La résilience du Centre Belge de la BD

15 juillet 2020 2 commentaires
  • Après plus de deux mois de fermeture, le Centre Belge de BD a à nouveau ouvert ses portes. Pour le public belge et pour les touristes qui se rendront à Bruxelles durant ces grandes vacances, le CBBD leur a concocté un programme plus qu'alléchant. Petit tour d'horizon des activités proposées.
La résilience du Centre Belge de la BD
Fresque Ric Hochet située rue de Bon Secours, 1000 Bruxelles
Photo © Daniel Fouss/Musée de la BD

Le musée de la BD de Bruxelles a réouvert ses portes le 3 juin dernier après plus de deux mois de fermeture forcée suite à la pandémie du virus Covid-19. À l’instar des autres musées et de tout le secteur culturel belge en général, la nouvelle direction du CBBD appréhende cette période post-confinement pleine d’incertitudes, mais ne néglige pas pour autant ses fondamentaux : valoriser le 9e Art au travers de grandes expositions thématiques.

Une reprise pleine d’appréhensions

La fermeture du CBBD ne fut pas la décision la plus difficile à prendre comme nous l’a expliqué Isabelle Debekker, la nouvelle directrice générale du musée depuis le 1er novembre 2019, suite à la démission de Jean Auquier : “Fermer le musée a été assez simple finalement. Ce qui a été plus difficile, c’était de fonctionner avec les équipes en télétravail. Tout le monde a diminué son temps de travail - certains sont passés à 100% au chômage pour force majeure et d’autres sont passés partiellement en télétravail et partiellement au chômage - ce qui a engendré une organisation du temps de travail particulièrement inédite. Aujourd’hui, nous avons à nouveau ouvert nos portes et je pense que le plus dur, c’est maintenant : ouvrir le musée au public en respectant les directives ministérielles qui nous sont imposées, ce qui ne nous permet plus d’accueillir autant de monde qu’avant. Ajoutez à cela les restrictions concernant l’entrée des touristes sur le sol belge et vous comprendrez que toutes ces contraintes constitueront à long terme un véritable manque à gagner pour le musée”.

La fin du confinement n’est donc pas synonyme de retour à la normale pour le musée belge de la BD. Il a fallu imaginer tout un nouveau circuit des visites afin de garantir les règles de distanciation sociales, tout en conservant une cohérence dans la découverte du lieu [le bâtiment qui abrite le CBBD était auparavant les Magasins Waucquez, un chef d’œuvre d’Art Nouveau conçu par l’architecte belge Victor Horta, NDLR] et des expositions proposées. Et face à la diminution du nombre de touristes qui s’annonce pour cette période cruciale des vacances d’été, la direction du CBBD veut plus que jamais séduire à nouveau le public belge à travers une nouvelle campagne d’affichage et en ciblant plus particulièrement la presse généraliste afin de rappeler que la BD n’est pas qu’une affaire de professionnels ou de passionnés. C’est aussi un patrimoine culturel important accessible à toutes et à tous.

Expo Juanjo Guarnido - Secrets d’atelier d’un maestro

Grâce au succès de sa série Blacksad, cinq albums publiés avec le scénariste espagnol Juan Díaz Canales aux éditions Dargaud entre 2000 et 2013, Juanjo Guarnido s’est imposé comme l’un des grands dessinateurs de BD européens de ces vingt dernières années. Avec son style empreint de douceur, issu de ses années en tant qu’animateur aux Studios Walt Disney de Montreuil, le dessinateur andalou a su se créer une identité visuelle forte au service de séries aux univers diamétralement opposées que sont Blacksad bien sûr, mais aussi Sorcelleries (scénarisée par Teresa Valero, Dargaud) et Voyageur’ (avec Pierre Boisserie et Éric Stalner pour les éditions Glénat.

Son dernier album, Les Indes fourbes (avec Alain Ayroles, Delcourt) s’est d’ailleurs imposé comme un véritable chef d’œuvre, comme nous le signalait notre rédacteur en chef Charles-Louis Detournay dans sa chronique dédiée à ce one-shot. Le choix de lui consacrer une grande expo s’imposait donc comme une évidence pour de la direction du CBBD : “En proposant une rétrospective du travail de Guarnido et en montrant l’évolution de son style et de sa carrière, nous voulions démontrer que rien ne vient par hasard. Chez Marvel et Disney, il a perfectionné son dessin, l’expression des personnages et son sens du cadrage. En parallèle, il a aussi beaucoup travaillé sa technique de peinture à l’huile et ses aquarelles. C’est cet assemblage de technique et de maîtrise qui ne cesse de s’améliorer avec le temps que nous voulions présenter au public”, nous explique la commissaire de l’exposition Mélanie Andrieu. Nous vous reparlerons prochainement de cette rétrospective via une interview de Guarnido.

Enfin, signalons qu’un jeu de détective Blacksad est disponible gratuitement en téléchargement soit à l’accueil, soit sur le site du musée.

Expo Nicolas Juncker - Seules à Berlin

Seules à Berlin
Nicolas Junckers © Casterman

Exceptionnellement organisée dans la grande salle de l’horloge car l’espace proposé par la Gallery ne permet pas de garantir les règles de distanciations sociales, l’expo “Nicolas Juncker - Seules à Berlin” nous propose de découvrir les planches originales de cet album, dont les qualités avait été rappelées dans nos pages par David Taugis : “Chronique remarquable d’une "presque" amitié et hommage au courage des femmes, Seules à Berlin s’inspire de témoignages réels et finit par laisser au second plan l’objectif principal d’alors : retrouver Hitler...”

Écrit et illustré par Nicolas Juncker, Seules à Berlin est un album à découvrir sans plus tarder. Nous reviendrons prochainement sur celui-ci au travers d’une interview de son auteur.

Un musée plus que jamais ouvert aux familles et au grand public

La fermeture dûe au confinement a décalé tout le programme du CBBD. Ainsi, l’exposition prévue pour Le Château des étoiles d’Alex Alice, qui devait faire suite à l’expo Boule & Bill, a été annulée pour cette année. L’expo Boule & Bill a donc été prolongée jusqu’au 31 août. Prolongation également de l’expo Pico Bogue en famille qui sera visible jusqu’au 13 septembre. Signalons au passage qu’un carnet ludique est distribué gratuitement aux visiteurs de cette expo dédiée aux personnages Pico Bogue et Ana Ana, créés par Dominique Roques et son fils Alexis Dormal.

D’autres activités telles que les stages pour enfants d’initiation à la BD et le parcours découverte des fresques BD de Bruxelles sont maintenues durant l’été. Tout comme les Nocturnes en musique qui sont organisées tous les jeudi de 18h à 21h à partir du 15 juillet.

Alexis Dormal et Dominique Roques
Photo © Daniel Fouss/Musée de la BD
Expo "Boule et Bill, 60 ans de bonheur au quotidien"
Photo © Daniel Fouss/Musée de la BD

Voir en ligne : Visitez le site du CBBD

(par Christian MISSIA DIO)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Expo “Juanjo Guarnido - Secrets d’atelier d’un maestro”
Du 3 juin au 8 novembre 2020.

Expo “Nicolas Juncker - Seules à Berlin”
Du 24 juin au 13 septembre 2020

Expo “Pico Bogue en famille”
Expo prolongée jusqu’au 13 septembre 2020

Expo “Boule et Bill, 60 ans de bonheur au quotidien”
Expo prolongée jusqu’au 31 août 2020

Centre Belge de la Bande Dessinée - Musée Bruxelles

Rue des Sables n° 20
1000 Bruxelles
Tél. : + 32 (0)2 219 19 80
Fax : + 32 (0)2 219 23 76
visit@cbbd.be

 
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2 Messages :
  • Lorsque j’ai découvert (il y a deux ans) le CBBD j’ai été très déçu de n’y voir aucune planche de Hergé, Jacobs, Cuvelier, Martin, Graton, Tibet (les maītres de l’ėcole de Bruxelles), Jijé, Franquin, Morris, Tillieux, Will (les maîtres de l’école de Charleroi), Greg, Hermann, Paape... Aucune ! On m’a alors donné comme raison que le CBBD n’était pas un musée. Pourtant vous l’appelez ainsi dans votre article. S’il s’agit bien d’un musée de la BD belge, comment justifier qu’aucun des grands noms de celle-ci n’y soit représenté ?

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    • Répondu par BLOCH le 31 juillet à  21:57 :

      Peut-être est-ce un musée qui n’a pas l’ambition (au contraire de la cité de la BD d’Angoulême par exemple) de réunir une grande collection permanente d’originaux mais plutôt d’accueillir des expositions temporaires.

      On peut d’ailleurs se poser la question de ce qu’est le rôle d’un musée de la bande dessinée. Est-ce que cela doit être un musée d’art où sont exposés des dessins originaux ou bien un musée d’histoire. Dans ce cas les livres, les techniques d’impression, les supports et techniques de diffusion sont tout aussi importants.

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