Le Château des Étoiles : Les Chevaliers de Mars

23 juillet 2020 0 commentaire
  • Bien avant les Émirats Arabes Unis, la France et l'Allemagne s'étaient lancées à la conquête de Mars. Vous l'ignoriez ? Alex Alice va tout vous dévoiler !

Le Château des Étoiles : Les Chevaliers de MarsSouvenez-vous : la découverte de l’éther par un couple de scientifiques français, les Dulac, avait engendré un périlleux voyage d’exploration vers la Lune. À leur retour, ces aventuriers foncièrement pacifiques avaient décidé de partager ces découvertes scientifiques et spatiales à tous les pays de la Terre, évitant toute guerre pour s’accaparer cette invention, mais lançant dans le même temps une véritable course aux étoiles.

1870. En dépit de leur révélation des secrets du voyage spatial, nos amis et leur magnifique vaisseau restent l’objet de toutes les convoitises. Décidé à créer une « Société internationale de l’Ether », le scientifique Dulac et père de Séraphin, à l’origine de cette découverte, est enlevé. Lorsque les espions fondent sur nos jeunes aventuriers, ceux-ci parviennent à prendre la fuite, non sans apprendre que le Professeur Dulac aurait été emmené de force sur Mars par les troupes prussiennes. La France tardant à s’équiper, Séraphin et ses amis se lancent seuls dans un long voyage, sans imaginer les aventures et les surprises que leur réserve la planète rouge, bien moins stérile qu’ils ne l’imaginent.

Nous vous avions raconté dans les détails la remarquable réussite que constituait le premier cycle du Château des Étoiles, tant dans la structure du récit, que dans la mise en scène ou la construction des personnages , le second tome transcendait déjà le premier pour nous livrer l’une des plus belles aventures de ces dernières années. Un essai remarquablement transformé par un Alix Alice au faîte de ses capacités, et qui a permis à Rue de Sèvres d’afficher une de ses premières grandes réussites éditoriales.

Il aurait été impensable de s’arrêter en si bon chemin : après la Lune, l’auteur a donc décidé de nous faire voyager jusque Mars. Les amateurs du premier cycle seront certainement ravis de retrouver le même argument dans le deuxième diptyque : une première partie qui fait la part belle aux personnages sur Terre, avec l’introduction de nouveaux arrivants et un fabuleux voyage vers la planète rouge ; tandis que la seconde partie se déroule presque exclusivement sur Mars, avec des merveilles à découvrir, tant au niveau de la flore, que de la faune ou des autochtones « martiaux » [1].

Il ne faut pas craindre une redite à peine modifiée du premier cycle, car ce deuxième opus dépasse une nouvelle fois, avec talent et réussite, ce qui était proposé auparavant. Ainsi, notre équipe de jeunes héros n’est pas la première à arriver sur la planète ! L’action se partage entre la description des avancées coloniales prussiennes et la mission de sauvetage de nos jeunes amis… qui va vite s’avérer double, car en plus de la volonté de retrouver son père, le jeune Séraphin va tenter de sauver la princesse « marsiale » [2] pour éviter une guerre civile au sein des autochtones.

Outre la magie des découvertes et un suspense qui va crescendo, ce deuxième cycle se distingue aussi et surtout par la maturité grandissante des enfants. La manichéisme est progressivement rejeté, les dilemmes entrent en jeu, ce qui induit des choix plus difficiles, aucun n’étant sans danger, ni sans peine. Au diapason avec les personnages, qu’il soit masculin avec Séraphin, ou féminin avec la jeune Sophie, les lecteurs ressentent les difficultés imposées par ces choix cornéliens.

La césure, après ce deuxième cycle, est d’ailleurs moins nette que dans le premier, Alex Alice ayant ouvert tellement de portes aux perspectives passionnantes qu’il était impossible de toutes les refermer. Heureusement pour nous, car Le Château des Étoiles s’annonce dès lors comme l’une des plus passionnantes séries de science-fiction tous public de la décennie !

Le tome 5 qui vient de paraître rajoute d’ailleurs un élément complémentaire à cette uchronie : l’implication des troupes françaises et de Napoléon III, qui ne sont d’ailleurs pas moins méprisables que leurs ennemis héréditaires prussiens. Un tome 5 qui se déroule d’ailleurs tant sur Mars que sur la Terre, apportant ainsi une véritable conclusion au cycle « marsien » avant de lancer un suivant, que l’on imagine tout aussi passionnant.

On pourrait se répandre ad libitum en éloges sur le magnifique dessin d’Alex Alice, dont le crayon aquarellé laisse évoque avec éclat de fabuleuses découvertes tout en ne laissant pas de côté les émotions des personnages. Nous sommes surtout éblouis par ses superbes mises en page qui osent parfois d’innovantes constructions, complexifiées par les multiples actions et par un grand nombre des personnages, et cependant capables de garder une parfaite lisibilité. Tant sur le fond que dans la forme, la série se distingue par sa qualité, sa fantaisie et son intelligence (non, ce n’est pas incompatible) qui ne manque pas d’évoquer un peu de nostalgie auprès des amateurs des Mystérieuses Cités d’or, certains personnages et situations s’en rapprochant de temps en temps.

64 pages d’aventures par album, au prix de 14 € : Rue de Sèvres n’abuse pas. La série connaît d’ailleurs un premier spin-off en direction de Vénus qui se dévoile dans la Gazette du Château des Étoiles. On parle d’un futur album à paraître dans quelques mois. Nous vous en reparlerons…

(par Charles-Louis Detournay)

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[1L’adjectif existe vraiment : en 1870, l’Académie avait édicté des règles d’orthographe relatives aux nouvelles planètes, d’après l’auteur.

[2idem.

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