Romans Graphiques

« Le Bel Alex » - Le diktat du physique parfait toucherait-il les hommes autant que les femmes ?

Par Charles-Louis Detournay le 31 août 2022                      Lien  
Comme le Beaujolais nouveau et sa célébration annuelle, la Fête de la BD de Bruxelles profite chaque année de la publication d’un précédent lauréat du Prix Raymond Leblanc, le prix le plus doté (et donc le plus couru) pour les jeunes talents. Cette fois, Julia Reynaud nous entraîne dans les dérives de l’embellissement de soi pour tenter de correspondre aux pseudos carcans sociétaux (et sociaux). À découvrir en album et lors de la rencontre « Le genre, un nouveau combat du féminisme ? » qui se tiendra lors de la Fête de la BD de Bruxelles avec d’autres auteurs.

Dans ce roman graphique en grand format, nous faisons la connaissance de Noah, un étudiant qui se pose quelques questions sur l’image que lui renvoie le miroir, mais qui préfère heureusement passer du temps avec ses amis et se consacrer à la musique. Jusqu’à ce qu’il rencontre la belle Alex. À la différence de Noah, la jeune femme est plutôt sûre d’elle et ne cherche d’ailleurs pas vraiment à s’investir dans une relation sérieuse. Elle est surtout fascinée par un sex-symbol américain, au physique de bellâtre. Même si elle se défend de se limiter ou s’intéresser à l’apparence ou au physique. Finalement, leur relation s’étiole, au grand dam de Noah.

Pour Alex qu’il aime passionnément et qu’il espère reconquérir, notre jeune étudiant musicien commence à prendre soin de son corps, afin de rentrer dans les standards de la beauté masculine véhiculée par les réseaux sociaux : régime, crèmes diverses, vêtements cintrés et nouvelle coupe de cheveux. Tout y passe... avec succès car ses photos accumulent les likes et la popularité de son compte Instagram s’envole… jusqu’à ce qu’Alex s’intéresse à nouveau à lui !

« Le Bel Alex » - Le diktat du physique parfait toucherait-il les hommes autant que les femmes ?

Lauréate donc du Prix Raymond Leblanc en 2020, Julia Reynaud nous propose un beau roman graphique de grand format publié chez Casterman qui avait rejoint Le Lombard et Futuropolis au rang des éditeurs soutenant ce prix récompensant les jeunes talents. D’entrée de jeu, son style graphique séduit. Très moderne et tout en finesse, il s’adapte parfaitement à ce récit intimiste et à la portée presque universelle, tant le besoin de paraître et les réseaux sociaux ont envahi le globe, modifiant en profondeur nos comportements et nos relations.

Pour mettre cela en scène, l’autrice se concentre à raison sur ces personnages, avant de les faire évoluer dans la société qui les entoure, puis sur leurs attitudes, leurs comportements et leurs interrogations qui ne manquent pas de faire réagir le lecteur. Des choix qui s’imposent également par des processus de mise en pages intéressants, tels que certaines grandes phases de respiration, le jeu de la multiplication de cases ou l’insertion des discussions par Smartphone, symbolique de la communication d’aujourd’hui.

Vu que c’est là son premier album, l’autrice ne se défait pas de quelques maladresses bien excusables : un tempo qui n’est pas toujours suffisamment soutenu et des dialogues qui auraient pu être mieux répartis dans le récit plutôt que de montrer brusquement en régime. Heureusement, des éléments plus surprenants viennent relever l’intérêt en fin d’album et un titre qui vient vous titiller à la lecture…

En effet, le premier titre de travail (Nico) a cédé la place à celui du Bel Alex. Or ; Alex est un personnage féminin dans le récit ! Ceci engendre une intéressante réflexion sur le genre… Tous les personnages du récit portent des prénoms épicènes, qui peuvent être là fois féminins et masculins : Claude, Camille, Noah, Alex, etc. Du coup, l’autrice a-t-elle transposé le récit d’une femme succombant au diktat de l’image, en mettant un homme à la place ? Ou au contraire, souhaitait-elle expliquer que ces maux stéréotypés comme le mal-être, la boulimie, l’anorexie et les autres ne sont plus majoritairement le lot des femmes. La relecture du livre à la lumière de ces questions lui confère alors une autre dimension, tout aussi intéressante.

L’autrice en livrera certainement davantage lors de la rencontre du samedi 10 septembre à 17h dans le cadre de la Fête de la BD de Bruxelles. Au Forum de la gare maritime, elle interviendra sur la thématique « Le genre, un nouveau combat du féminisme ? » avec d’autres intervenants, dont Anne-Charlotte Husson, traductrice et autrice de Genre Queer et Le Genre : cet obscur objet du désordre, Lauraine Meyer qui a réalisé Feminists in progress, ainsi que Jean-Louis Tripp et son diptyque Extases.

(par Charles-Louis Detournay)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Code EAN : 9782203225985

Le Bel Alex - Par Julia Reynaud - Casterman
160 pages - paraît le 31 Août 2022.

✏️ Julia Reynaud à partir de 13 ans Bande dessinée du réel chronique sociale Féminisme 🏆 Prix Raymond Leblanc 🛒 Acheter 📖 Feuilleter  
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9 Messages :
  • @Milles Sabords, un commentaire svp, je m’ennuie...

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    • Répondu par Toledano le 31 août à  11:45 :

      Il n’a pas le temps, il dessine des combat de chevaliers en armure à cheval, parce que à pied c’est pas réaliste, les armures sont très lourdes, (mais moins que ses commentaires) difficilement maniables (comme l’orthographe pour Mr Milles), et plutôt prévues pour l’enfoncement des lignes ennemies en pleine charge (d’ailleurs, les chevaliers étaient souvent hissés sur leur monture par un système de harnais et de poulies). Et comme le dessin réaliste requiert un minimum de recherches si l’on veut coller à son sujet, il est très occupé. Pourtant, c’est encore plus mal payé pour un dessinateur réaliste super doué comme lui, au prix de page et au nombre de planches produites par mois, ce n’est même pas la peine de se mettre à sa table à dessin (c’est plus simple de faire des commentaires sur ActuaBD, c’est sûr).

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      • Répondu par Milles Sabords le 31 août à  19:07 :

        Suprême plaisir... un fan qui reprends mes propos !!!

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    • Répondu le 31 août à  13:34 :

      Mille Sabords est un peu grillé, on sait qui c’est maintenant.

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      • Répondu par Milles Sabords le 2 septembre à  05:13 :

        Mais oui, mais oui, vous vous êtes emparé des 7 boules de cristal et vous y avez vu mon identité…

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        • Répondu le 2 septembre à  07:38 :

          Ben non c’était plus facile que ça.

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          • Répondu par Milles Sabords le 3 septembre à  05:10 :

            Vous avez raison d’y aller par petites touches pour gagner du temps sur vos pseudo découvertes, plutôt que de parler de l’album de cet article. Album que je trouve d’ailleurs très réussi de par son inventivité narrative.

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            • Répondu le 3 septembre à  12:38 :

              Il y a des modérateurs ici qui préservent l anonymat des commentateurs qui finissent par trop en dire, et c’est bien comme ça.

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    • Répondu par Milles Sabords le 31 août à  13:46 :

      Ne soyez pas timide, je vous laisse la place…

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