La rentrée impliquée de Dargaud

29 août 2016 0 commentaire
  • Récit d’un otage, reportage en 1965 lors des manifestations afro-américaines, biographie d’un migrant syrien , récits vécus sur le Vendée Globe, la "Vie de Réac" de Navarro dont le blog est hébergé sur le site du "Monde", etc. Dargaud s’inscrit volontairement dans une veine journalistique, politique et sociale pour sa rentrée !

Le programme de sa rentrée 2016 inscrit Dargaud dans son époque. En raison de la thématique d’une partie de ses nouveautés, l’éditeur de la rue Moussorgski s’implique et agit sinon comme comme un acteur de la réalité sociale, au moins comme un révélateur, alimentant par les travaux de ses auteurs une réflexion souvent pertinente sur le monde changeant et angoissant qui est le nôtre.

Le premier titre fort est celui de Guy Delisle S’Enfuir – Récit d’un otage. Le lauréat du prix du meilleur album au FIBD d’Angoulême pour Chroniques de Jérusalem en 2012 (Delcourt) travaillait depuis plusieurs années sur le récit de la captivité d’un responsable d’une ONG en 1997. L’auteur qui a déjà réalisé des albums dans différents coins chauds du globe (Chine, Corée du Nord, Birmanie, etc.) a recueilli son témoignage et l’adapte ainsi en bande dessinée. Le récit des 111 jours de détention sera certainement un des albums forts du mois d’octobre, marquant pour la première fois le passage de cet auteur chez Dargaud. Jolie prise...

La rentrée impliquée de Dargaud

L’éditeur parisien poursuit dans cette veine journalistique-documentaire avec une nouvelle série sobrement intitulée Reporters. Le principe est simple : suivre un journaliste français qui vit en direct des événements qui ont marqué l’Histoire contemporaine. Ce premier tome est dédié aux manifestations, aux heurts et aux assassinats autour de la cause afro-américaine aux USA en 1965. Le tout est scénarisé par Laurent Granier & Renaud Garetta et dessiné par Gontran Toussaint.

Dans la veine de ces deux premiers titres, on peut aussi découvrir L’Histoire d’Haytam, ce jeune Syrien, fils de leaders de la révolution iranienne, qui doit fuir son pays à 14 ans. L’album d’Hénin & Park décrit cette arrivée à Paris, alors qu’il ne parle pas le Français, le regard des autres et le parcours d’un jeune qui a décidé de s’en sortir. Une prise de recul intéressante dans le contexte actuel.

Un recul que s’impose également Morgan Navarro dans le blog qu’il tient et qui est hébergé sur le site du Monde. Le tout est compilé dans Ma Vie de Réac’, une chronique humoristico-sarcastique de notre société et de ses travers.

Plus sportif, les Histoires du Vendée Globe sont cette fois dessinées par Renaud Garetta et rédigées par Alexandre Chenet. Cet album poursuit le précédent Seul autour du monde et compile les anecdotes authentiques des plus célèbres skippers. Plus légers, Les Illustres de la table regroupent une trentaine de portraits d’hommes célèbres et amateurs de la bonne chair.

Les curiosités

Florence Cestac revient avec Filles des oiseaux, le récit de ces jeunes filles aisées mais rebelles, envoyées en pensionnat chez les bonnes sœurs afin de les remettre « dans le droit chemin ». La chronique de la France de l’après-guerre se mêle à la relation tissée entre ces jeunes filles que tout opposait. Dargaud en profite également pour rééditer Harry Mickson & Co sous la forme d’une grosse intégrale de 200 pages, de quoi nous replonger aux sources de l’oeuvre de Cestac dans sa période Futuropolis.

Deux autres séries débutent également : Mia & Co transpose la vie quotidienne des adolescents, à partir de la 4e et au-delà, une chronique qui permet de comprendre comment les relations filles-garçons évoluent avec les ans. On retrouve Vanyda au scénario d’une chronique authentique dont elle a le secret ; dans Fées Valentines qui viennent de paraître, Béka & Crip imaginent un groupe de fées expertes en amour. Leur première mission ? Trouver un prince pour la fille de la Belle au Bois dormant !

Citons encore les deux premiers albums de Miru Miru, une série pour les 3-6 ans au graphisme doux et poétique. Une sortie qui sera soutenue par la diffusion des dessins animés sur Canal+.

Les titres attendus

Le western est à l’honneur chez Dargaud ! On pense bien entendu l’attendue version de Lucky Luke par Bouzard, mais cette rentrée profite également du quatrième tome de Gus, le western déjanté imaginé par Christophe Blain .

La surprise viendra certainement du nouveau diptyque de L’Étoile du désert ! On se souvient de ce récit en deux parties signée par Desberg & Marini. Et comme nous vous l’avions annoncé, les deux auteurs se partagent maintenant le scénario, alors que le virtuose Labiano assure le dessin ! Nous reviendrons très prochainement sur ce prequel.

Autre tandem, celui du Dufaux & Jamar : après les sept tomes des Voleurs d’Empire et les six tomes de Double Masque, les deux compères reviennent avec un gros one-shot de 80 pages intitulé Vincent, un saint au temps des Mousquetaires. On l’aura compris, l’album traite de St Vincent de Paul, mais le place dans une position inattendue, celle d’un enquêteur sur les traces de l’assassin de l’un de ses protégés. Il faudra pourtant attendre fin octobre pour découvrir ce récit rehaussé d’un dossier historique en fin d’album.

Les univers de Leo & Rodolphe sont également bien implantés chez Dargaud : après Kenya et Namibia, Miss Austin s’envole en Amazonie, sur les traces d’une créature qui n’a rien d’humain. Les amateurs du genre retrouveront également les héros d’Ultime Frontière, ce western SF remuant écrit par Leo et dessiné par Icar.

Enfin, il sera déjà temps de voir le rideau tomber sur la saga des pirates de Barracuda. Sur le scénario de Jean Dufaux, Jeremy, l’élève de Delaby aura laissé exploser son talent. Un final à ne pas rater !

Les best-sellers

Autre conclusion d’une grande saga de Jean Dufaux, le 13e album de Djinn signe la fin du cycle indien, et normalement celle de la série. Pour l’occasion, Dargaud publiera deux versions de l’album, sans doute l’occasion d’une ultime découverte dans l’atmosphère si particulière qui a séduit tant de lecteurs.

La surprise viendra certainement des Vieux Fourneaux, car la détonante série de Lupano & Cauuet ne proposera pas de tome 4 cette année ! Réalisé par les mêmes auteurs, Loup en slip est un one-shot, sorte de spin-off des Vieux Fourneaux, qui reprend une histoire issue du théâtre de marionnette de Sophie et de sa grand-mère, dans la foulée de ce qui est présenté dans le tome 3. À paraître en novembre.

La série XIII est étroitement associée à Dargaud depuis trente ans, l’éditeur publie donc la suite des XIII Mystery (déjà le dixième !) avec un album dédié au sombre Calvin Max, écrit par Fred Duval et dessiné par le très talentueux Corentin Rouge.

Et comme l’on sait que Dargaud aime terminer l’année sur les chapeaux de roue, l’éditeur joue une de ses plus grosses cartes pour la période des fêtes, avec un nouvel album de Blake & Mortimer, Le Testament de William S., réalisé par Yves Sente & André Juillard.

En proposant une rentrée impliquée sans négliger ses fers de lance, Dargaud joue sur plusieurs tableaux pour espérer remporter la mise. Qu’en sera-t-il au final ? Fin du suspense dans quelques mois…

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Lire également nos article concernant la rentrée avec :
- Vents d’Ouest
- Le Lombard
- Les Humanoïdes Associés

Tous les visuels sont : © Dargaud.

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