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La rentrée 2014 des galeristes BD

  • Les galeries spécialisées dans la vente d'originaux de bande dessinée font également leur rentrée. Posée, réfléchie, cette sélection de rentrée est en même temps très combative.

C’est un phénomène qui n’aura échappé à personne ces dernières années : les originaux de bande dessinée font des résultats records. La raison ? Une vraie prise de conscience patrimoniale du monde de la BD qui fait suite à la prolifération des expositions à succès qui valorisent l’original, des publications de plus en plus qualitatives de classiques de la BD, des musées publics et privés, et la constitution d’un corpus historique qui dessine clairement une histoire esthétique du medium.

À cela s’ajoute un élargissement du public d’acheteurs venus de tous les horizons, notamment de l’art contemporain, le « low » (la bande dessinée) finissant par rejoindre le « high » (la peinture) comme art à part entière. Depuis, les échanges entre la bande dessinée et l’Art contemporain se multiplient, notamment à l’initiative de certains galeristes et collectionneurs francophones.

La rentrée 2014 des galeristes BD
José-Louis Bocquet, directeur éditorial adjoint chez Dupuis, avec le galeriste de Champaka, Eric Verhoest.

Un marqueur éclairant de cette rentrée est l’annonce de la prochaine vente de bande dessinée chez Sotheby’s. On se souvient qu’en avril dernier, le galeriste Daniel Maghen et la maison de vente Christie’s avaient fait une irruption fracassante dans le domaine des ventes publiques de BD, établissant d’entrée des records.. Cette fois ce sont Éric Verhoest, timonier des galeries Champaka à Bruxelles et à Paris, et Bernard Mahé, propriétaire de la Galerie 9eArt à Paris qui s’associent le 7 mars 2015 dans une vente exceptionnelle qui réunit les plus grandes signatures de l’histoire de la BD des deux côtés de l’Atlantique. Sont mis en vente quelques-unes des plus belles planches de Winsor McCay ou de Milton Caniff.

L’alliance de ces deux galeristes n’est pas étonnante. Elle répond aux associations Maghen/Christie’s ou encore Breyne & Huberty (ex-Petits Papiers) avec la maison de vente Millon. Éric Verhoest réunit dans sa galerie Champaka quelques-uns des plus beaux noms de la bande dessinée classique franco-belge. Après avoir exposé Paul Gillon, Yves Chaland, Herr Seele ou Ever Meulen, il expose en ce moment le dessinateur Stanislas, orfèvre de la Ligne Claire et cofondateur de l’Association. Quant à Bernard Mahé, après avoir exposé Will Eisner et Paul Pope, sa Galerie 9eart accroche en ce moment des caricatures de Charles da Costa, effectuant une "vente flash" d’originaux de Frank Miller lors du passage de ce dernier à Paris..

Daniel Maghen, quant à lui, reste dans la ligne rassurante des classiques franco-belges. C’est Olivier Schwartz, le dessinateur du dernier album de collection "Spirou de...", La Femme-Léopard (sc. Yann, chez Dupuis) qui anime ses cimaises en cette saison. Un choix patrimonial sans risque. À peine l’exposition s’ouvrait-elle que les cartels étaient déjà constellés de "points rouges" qui signalent à l’acheteur qu’une œuvre exposée est déjà vendue.

Daniel Maghen a choisi d’exposer le Spirou d’Olivier Schwartz

La galerie Breyne & Huberty, qui a choisi ce patronyme plus sérieux que leur précédente appellation "Petits Papiers", continue à tracer une voie initiée ces dernières années en instituant un jeu de complémentarité entre Bruxelles et Paris, exposant dans la capitale belge le facétieux graphiste Johan De Moor qui marque la rentrée avec son album Cœur glacé (Sc. Gilles Dal, Le Lombard) et dans la capitale française l’élégant François Avril qui fait le pont entre bande dessinée, graphisme et peinture, dans la droite ligne de la politique de cette galerie bruxello-parisienne qui s’est fait une spécialité d’associer bande dessinée et art contemporain.. Ce galeriste qui fut un des premiers à jouer activement sur toute la gamme des créateurs de bande dessinée, est aussi, avec Daniel Maghen, celui qui a le "stock" d’artistes le plus important de France et de Navarre. Allez-y voir : leurs collections sont étonnantes. Breyne & Huberty feront l’événement en décembre avec une vente publique "prestige" chez Millon où, nous promet-on, seront offertes 100 pièces de choix signées des plus grands maîtres dont Hergé.

Marc Breyne et Alain Huberty en septembre 2014

Breyne & Huberty, comme la galerie Champaka, sont d’ailleurs chaque année très présents à la Brafa, le rendez-vous belge des collectionneurs d’art, de même qu’à ArtParis où ils font des ventes de plus en plus conséquentes à des amateurs qui ne viennent pas spécialement du milieu de la bande dessinée. Leur approche fait beaucoup pour la constitution de la cote des artistes sans laquelle les investissements dans le 9e art seraient sans lendemain.

François Avrl devant une de ses toiles (sept. 2014)

En exposant en cette rentrée les duettistes Ruppert & Mulot, la galerie Barbier & Mathon à Paris essaie de toucher un public différent. Conseiller de très grands collectionneurs, commissaire de l’exposition de la Fondation Hélène et Édouard Leclerc "1975-1997, la bande dessinée fait sa révolution... Métal Hurlant / (A Suivre)", ce galeriste est l’un des connaisseurs les plus fins des nouvelles tendances et se trouve ici confronté à une génération d’artistes qui n’a plus d’originaux car leurs bandes dessinées sont souvent développées et achevées à la Cintiq, cet écran à stylet de Wacom qui permet des performances graphiques extraordinaires. Ce que l’on voit au mur est donc le premier état de l’œuvre finalement imprimée, un "original" dans tous les sens du terme. "Ce sont des amateurs de graphisme, plus jeunes, qui nous achètent nous dit-on, des gens pour qui cette technique est bien connue."

Florent Ruppert et Jérôme Mulot à la Galerie Barbier-Mathon
Jean-Marc Rochette à la Galerie Martel

La Galerie Martel à Paris s’est fait une spécialité ces dernières années d’exposer les grands noms de la bande dessinée contemporaine d’outre-Atlantique : Art Spiegelman, Chris Ware, Charles Burns, -la "Raw Connection" en quelque sorte- agrémentée de graphistes de renom comme Robert Crumb, Lorenzo Mattotti, Roland Topor ou Fred. Cette année, c’est Rochette, le dessinateur du Transperceneige (sc. Lob, Casterman) qui fait sa rentrée rue Martel. Un dessinateur devenu un peintre à l’univers habité et puissant.

Une toile de Ted Benoit à la Galerie Oblique (extrait)
(c) Ted Benoit

La Galerie Oblique à Paris joue la proximité et ouvre ses murs du Village Saint-Paul à Ted Benoit, l’un des rénovateurs de la Ligne Claire des années 1980. L’occasion pour le galeriste de Tardi de découvrir ses toiles mais aussi quelques multiples à tirage limité reproduisant ses images les plus marquantes à l’occasion de son dernier ouvrage La Philosophie dans la Piscine (La Boîte à bulles).

La Galerie Glénat a trouvé un sujet qui rassemble...
Dessin : Honoré

La Galerie Glénat, quant à elle, joue la complémentarité avec le catalogue de son propriétaire : au milieu de choses classiques, on trouve dans sa programmation un goût pour l’expérimentation et l’éclectisme, en dehors de toute coterie . Après une expo Follet autour de son dernier album, c’est un collectif autour du vin qui anime sa rentrée. Les plus grands noms du dessin d’humour et de l’illustration sont au rendez-vous : Bosc, Puig Rosado, Honoré... Enivrant, forcément.

Buchet à la Galerie Bruxelles-Paris
Etude pour "Sillage"

Enfin, à Bruxelles, La Galerie Bruxelles-Paris creuse le sillon du graphisme contemporain et de la Science-Fiction avec Philippe Buchet, l’auteur à succès de Sillage (sc. Jean-David Morvan, Delcourt) aux créatures aussi aguichantes que fantastiques.

Toutes ces créations sont adaptées à toutes les bourses, de quelques centaines d’euros qui font un cadeau original à quelques dizaines de milliers pour ceux qui chercheraient un investissement-coup de cœur.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

 
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