Lapière & Renders : "Le film ’Comme Tout le Monde’ et la BD éponyme sont des œuvres différentes".

1er juillet 2006 0 commentaire
  • Le scénariste {{Denis Lapière}} et le réalisateur {{Pierre-Paul Renders}} (« {Thomas est Amoureux} ») ont écrit ensemble le film « {Comme Tout le Monde} » qui est sorti sur les écrans français le 21 juin dernier. Les deux auteurs préparent actuellement, avec {{Rudy Spiessert}} aux pinceaux, une adaptation de leur synopsis originel en bande dessinée. Nous avons rencontré Denis Lapière et Pierre-Paul Renders qui nous ont parlé de ces deux œuvres bien distinctes. Cette interview nous a permis d'aborder la nouvelle collection jeunesse, {Puceron et Punaise}, qui va être lancée en janvier 2007 aux éditions Dupuis. Denis Lapière en est le responsable éditorial.

Pierre-Paul Renders, pourquoi avoir voulu adapter le film « Comme Tout le Monde » en Bande Dessinée ?

PPR : Denis Lapière m’a aidé à accoucher et à structurer une idée qui me tenait à cœur. Nous avons écrit ensemble plusieurs versions du scénario. Nous les montrions à nos proches. Denis l’a ainsi envoyé à Sébastien Gnaedig, alors responsable éditorial aux éditions Dupuis. Non seulement il appréciait le synopsis, mais il nous poussait très sérieusement à en réaliser une version BD.
Cette proposition nous a enthousiasmé car on nous pouvions véhiculer le scénario de départ dans deux formes différentes. Il ne s’agirait donc pas d’une adaptation d’un film en bande dessinée, ou le contraire.

Les deux œuvres ont donc évolué de manière différente...

PPR : Oui. Le découpage du premier des trois albums a été réalisé avant celui du film. Ce dernier a fortement évolué en fonction de son écriture, mais aussi des ajustements qui ont eu lieu lors du tournage.
Il y aura donc une vraie différence entre ces deux œuvres. Nous avons d’ailleurs toujours évité que le dessinateur ne voie des images du film avant sa sortie. Cela n’aurait aucun sens de transposer littéralement les personnages ou les décors dans la bande dessinée.
La BD sera découpée en trois volumes. Nous aurons donc la liberté d’aller plus dans le détail et d’explorer de nouvelles pistes pour approfondir certains aspects de l’histoire.

Lapière & Renders : "Le film 'Comme Tout le Monde' et la BD éponyme sont des œuvres différentes".
"Comme Tout le Monde".
Gilbert Melki, Khalid Maadour & Chantal Lauby

Quels sont les parallèles et les différences entre ces deux genres ?

PPR : Certains aspects techniques sont fort proches, mais aussi très différents. Je pense au découpage des scènes, et surtout à la gestion des ellipses. Ces dernières sont présentes entre chacune des cases d’une bande dessinée. Dans un film, les scènes sont continues. Le scénariste est donc confronté à la gestion de l’ellipse que lorsque l’une des séquences se termine.
J’ai découpé le premier album de la bande dessinée juste avant le film. Ce travail a été une véritable découverte. Cela m’a donné des idées pour le film et surtout un autre regard sur le scénario...

Aimeriez-vous écrire d’autres bandes dessinées ?

Pierre-Paul RendersPPR : Je ne me suis pas encore posé cette question. Je ne l’envisage pas actuellement. Je ne suis pas encore réellement un réalisateur. Alors pourquoi me consacrer à un autre domaine ?
Un ami cinéaste m’a dit un jour : « Ce n’est pas parce que l’on fait un pain que l’on est boulanger ». Pour devenir un vrai réalisateur, je dois tourner des films régulièrement.
Malheureusement la Belgique est un pays compliqué. Les phases relatives aux montages financiers demandent énormément de temps. Même Jaco Van Dormael, qui est un grand réalisateur, n’a qu’une poignée de films à son actif. Woddy Allen, Steven Soderbergh ou François Ozon enchaînent des films tous les ans ! Ce sont de vrais réalisateurs. Même s’ils ont parfois des erreurs d’appréciation et font de temps en temps de moins bons films... Etre réalisateur, c’est avant tout tourner !

Denis Lapière, Comment décririez-vous Pierre-Paul Renders ?

DL : Pierre-Paul est avant tout un ami, et il est toujours difficile de décrire les gens que l’on connaît bien. C’est un homme franc, honnête, attentionné, altruiste. Il est d’une grande générosité. J’ai beaucoup de plaisir à travailler avec lui. Il a tenu à m’associer aux moments charnières de la vie du film Comme Tout le Monde, c’est à dire le tournage et le montage !

Vous avez participé à l’intégralité du montage du film ?

DL :Nous désirions tous les deux que je m’implique dans cette étape. Mais entre-temps les éditions Dupuis m’ont demandé d’assumer la direction éditoriale d’une nouvelle collection... Je n’ai donc pas eu le temps de consacrer autant d’énergie que j’aurais souhaité dans ce domaine !

Après l’Avion, "Comme Tout le Monde" témoigne que vous êtes de plus en plus ancré dans le milieu du cinéma ...

DL :J’ai participé à ce film dès les premières étapes : de l’idée du film à la postproduction, en passant par le casting, le tournage et le montage. Cette expérience m’a été bénéfique. Je sens beaucoup plus facilement les chemins à suivre pour écrire un scénario efficace. Il est certain que ces premières expériences ont été un apprentissage. Je perçois que je peux écrire pour ce média, sans que quelqu’un réécrive continuellement mon travail. Si j’aurais eu de la douleur à écrire pour ce domaine après ces premières expériences, j’aurais arrêté ...

Pourquoi vous consacrer au cinéma ? N’auriez vous pas eu envie d’écrire un roman ?

DL :J’en aurais été incapable. Je suis avant tout un homme d’images. La bande dessinée est un livre racontant une histoire en images. Aujourd’hui, On a trop tendance à rapprocher la BD à la littérature. Beaucoup d’auteurs militent malheureusement pour un rapprochement entre ces deux genres.
Le cinéma est un monde où l’image est prédominante, même si elle est continuellement en mouvement. C’est sans doute pour cette raison que j’aime écrire des scénarios de films...

Vos expériences de one-shots ne vous permettent-ils pas de sortir de la prison dorée que constituent les séries ?

DL :Je ne suis pas prisonnier de mes séries. Lorsque vous animez un personnage, vous avez indubitablement envie de le partager avec des gens, et surtout de lui faire vivre des péripéties pour approfondir sa personnalité. Cependant, il est certain que la régularité de publication est la principale contrainte des séries.
C’est vrai : j’aime réaliser des histoires uniques. Mes rencontres avec des dessinateurs différents, et imaginer leurs traits virevolter sur l’une de mes histoires, me permettent d’avoir de nouvelles idées et de nourrir mon imaginaire.

Avez-vous l’impression que votre style d’écrire évolue en fonction du dessinateur avec lequel vous travaillez ?

DL :Oui. Je n’aurais jamais écrit La Dernière des Salles Obscures pour Ruben Pellejero par exemple. Mes histoires doivent correspondre au dessinateur avec lequel je suis associé. Je travaille actuellement sur un récit unique qui se déroulera dans le Hainaut Belge. Or, mon synopsis initial prévoyait que cette intrigue aurait pour cadre la Bretagne. Mon histoire et mon écriture ont évolué car le dessinateur est originaire de cette région, et il souhaitait l’illustrer...

Pourriez-vous nous parler de votre projet éditorial pour les éditions Dupuis...

DL :Oui. Il part d’une vraie réflexion autour du rôle et du concept de la bande dessinée pour enfant. Le public cible de la majorité des albums publiés sont les adolescents ou les adultes. Les enfants en bas âge sont quelque peu oubliés. Comme je vous le disais, le langage de la bande dessinée véhiculé par beaucoup d’auteurs se rapproche de la « littérature ». Le texte y a beaucoup trop d’importance. Mais la véritable bande dessinée ne devrait elle pas privilégier l’image ?
La collection Puceron et Punaise est destinée aux enfants et particulièrement ceux âgés entre trois et six ans ! Ils pourront les lire tout seul. Les parents ne devront pas être derrière eux pour leur lire les cases. Nous voulons leur offrir un réel apprentissage à la lecture. Cela implique un véritable accompagnement éditorial car les auteurs réalisent un énorme travail sur l’écriture et le langage.
Les enfants en bas âge, qui ne lisent pas encore, pourront comprendre les récits qui seront publiés dans cette collection. De plus, nous aborderons les sujets qui les intéressent, heureux ou malheureux...

Vos séries jeunesses, Ludo et Oscar, étaient un peu perdues dans le catalogue de Dupuis...

DL :Pas spécialement. Je pense qu’elles l’étaient beaucoup plus chez les libraires. Faites le test : allez dans une librairie et demandez une bande dessinée pour un enfant de six ans ! On vous présentera différentes choses, sauf un livre pour un enfant qui ne sait pas -ou à peine- lire !

Quelle sera la différence entre un album Puceron et un livre Punaise ...

DL :La collection Puceron sera destinée aux enfants de trois ans. Punaise s’adressera aux plus de six ans ! Nous partons du principe que les enfants commencent à lire à partir de cet âge là, les albums Punaise contiendront donc un peu de texte. Nous privilégierons avant tout la lisibilité. Un enfant qui ne sait pas encore déchiffrer les mots doit être capable de comprendre les histoires de cette dernière collection.

Denis Lapière

Quels seront les auteurs qui rejoindront la collection ?

DL :Oscar et Ludo seront publiés dans Puceron et Punaise. Thierry Robin va repenser totalement Petit Père Noël. Il y aura des surprises : des jeunes auteurs nouveaux venus dans la BD ; plus de femmes qu’à l’accoutumée. Les six premiers livres paraîtront en janvier prochain. Les enfants pourront se délecter de 17 albums Puceron et Punaise en 2007 !

L’Avion, l’adaptation de Charly est sortie en salle l’été dernier. Quel est votre regard aujourd’hui sur le film ?

DL :C’est malheureusement un échec commercial. Pourtant ce n’est pas un film raté. Un effort marketing aurait du être fait pour mieux communiquer avec la cible du film, les enfants ! Depuis que je travaille sur Puceron et Punaise, j’ai pris conscience qu’il faut parler normalement, avec finesse, aux enfants. Ils n’acceptent pas la facilité ou le mensonge. Lors de la promotion, il aurait tout simplement fallu leur dire que L’Avion était un film pour eux !

Où en est l’adaptation cinématographique du Tour de Valse ?

DL :Je n’ai pas trop envie d’en parler. C’est un travail de longue haleine et nous ne sommes qu’au début d’une longue aventure. Je termine actuellement l’écriture de la troisième version du scénario. Elle devrait être celle que recevra le metteur en scène, qui n’est pas encore choisi ou trouvé ...

(par Nicolas Anspach)

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Les photos du film "Comme Tout le Monde" sont (c) Rezo Films,Samsa Films, Entre Chien et Loup.

Les photos des auteurs sont (c) Nicolas Anspach.

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