La volupté - par Blutch - Futuropolis

3 janvier 2007 0 commentaire
  • La volupté, titre évocateur laissant les images dériver toutes seules vers une douceur exquise provoquant remous et émois, la volupté très vite assimilable à un poème de Baudelaire, est aujourd’hui une œuvre de Blutch qu’on regarde plus qu’on ne lit.

Première lecture, visuelle uniquement, délicate, sans précipitation malgré l’impatience que le livre suscite, on déguste. Les sensations érotiques sont immédiatement développées grâce aux tonalités rouge, marron, noire, nostalgiques, réalisées au crayon de couleur comme d’un autre temps. Ces couleurs rappellent les années 50, les pupitres d’écoliers avec leurs encriers, les images après guerre volées par l’objectif d’un Doisneau par exemple. Tout comme ce regard du maître photographe plongé sur un baiser en noir et blanc, celui de Blutch rend les formes sensuelles et charmantes. Il les magnifie et les partage.

Pourtant, malgré un attrait assez irrésistible, cet album ne m’a pas fait chavirer. Ni le dessin si précis et si réussi, ni l’ambiance généreuse et provocante ne m’ont enivrée comme je le supposais. Pourquoi ? Cet érotisme latent serait-il davantage significatif pour les hommes plutôt que pour les femmes ? Peut-être … ou alors est-ce l’intervention de cet enfant qui a tant besoin que son père le regarde ! Les notions de volupté étant très personnelles, il est bien évident que les lecteurs seront soit conquis soit éberlués par cette image sexuelle que Blutch nous transmet et entre y voir un jeu d’une extrême séduction ou une image animale de la sexualité, mon cœur balance.

La volupté - par Blutch - Futuropolis

Au final, un livre comme celui-ci est une véritable ode à l’amour y compris pour cet enfant qui a tant besoin d’être vu, encouragé, aimé par son père et qui nous fait revenir à la réalité mais il exprime clairement également la difficulté de la perception artistique.

Vous souvenez-vous de la première question que vous vous êtes posée, lorsque enfant vous avez découvert un tableau difficile tel qu’un « Guernica » de Picasso ou les périodes « bleu » d’autres maîtres du milieu de la peinture ? Toute la magie de l’art est d’être compris de mille et une façons selon sa sensibilité, son sexe, sa culture, sa classe sociale, etc. et c’est encore le cas avec l’album de Blutch.

Un nouvel albatros [1] a pris son envol et s’inscrit dans le sillage des poètes maudits du 19ème siècle. Un grand Charles Baudelaire est mort, un grand Blutch est né, tout un poème !

(par Marie M)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Commander ce livre sur Internet

[1« Albatros » poème de Ch. Baudelaire extrait du recueil « Les Fleurs du mal » dont fait également partie « L’invitation au voyage » ayant la volupté pour thème.

  Un commentaire ?