La vie romanesque de Marga Stefǎnescu, doyenne mondiale des auteurs de BD

21 avril 2013 8 commentaires
  • La Roumaine Marga Stefǎnescu a cent ans depuis un mois, ce qui en fait la doyenne mondiale des auteurs de BD. Son histoire nous est racontée par Dodo Niţǎ, le grand historien de la BD roumaine.
La vie romanesque de Marga Stefǎnescu, doyenne mondiale des auteurs de BD
Dessin des années 1940 par Marga Stefǎnescu
DR

Marga Stefǎnescu est née le 25 mars 1913 à Bucarest en Roumanie. Elle hérite de son talent de dessinatrice grâce à son père Eugeniu Stefǎnescu-Est (1881-1980), juge et avocat, mais aussi poète et caricaturiste (il a publié ses dessins en Roumanie, mais aussi en France dans L’Assiette au beurre, L’Indiscret, ou La Chronique amusante au début du XXe siècle ).

Marga Stefǎnescu fait les Beaux-Arts entre 1936 et 1940 et commence à travailler comme graphiste pour le "commandament de Straja Tarii" (Les Scouts de Roumanie.) Ensuite, elle dessine pour la maison d’édition Bucur Ciobanul, où elle conçoit plus de 100 couvertures de livres, mais aussi pour la presse, où elle multiplie les caricatures dans des revues humoristiques : Pacala, Nastratin ou des illustrations notamment dans la revue féminine Mariana.

La couverture du numéro de Noël 1943 du journal Ziarul Copiilor
DR

Elle publie ses premières bandes dessinées entre 1941 et 1947 dans Ziarul Copiilor (Le Journal des Enfants) ou Graiul Copiilor (La Voix des Enfants). Elle y anime plusieurs séries dont les protagonistes sont des gamins. La plus longue de ses séries est Poznele lui Rica (Les Farces de Rica), publiée pendant la guerre, qui raconte la vie quotidienne de Rica et de sa sœur ainée. La série a été sans doute inspirée par les Aventures de Bicot de l’Américain Martin Branner, dont on pouvait acheter les albums en français à la librairie Hachette de Bucarest.

Mais la guerre puis la prise de pouvoir par les communistes vont interrompre d’une façon dramatique la vie et la carrière artistique de Marga Stefǎnescu. Son père, juge d`instruction et avocat dans l’ancien régime, est désigné par le nouveau pouvoir comme un "ennemi du peuple". En 1947, dans des conditions non encore élucidées, il perd la vue et devient aveugle. Le mari de Marga, officier de cavalerie dans la garde royale, est emprisonné par les communistes. Enfin, les maisons d’édition, les revues, comme toute l’industrie, sont nationalisés au printemps 1948 et la dessinatrice ne peut plus y publier ses dessins.

Désespérée, Marga Stefǎnescu fuit Bucarest avec son père et s’établit à Galati, une ville située au bord du Danube, à 250 km de Bucarest, où elle a trouvé par chance une place de professeur de dessin dans un lycée. Plus tard, elle y enseignera la langue française.

Une planche de Poznele lui Rica (Les Farces de Rica) par Marga Stefǎnescu
(c) Marga Stefǎnescu

Divorcée de son premier mari, elle se remarie avec un médecin, Ion Ciurdareanu, aux côtés duquel elle mène une vie discrète et tranquille, s’occupant jusqu’en 1980 de son père aveugle et quasi centenaire.

Mais jamais plus Marga Stefǎnescu ne reviendra à sa première passion : la bande dessinée.

En dépit de sa courte carrière – 7 ans – ses personnages sympathiques sont restés dans l`Histoire de la BD roumaine, par la fraîcheur de son graphisme mais aussi en raison du caractère historique de ses créations. Ses planches originales avait été exposées pour la première fois en Occident en 2010 au Centre Belge de la Bande Dessinée à Bruxelles, dans le cadre de l’exposition 77 ans de BD en Roumanie.

Il y a un mois, le 25 mars 2013, Marga Stefǎnescu, toujours en bonne santé, a fêté ses 100 ans, entourée par ses amis et ses voisins.

Bon anniversaire, Marga !

Dodo Niţǎ

Marga Stefǎnescu, vaillante centenaire, chez elle
Photo : Dodo Niţǎ

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8 Messages :
  • En 1947, dans des conditions encore élucidées, il perd la vue et devient aveugle.

    Encore NON élucidées, non ?

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    • Répondu par Alex Stefanescu le 27 décembre 2013 à  18:48 :

      Bonjour : mon nom est Alex Stefanescu, je suis le neveu de Marga, mon père Miron étant son frère, j’ai 58 ans, je reste à Dorval, Québec, Canada. Je reviens de Galati, Roumanie, où j’ai passé Noël avec ma tante pour célébrer ses cent ans. Son anniversaire je l’ai célébré avec elle en Mars via vidéoconférence Skype à partir du Canada. Mon grand-père Eugeniu Stefanescu EST est devenu aveugle à la suite du glaucome diagnostiqué trop tard. Il y a effectivement du glaucome dans notre famille car mon père a lui aussi été affecté par le glaucome, mais a contrôlé sa maladie par des médicaments. Mon contact alex733953@gmal.com.

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      • Répondu par Alex Stefanescu le 27 décembre 2013 à  22:32 :

        Correction à mon courriel : alex733953@gmail.com

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        • Répondu par Alex Stefanescu le 1er février 2015 à  20:49 :

          Bonjour à tous :

          C’est avec grande tristesse que je dois annoncer le décès de Marga Stefanescu, aujourd’hui le 1 février 2015, qui s’est éteinte à l’âge vénérable de 101 ans, presque 102.

          Qu’elle repose en paix.
          Dumnezeu să o ierte.

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  • Bonjour Dodo,

    Je salue, une fois encore, ton talent de (re)découvreur,

    Amitiés,

    Patrick

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    • Répondu le 16 septembre 2014 à  21:56 :

      Allo Dodo : je suis Alex Stefaneacu, le neveu de Marga, fils de son frère Miron. Je pense aller en Roumanie/Galati pour Noël, célébrer ses 101 ans. Pourrais je vous rencontrer ? Mon courriel aestefanescu@yahoo.com

      Mes meilleures salutations,

      Alex Stefanescu

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  • Merci pour cette petite biographie, inattendue et intéressante. Ca change, c’est fort agréable.

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  • Bravo M. Nita.
    On parle d’habitude de l’influence de la BD française sur la Roumanie, culturellement et linguistiquement. Aujourd’hui, c’est vous qui nous renvoyez la balle, par votre passion, en nous faisant découvrir un pan de la BD roumaine.
    Le trait de Marga était dans l’air du temps.
    Bon anniversaire, Marga.

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