent une maîtrise qui frise l’authentique génie.

La patte graphique de Zhao est indéniablement un atout essentiel du récit, mais l’histoire et surtout ses personnages ne sont pas en reste. L’empathie qu’on éprouve pour eux est immédiate et intense. Leur développement relationnel au fil des mois et des années est criant de réalisme et en appelle à l’expérience personnelle de chacun. Car les épreuves qu’ils traversent concernent tout le monde un jour ou l’autre : la jalousie, les premiers émois amoureux, l’angoisse du futur... Les personnages sont à la fois uniques et universels. L’alchimie entre eux et le réalisme de leurs interactions donnent au récit une valeur quasi-documentaire, qui s’attarde aussi sur la spécificité de grandir en Chine dans les années 1990.

Avec son Prix des Écoles au festival d’Angoulême pour sa première série publiée en France La Balade de Yaya, Golo Zhao démontrait un potentiel certain qui se confirme et se déploie avec La Plus Belle Couleur du monde. À l’échelle de sa carrière encore jeune, il est surprenant et impressionnant de le voir signer un titre aussi abouti. Et bien qu’audacieux, il n’est pas prématuré d’utiliser ici les mots de "chef d’œuvre". Il ne fait aucun doute que son nom retentira à nouveau dans les années à venir.

© Golo Zhao (2019). Rights arranged through
BEIJING TOTAL VISION CULTURE SPREADS CO., Ltd and Nicolas Grivel Agency
© Golo Zhao (2019). Rights arranged through
BEIJING TOTAL VISION CULTURE SPREADS CO., Ltd and Nicolas Grivel Agency
© Golo Zhao (2019). Rights arranged through
BEIJING TOTAL VISION CULTURE SPREADS CO., Ltd and Nicolas Grivel Agency

(par Jaime Bonkowski de Passos)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

"La plus belle couleur du monde" - Par Golo Zhao - Glénat - 585 pages - 29.90€ - 07/07/2021

Nos articles sur les autres séries et album de Golo Zhao :

- Passeur d’âmes, Cambourakis
- Entre ciel et terre, Cambourakis
- Le monde Zhou Zhou, Casterman

 
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