Le Canard au 100

14 septembre 2016 0 commentaire
  • "Le Canard enchaîné", l’hebdomadaire satirique du mercredi, a cent ans cette année. Didier Convard et Pascal Magnat lui consacrent un biopic enjoué et futé… comme le volatile qui fit trembler bien des personnalités de la politique, des arts et des affaires par la pertinence de ses attaques et par ses plumes acérées. L’album est dédié notamment à Cabu, collaborateur du Canard assassiné dans la rédaction de "Charlie Hebdo", au nom d’une chimère, par des imbéciles fanatisés sans humour.
Le Canard au 100
Didier Convard
Photo : Pierre Hybre-Myop. Les Arènes

Nous faisons partie de ceux qui lisent le Canard toutes les semaines en commençant par l’éditorial d’Erik Emptaz, en continuant par cette page 2 qui fait écho aux petits secrets de la République et surtout, avant toute chose, par les dessins d’humour de Pétillon, d’Escaro, de Lefred-Thouron, de Wozniak, de Pancho, de Kerleroux, de Delambre, et des nouveaux venus, souvent de la BD, comme Diego Aranega, Lindingre ou Bouzard… Ces génies-là enchantent chaque semaine notre journée et donnent davantage à comprendre que les longues analyses des politologues.

Pascal Magnat
Photo Les A

Cette tradition de la plume satirique, cette faculté de rire des choses les plus graves sans perdre les lecteurs dans des ratiocinations qui retournent la tête est pour nous, nous ne le nierons pas, un modèle. Les Français peuvent être fiers de leur Canard à l’heure où, ici et là dans le monde, les tyrans tentent d’étouffer la presse, et où quelques grandes démocraties pensent encore que l’inconséquence lâche et individualiste et la surenchère populiste sont l’Alpha et l’Omega de l’avenir...

La bande dessinée de Convard et Magnat rappelle que la liberté est un combat. Contre les ennemis de la liberté de conscience et d’expression, contre le temps et l’argent surtout. Le fondateur du journal, Maurice Maréchal, et sa veuve Jeanne, qui tint le journal jusqu’à 82 ans, ont vu le « volatile » (c’est ainsi que le surnommait le général De Gaulle) plus d’une fois déplumé, par les procès en diffamation mais aussi par les départs dus aux brouilles avec quelques-uns de ses principaux collaborateurs notamment dans le contexte de la Libération ou de la Guerre d’Algérie.

N’empêche, entre l’Affaire Ben Barka, les diamants de Bokassa, les « avions renifleurs », les suicides suspects de la République (Stavisky, Boulin, Beregovoy…), les affaires Elf, Clearstream, Cahuzac… le Canard a servi de révélateur aux turpitudes de la politique sans jamais la mépriser. Leur journal n’est pas un canard-laquais !

Le rideau se lève, l’aventure du Canard peut commencer...

Convard et Magnat ont réussi à raconter cette histoire sans ennuyer, par un artifice de théâtre, en nous faisant découvrir les personnalités qui étaient en coulisse, le tout sur un ton enjoué et jamais pédant.

On apprend beaucoup avec le sourire dans cet album. Une plume (de canard) de plus à mettre au chapeau de Laurent Muller, l’éditeur des Arènes BD.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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