Le 17e Festival de bande dessinée d’Erlangen : vraiment international !

28 mai 2016 0 commentaire
  • Le Japon, la Turquie, la Côte d'Ivoire, l'Inde, la Hollande et même la France sont à l'affiche du 17e Festival de la BD d'Erlangen, la biennale allemande qui constitue le plus important rendez-vous de la BD outre-Rhin. Premières impressions.

Le Festival d’Erlangen a ouvert ses portes jeudi midi et, immédiatement, ce qui frappe dans cet "Angoulême d’outre-Rhin", c’est la diversité affirmée de son offre internationale. Il faut dire que si la France peut afficher une offre de bande dessinée particulièrement cosmopolite (58% des BD publiées en France sont d’origine étrangère), cette réalité est encore plus prégnante en Allemande : quasiment 90% de la production de BD allemande vient de créateurs extérieurs au pays. Les mangas occupent la première place, bien évidemment, les comics la seconde et la BD franco-belge une bonne troisième place. Il faut dire aussi que les principaux éditeurs de BD allemands, Egmont/Ehapa et Carlsen, émanent de sociétés d’origine scandinave ! Rien de surprenant, dans ce contexte , que la programmation des expositions concerne des pays un peu plus, disons, "exotiques", l’autre curiosité étant que le conseiller artistique du salon, Paul Derouet, est un Français installé depuis des décennies en Allemagne, tandis que le scénographe de la manifestation, Didier Moulin, est lui aussi français, appelé là à une époque où exerçait le même office au... Festival d’Angoulême ! Mais ça, c’était avant...

Le 17e Festival de bande dessinée d'Erlangen : vraiment international !
Jardin Zen dans l’exposition Taniguchi. Le scénographe Didier Moulin a cherché à organiser toutes ses expos "comme un espace urbain où l’on se promène".

La Flandre et la Hollande ont fait un partenariat pour promouvoir une bande dessinée néerlandophone. Sont présents : Joost Swarte et Brecht Evens en tête d’affiche, mais aussi une pléiade d’auteurs dont les Belges Ben Gijsemans, Olivier Schrauwen et Simon Spruyt, les Hollandais Randall Casaer ou Wasco lesquels font tourner à plein leur machine de risographie pour produire un quotidien "Parade" édité quotidiennement et distribué gratuitement dans le festival, tandis que Nix -qui voyage dans toute la ville en planche à roulettes- a installé sa "Kinky et Cosy expérience" en plein centre de la petite ville d’Erlangen.

Le dessinateur hollandais Wasco montre un de ses splendides dessins produits dans l’Atelier Parade.

Il y a l’Inde aussi qui a envoyé un solide contingent, avec Rising India où l’on trouve accrochés aux cimaises des artistes aussi différents que S. Anand, Appupen, Sarnath Banerjee, Vishwajyoti Ghosh, Kaveri Gopalakrishnan, Samidha Gunjal, Garima Gupta, Harini Kanan, Priya Kuriyan, Prabha Mallya, Diti Mistry, Vidyun Sabhaney, Orijit Sen, Reshu Singh, Archana Sreenivasan, Mohit Suneja, Kruttika Susarla, Anpu Varkey, à savoir le gratin de la jeune bande dessinée indienne dont Appupen et Sarnath Banerjee sont les plus connus dans nos contrées.

Rarement on a vu un tel rassemblement d’originaux venus d’Inde. Quelques belles découvertes sont au rendez-vous.
L’Inde, sous tous ses aspects.

Si l’on passe rapidement sur la remarquable exposition Taniguchi, déjà bien connue chez nous puisqu’elle était à Angoulême et à Versailles, et qui est la tête d’affiche de ce festival, on tombe sur l’exposition "Istanbulles à Erlangen" qui expose les originaux (et parfois les imprimés quand les gens ne travaillent que sur tablette graphique) de Tuncay Akgün, Bülent Arabacıoǧlu, Kemal Aratan, Yılmaz Aslantürk, Ege Avcı, Bahadır Boysal, Mehmet Ҫaǧҫaǧ, Ramize Erer, İlban Ertem, Gürcan Gürsel, Ersin Karabulut, Devrim Kunter, Bora Orcal, Selҫuk Orhen, Emre Orhun, Galip Tekin, Memo Tembelҫizer, Bülent Üstün et Ahmet Yılmaz, soit les meilleures signatures de la BD turque contemporaine. Pour le festival, le magazine Uykusuz a fait l’objet d’une traduction intégrale en Allemand distribué gratuitement, tandis qu’un "coin lecture" donne à feuilleter des albums publiés dans la langue d’Orhan Pamuk. Une demi-douzaine d’auteurs sont présents et les médias sont particulièrement intéressés par leur opinion alors que l’Allemagne est en pleine crise de relation avec le gouvernement de M. Erdogan en raison de l’inculpation d’un caricaturiste de la télévision. Un masque d’Erdogan a brièvement recouvert la tête d’une statue d’un roi de Bavière avant que la police ne l’enlève rapidement.

Le grand dessinateur turc Ersin Karabulut montre l’édition allemande du magazine qu’il a cofondé avec queqlues-uns de ses amis : "Uykusuz" qui signifie "insomniaque" en turc.
Le dessinateur turc Devrim Kunter a dévoilé à Istanbul en avant-première sa nouvelle revue "Yabani".
Talents de Turquie : Devrim Kunter, Memo Tembelçizer, Ramize Erer, Tuncay Akgün et Ersin Karabulut.

On ne peut pas non plus passer à côté de l’exposition autour de la scénariste Marguerite Abouet qui, avec Clément Oubrerie (Aya de Yopougon), Mathieu Sapin (Akissi) et Singeon (Bienvenue), donne des couleurs à la manifestation. Aya vient de sortir avec fracas en Allemagne et le traducteur s’est particulièrement arraché les cheveux pour traduire dans la langue de Goethe les poétiques inflexions du parler ivoirien. Une curiosité.

Marguerite Abouet en majesté à Erlangen.

Ce qui frappe, c’est la bonne humeur bon enfant qui anime les festivaliers qui arborent l’étoile des 70 ans de Lucky Luke, qui vont voir Rupert & Mulot dans le Musée des Beaux-arts de la ville (on vous en reparlera) ou qui courent les stands pour remplir des cahiers produits par Panini avec des stickers disséminés dans tout le festival, résumant toutes les activités, et qu’ils récoltent avec application. Mais nous sommes encore là demain, on en garde pour vous raconter la suite.

Iznogoud cherche aussi à être calife à la place du calife en Allemagne.
Que font ces grands enfants ? Ils collectent leurs vignettes Panini éditées spécialement à l’occasion du Festival.
Andreas, Breton d’origine allemande ayant fait ses études de BD en Belgique, était comme chez lui à Erlangen.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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17e Internationaler Comic-Salon Erlangen 2016, du 26 au 29 mai prochains.

Plus d’infos sur le site du festival

Photos : D. Pasamonik (L’Agence BD)

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