Laurent Galandon ("Le Cahier à fleurs") : Si l’Histoire est présente, je ne cherche pas à faire un « cours »

7 avril 2010 0 commentaire
  • Alors que sort en librairie son nouvel album "Le Cahier à fleurs" (Bamboo) ayant pour cadre le génocide des Arméniens, rencontre avec Laurent Galandon, son scénariste.

Laurent Galandon ("Le Cahier à fleurs") : Si l'Histoire est présente, je ne cherche pas à faire un « cours »On vous avait laissé en Égypte avec une histoire liée au terrorisme féminin, on vous retrouve en Arménie lors du génocide de 1915 avec ce nouvel album à paraître en avril. Vous privilégiez les sujets à risque ?

L. Galandon : Je ne me pose pas de telles questions. Je m’aventure sur les « sujets » qui, d’une part, attirent mon attention et mon intérêt et qui, d’autre part, ont été peu ou pas traités en BD. S’ils génèrent des réactions et des discussions, eh bien, tant mieux ! Qui y a-t-il de pire que l’indifférence ? Surtout sur une « thématique » comme celle du Cahier à fleurs, à savoir le génocide des Arméniens.

Bien que les autorités peinent encore à admettre le génocide, croyez-vous à l’évolution des opinions publiques turques sur cette question ?

L.. G. : Il m’est difficile de répondre à cette question. Je le souhaite sincèrement. Je pense qu’une nation sort grandie de reconnaître ses fautes passées. Il existe des signes encourageants comme la signature d’une pétition par des intellectuels turcs pour demander pardon aux Arméniens et pour le silence qui a suivi les massacres de centaines de milliers de personnes en 1915 ; même si le terme de génocide n’est pas en l’occurrence employé (il faut noter que se prononcer pour la reconnaissance du génocide est passible d’emprisonnement encore aujourd’hui en Turquie). Mais également des événements inquiétants comme les très récents propos du Premier Ministre turc (Le 16 mars, il a menacé d’expulser les Arméniens en situation illégale dans son pays.)

Un génocide longtemps nié et oublié.

On perçoit assez vite le trouble du jeune musicien turc devant le récit du vieil homme. Pensez-vous que les jeunes générations soient plus disposées à reconsidérer cet épisode de leur histoire ?

L.. G. : Honnêtement, je ne sais pas. Peut-être dans quelques semaines, après d’éventuelles séances de dédicaces, pourrais-je ébaucher une réponse. Par ailleurs les positions des Turcs de France sont un peu différentes de leurs frères de Turquie.

L’épopée de cette famille arménienne semble biographique. Vous êtes-vous documenté ?

L.. G. : En effet, mon récit est basé sur de nombreux témoignages, notamment ce qui concerne la déportation (sa mise en place organisée ; les attaques des convois de déportés, les sévices, violences et autres humiliations perpétrées à l’égard des Arméniens).

Les dessins sont signés de Viviane Nicaise. Son style fluide procure une élégance au récit. Comment s’est effectué votre rencontre ?

L.. G. : De façon assez classique. Viviane était en quête d’une nouvelle histoire à dessiner. Elle avait alors passé une annonce sur le site de L’Association des auteurs de BD. Elle a reçu de nombreux scénarios, dont Le Cahier à fleurs qui a retenu son attention. Après quelques jours d’hésitation (se lancer sur une telle histoire demande réflexion), elle a accepté. Nous ne nous sommes pas encore rencontrés de visu. En effet, Viviane vit en Grèce. L’élaboration de cet album s’est fait grâce aux nouvelles technologies (messagerie instantanée ; mails) et de notre bon vieux téléphone. Le second volet du diptyque est bien avancé et j’espère qu’à l’occasion d’un festival, nous aurons bientôt l’occasion de nous voir réunis.

Le découpage est très cinématographique, une volonté pour vous de revenir aux sources ?

L. G. :Pas volontairement. L’histoire se prêtait à de grands panoramiques pour évoquer la terrible dimension du génocide.

Dessin de Viviane Nicaise.

Le sujet est revenu au premier plan récemment avec les déclarations américaines notamment [1]. L’actualité influence-t-elle votre travail ?

L.. G. :Non, je ne crois pas. D’abord parce que cette histoire était écrite depuis un moment avant qu’un premier dessin ne vienne l’accompagner. Ensuite parce que mon histoire n’a pas d’ambition didactique. C’est avant tout l’histoire des personnages : une famille arménienne confrontée à l’incompréhension et l’horreur du génocide de son peuple. Si l’Histoire est présente, je ne cherche pas à faire un « cours » sur cette période. Ma focale est resserrée au plus près de mes personnages. D’où la mise en place parallèlement d’un dossier pédagogique réalisé en partenariat avec CCAF (Conseil de coordination des organisations arméniennes de France). [2]

Pensez-vous que la BD possède des qualités particulières pour aborder certains sujets difficiles ?

L.. G. : La BD peut aborder tous les sujets, elle l’a maintenant largement prouvé, je pense. Sur un tel sujet, elle « facilite » l’indispensable distanciation que l’on se doit d’avoir avec lui.

Propos recueillis par Patrice Gentilhomme

(par Patrice Gentilhomme)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Illustrations © V. Nicaise, L. Galandon et Bamboo Edition

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[1Le 4 mars dernier, la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants des États-Unis a adopté par 23 voix contre 22 la résolution H.Res.252 portant reconnaissance du génocide arménien.

[2Ce livret est disponible sur simple demande aux adresses suivantes : marketing@bamboo.fr ou contact@ccaf.info.

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