Lawrence d’Arabie - par Tarek et Horellou- Ed. Emmanuel Proust

23 novembre 2007 2 commentaires
  • S’attaquer à une figure aussi mythique que celle de Lawrence d’Arabie n’est pas sans risque. Les auteurs de la "{Révolte Arabe}" ont pourtant décidé de relever ce défi avec le premier tome d’un triptyque consacré au héros immortalisé par le célèbre film de {{David Lean}} en 1962.

La collection Trilogie des éditions Emmanuel Proust propose de revisiter de grandes figures historiques en mêlant bien souvent réalité et fiction, histoire et mythe. Après un très remarqué Raspoutine, le scénariste Tarek nous emmène cette fois sur les traces du fameux officier défenseur de la cause arabe.

En juin 1916, un jeune Anglais s’apprête à bousculer les équilibres précaires du Moyen Orient en provoquant une insurrection contre les Ottomans alliés aux Allemands. Mais rien n’est simple dans cet « Orient compliqué » où les services français qui ont des vues sur la Syrie cherchent à éliminer Lawrence ; sans oublier les Turcs menacés dans leur hégémonie qui ont mis sa tête à prix. Français, Allemands et Anglais avancent leurs pions en s’appuyant sur les populations locales et on comprend assez vite que l’officier Thomas Edward Lawrence fait figure d’idéaliste au grand cœur et de trublion gênant pour beaucoup de monde.

Soucieux de démonter les rouages de l’engrenage monstrueux que les grandes puissances de l’époque mettent en place, ce premier album installe le décor de manière détaillée mais progressive. L’ensemble est érudit (de nombreuses références figurent en annexe), plutôt bien construit et manifestement fort documenté, peut-être trop ! Par excès de didactisme, le récit s’enlise parfois dans un bavardage envahissant qui en freine la fluidité. Le souffle de l’épopée naissante apparaît bien poussif, la sècheresse du scénario enlise des personnages dont on attendrait plus d’épaisseur et d’humanité. Après Sir Arthur Benton, sa précédente série historique, Tarek le scénariste a du mal à retrouver le souffle et l’aura de la figure immortalisée par Peter O’Toole au cinéma. Il est vrai que dans ce premier tome, le mythe de Lawrence d’Arabie n’en est qu’à ses débuts !

Habilement servi par le dessin original et personnel d’Alexis Horellou, cette BD privilégie les gris-colorés et les tons sépias. À l’évidence, ce procédé renforce l’aspect « documentaire » du récit et plonge le lecteur dans des ambiances très « orientales » avec une belle efficacité.

Un climat qu’on espère se développer de manière encore plus intense dans les deux prochains tomes à paraître courant 2008.

(par Patrice Gentilhomme)

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2 Messages :
  • Bonjour,
    Il m’arrive très rarement (voire jamais) d’intervenir ou de donner un avis sur une critique d’un de mes albums. Après réflexion et peut être aussi pour lancer une discussion, j’interviens pour apporter une ou deux précisions. T. E. Lawrence dans le film (excellent !!) de Lean est bien loin du Lawrence qui a combattu dans le désert arabe. Les bédouins respectaient cet homme pour son courage et son adversité, il n’était pas le combattant héroïque et romantique comme le cinéma aime souvent montrer certains "guerrier". En revanche Lawrence est un grand visionnaire et l’un des premiers théoriciens de la guerilla. Voilà...
    La série que je suis en train d’écrire est plus proche du vrai Lawrence et non de Peter O’Toole.
    J’ajouterai pour finir que le grand guerrier dans ce combat contre les Ottomans était Aouda Abou Tayy (A. Quinn dans le film). Bonne lecture !

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    • Répondu le 16 décembre 2007 à  11:39 :

      Je ne l’ai pas encore lu mais j’espère bien qu’il est nettement plus proche des écrits de Lawrence que du film grandiloquent de Lean. La psychologie très complexe du personnage qu’on devine dans les Les 7 Piliers (et qui se confirme dans La Matrice) mérite un autre éclairage que celui véhiculé par le cinéma.

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