La série « Thorgal » entame un nouveau cycle avec Yves Sente au scénario

29 août 2007 5 commentaires
  • L’un des évènements marquants de la rentrée, c’est la publication du 30ème album de {Thorgal}. C’est le premier qui n’est pas scénarisé par Jean Van Hamme, mais par Yves Sente, qui avait déjà repris {Blake & Mortimer}. Le scénariste, par ailleurs éditeur au Lombard, a choisi de donner à la série une tournure contemporaine.
La série « Thorgal » entame un nouveau cycle avec Yves Sente au scénario
Thorghal T30 : scénario d’Yves Sente
Le Lombard

La reprise de Thorgal par Yves Sente n’est pas une surprise. On était au courant depuis longtemps du fait que Jean Van Hamme voulait arrêter la plupart de ses séries pour mieux profiter d’une retraite bien méritée. Le choix d’Yves Sente comme continuateur de Thorgal s’est fait finalement assez naturellement : « Il y a trois, quatre ans, raconte le scénariste, Jean Van Hamme avait écrit à ses co-auteurs et à ses éditeurs pour leur dire qu’il voulait arrêter certaines séries. Il voulait faire le tour du monde, lever le pied… Très professionnel, comme d’habitude, il prévient tout un chacun bien à l’avance afin que personne ne soit pris par surprise. Rosinski décide de continuer et Van Hamme lui suggère de poursuivre avec Jolan, le trentième album de Thorgal étant le dernier. Comme éditeur, je me mets en charge de scénaristes pour la suite et tous ceux que je leur ai présentés ont été refusés, soit par l’un, soit par l’autre, soit par les deux, non pas à cause de la qualité de ce qui leur était présenté, mais pour des raisons affectives. Ils connaissent Thorgal depuis 30 ans, ils sont amis, ils partent en vacances ensemble, etc. Bref, ça coinçait. Au bout d’un an, Van Hamme me dit : "plus la peine que tu cherches, c’est nous qui allons te proposer quelqu’un". Puis un jour, je déjeune avec Jean et son épouse et, au milieu du repas, il me demande si je ne m’y collerais pas puisque ces deux dernières années, Grzegorgz avait collaboré avec moi sur le Comte Skarbek : "Tu t’entends bien avec lui et on pourrait discuter des scénarios futurs". J’étais heureux, honoré ! Je réponds OK et je réalise mon histoire durant l’été, comme cela, si elle ne plaît pas, on a encore une année pour trouver quelqu’un. Je leur ai présenté le scénario et ils ont bien aimé tous les deux. Petite anecdote, cette histoire de Jolan est devenue une histoire de Thorgal en cours de route car Rosinski voulait que la série continue et, finalement, Van Hamme avait fini par accepter. C’est pourquoi, il y a deux histoires en parallèle, la suite du tome 29 et cette nouvelle aventure de Jolan. »

Grzegorz Rosinski, dessinateur de Thorgal
Photo : D. Pasamonik

Pour le dessin, Grzegorz Rosinski reste aux manettes, appliquant pour cet album, « Moi, Jolan » la technique de mise en couleurs qui est la sienne désormais : « «  Il avait déjà utilisé la couleur directe dans Thorgal au tome précédent, nous raconte Yves Sente. Mais ici, il est redevenu plus réaliste. Il me l’a dit clairement : il ne ferait plus de BD s’il ne se donnait pas le droit d’expérimenter. »

Un groupe chorale

Il n’y a pas que le dessin qui expérimente. Le scénariste a choisi de donner à la série une chorale de nouveaux héros qui agissent en groupe, sur le modèle de celui inventé par Stan Lee et Jack Kirby en 1961 pour Les Quatre Fantastiques : «  Il y a sans doute le fait que j’ai regardé ou vu des choses qui n’intéressent que très moyennement Van Hamme que ce soit Le Seigneur des Anneaux ou même Les Quatre Fantastiques, analyse Yves Sente. Ce qui m’importe surtout, c’est qu’autour de Jolan évoluent des personnages de son âge et qui symbolisent une forme de modernité. Jolan, c’est une sorte de Tintin, le gentil fils de son papa et de sa maman, qui a appris les valeurs, qui est courageux, poli, gentil, galant et qui pourrait vite devenir embêtant si, autour de lui, il n’y avait pas des personnages plus… contemporains, dans lesquels un jeune lecteur d’aujourd’hui peut plus facilement s’identifier. J’ai découvert Thorgal à quinze ans et si je peux procurer le même moment de plaisir aux ados que celui que j’avais à leur âge, je n’aurai pas perdu mon temps. Il faut que les personnages, dans les dialogues, dans leur attitude, dans leur personnalité, n’aient pas à rougir devant ceux que l’on voit au cinéma, par exemple. »

"Moi, Jolan". Un extrait du tome 30 des aventures de Thorgal. "Il est temps d’un peu oublier ton père, mon garçon". Un dialogue qui sonne comme un méta-commentaire de l’album
(c) Le Lombard/Rosinski/Van Hamme/ Sente

Au niveau de la technique de scénario et de l’esprit, Sente a posé ses pas dans ceux de Van Hamme, mais son point de vue change radicalement : « Je fais des grands plans, comme Van Hamme. C’est d’ailleurs lui qui m’a donné le truc. Je mets en deux-trois mots ce qui se passe dans chaque page. Je veille aux équilibres en faisant en sorte que cela ne discute pas trop d’un côté et qu’il n’y ait pas trop ou trop peu d’action de l’autre. Quand mon plan est complet, je commence à découper et à écrire les dialogues. Il y a quelques années, on avait trouvé un slogan pour la série Thorgal : « Les dieux ont mis un homme à l’épreuve ». Or, c’est vraiment cela, Van Hamme. Son grand truc, c’est la fatalité. Thorgal se bat contre elle, XIII aussi, Largo Winch aussi. Tous ces personnages ont quelque chose qui leur tombe sur la tête, alors que tout ce qu’ils demandent, c’est qu’on leur foute la paix. C’est le principe de la tragédie grecque. C’est une forme de héros. D’autres sont plus dynamiques, proactifs. Je me suis dit : Avec Jolan, ce n’est pas la peine de faire un Thorgal bis, plus jeune. Inversons dorénavant le slogan : un homme, Jolan, va mettre les dieux à l’épreuve. Thorgal et lui n’ont pas le même caractère. Le premier voulait juste protéger sa famille. Jolan, lui, il n’a pas de famille, il est né chez les Vikings contrairement à son père, et il a envie d’une vie un peu plus Rock ‘n Roll. Il y va, il fonce, il prend les choses en main pour avoir un destin exceptionnel. Après, le père et le fils vont se retrouver. Peut-être que le fils sera devenu quelqu’un d’important, mais ils auront toujours quelque chose à se dire. Ce n’est pas la même génération, ni la même optique de vie. Donc, forcément, Jolan ne dégagera pas la même chose que son père. »

La saga Thorgal continue, donc. L’album est passionnant. On attend déjà la suite.

"Moi Jolan", page 6. Graphiquement, à cause de la mise en couleurs directes, la série est aussi à un tournant.
(c) Le Lombard/Rosinski/Van Hamme/ Sente

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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En médaillon : Yves Sente. Photo : D. Pasamonik.

 
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5 Messages :
  • Bin tiens, en tant que scénariste et éditeur ça ne va pas être difficile de voter les budgets de promo...
    Dans un autre métier, on appelle ça cumul de mandats...

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    • Répondu le 30 août 2007 à  14:59 :

      c’est aussi le cas de sfar,trondheim,gotlib aussi a un moment donné,menu également,gosciny et tant d’autres il me semble...bref,là comme il s’agit de thorgal,votre bonne conscience "contemporraine" affutent sa lame et vous tranchez sec... ridicule

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      • Répondu par CB le 31 août 2007 à  09:30 :

        Non, ce qui est ridicule est cette comparaison. Nous étions dans le cas d’auteurs devenus éditeurs, là nous sommes dans le cas d’un éditeur devenu scénariste. Tout d’abord d’une petite série comme Blake&Mortimer, ensuite ce même scénariste travaille avec Rosinski (un petit auteur), puis Boucq (un autre petit auteur), puis comme par hasard reprend Thorgal (une autre petit série)... Pour un jeune scénariste qui n’a pas non plus fait de grands chefs d’oeuvres, que d’opportunités !!! si ce n’était que tout cela reste dans le même groupe : Média Participations, et que le dit scénariste en est un des éditeurs. Mais tout cela n’est que pure coïncidence...
        En tout cas il ne faudra pas chercher loin le repreneur de XIII...

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    • Répondu par Michel D. le 30 août 2007 à  22:22 :

      Pourquoi attaquer de suite le scénario de Yves Sente ? Attendons pour juger, il est clair qu’il ne sera pas aisé de succèder à Van Hamme, bestseller (et de loin) de l’écriture de BD réaliste, plusieurs genres confondus (thriller avec XII, business-action avec Largo Winch,vikings avec Thorgael). Donc merci de ne pas condamner avant d’avoir lu...

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      • Répondu par antalpol le 31 août 2007 à  13:14 :

        D’accord pour ne pas condamner a priori, mais les expériences passées sur Blake & Mortimer laissent craindre le pire ; l’entreprise Thorgal a sans doute trouvé un nouveau gestionnaire, reste à savoir s’il restera un maître à bord pour retrouver le souffle épique des débuts. Wait & see

        Philippe

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