Le Festival d’Angoulême 2015 dans la tourmente

17 janvier 2015 20 commentaires
  • Le prochain Festival de la BD d'Angoulême sera directement affecté par la tuerie de Charlie Hebdo. Mais entre hommages à la feuille satirique, problèmes de sécurité et actions syndicales des auteurs, les complications s'annoncent nombreuses cette année.

Il y avait tout d’abord, programmée depuis longue date, une action de la part des auteurs de bande dessinée décidés de défendre leurs droits et d’améliorer leur situation précaire : "Il s’agit de faire comprendre que les auteurs reprennent en main leur métier, nous dit Marc-Antoine Boidin, membre du SNAC-BD, leur avenir et peut-être un peu plus aussi leur place dans le livre. L’idée est d’avancer ensemble, avec les lecteurs qui sont conviés, pour montrer que l’on a bien l’intention d’être présents à tous les niveaux de décision que ce soit dans les institutions, dans les sociétés de gestion de droits, qu’au niveau éditorial.

La manifestation aura lieu le samedi en début d’après-midi et donc un débrayage des dédicaces puisqu’on va demander aux éditeurs de bien vouloir stopper les dédicaces pendant le temps de la manif pour que les auteurs puissent nous rejoindre, ceux qui le veulent évidemment, on ne force personne. Plutôt que d’être frustré de ne pas recevoir de dédicace, que les lecteurs nous rejoignent pour nous soutenir parce que c’est une marche en soutien de la création. La question des dédicaces est secondaire.

Ce qui est central, c’est notre statut social et notre rémunération. Beaucoup d’éditeurs même ne sont pas au courant de nos problèmes. On touche des avances, or ces avances doivent être remboursées pour toucher des droits directs. Or, comme il y a de plus en plus de titres publiés, chacun vend un peu moins. Comme ils vendent moins, les éditeurs réduisent les avances... ce qui met les auteurs dans l’impossibilité de vivre décemment. Cela devient dramatique. C’est l’idée des États Généraux et c’est pourquoi aussi il faut que les éditeurs nous écoutent, il faut trouver un moyen de rémunérer décemment les auteurs."

Le Festival d'Angoulême 2015 dans la tourmente
Cette année, les Etats Généraux des auteurs se tiendra à Angoulême.
DR


Des "États Généraux"

Qu’en est-il précisément de ces États Généraux ? "C’est une association initiée par les auteurs dans l’idée de faire entrer tous les acteurs du livre : auteurs, éditeurs, diffuseurs, libraires... Chacun apportera un cahier de doléances, d’inventaire des problèmes rencontrés. Il seront mis à plat lors de la rencontre d’Angoulême, mis en perspective avec les études qui auront été faites et les confronter avec la réalité de terrain. Les États Généraux auront lieu le vendredi 30 janvier 2015 de 10h00 à 12h00 au Théâtre d’Angoulême. Un site est à disposition pour prendre contact avec les organisateurs.."

Aux dernières nouvelles, la marche rendra également hommage aux créateurs de Charlie Hebdo assassinés le 7 janvier 2015.

Sans les auteurs qui viennent dédicacer le samedi après-midi, les bulles seront-elles toujours aussi pleines ?
DR.

Problèmes de sécurité et services d’ordre

Le problème de ces actions, c’est qu’elles interviennent justement au moment où la nation toute entière est sous la menace terroriste, les autorités craignant que les opérations terroristes du 7 et du 9 janvier suscitent des répliques. À cela s’ajoute un contexte international où l’édition du "Charlie des survivants" continue à faire du remous dans certains pays musulmans avec de nouveaux appels au meurtre.

Il est évident que la préfecture de la Charente et la mairie d’Angoulême mettront en place des mesures de sécurité particulières pendant le festival. Attendez-vous à ce que vos sacs soient fouillés. Vu les files déjà considérables devant les "bulles", cela ne va pas être coton !

On attend en effet la venue d’auteurs de Charlie Hebdo pour recevoir les hommages, parmi lesquels peut-être un Grand Prix ? (voir plus loin) et puis aussi quelques auteurs israéliens pour lesquels une protection spéciale devrait être, en toute logique, assurée.

Le "débrayage des auteurs" et la manifestation auront lieu le samedi après-midi. Pour ceux qui connaissent le terrain angoumoisin, on imagine d’avance le cauchemar...

Comment va-t-on concilier sécurité et bulles bondées ?
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Gwen de Bonneval a lancé la pétition pour qu’un Grand Prix soit décerné à Charlie Hebdo. Il a récolté plus de 4000 signatures.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Polémique autour du "Prix Charlie de la Liberté d’expression"

Une fois de plus, le FIBD avait cru bien faire en proposant un "Prix Charlie de la Liberté d’expression". Sauf que, comme d’habitude, cela a été déclaré dans la précipitation et sans la consultation des principaux acteurs de la profession.

Le FIBD avait avancé une liste de 26 noms concoctée par on ne sait trop par qui et proposée aux votes de 2000 auteurs dont on en sait pas trop qui ils sont (ils paraît qu’ils sont proposés par leurs éditeurs...), qui vont, on suppose, de l’obscur fanzineux au dessinateur professionnel aguerri (aucune communication officielle claire n’est faite à ce sujet). De ce chapeau seraient sortis d’un premier tour le Belge Hermann, le Britannique Alan Moore et le Japonais Katsuhiro Otomo.

Or, voici quelques jours, l’auteur Gwen de Bonneval et quelques autres ont été à l’origine d’une pétition pour que, cette année, ce soit Charlie Hebdo qui reçoive le Grand Prix. Près de mille signataires avaient déjà souscrits à cette pétition quand nous vous en parlions voici quatre jours, ils sont plus de 4000 aujourd’hui...

Bilal : "Il faut donner le Grand Prix à Charlie Hebdo..."
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Dans le quotidien Le Monde d’aujourd’hui (week-end, 17 janvier 2015), Frédéric Potet ajoute : "D’autres voix se mêlent au débat, comme celles des précédents Grands Prix, réunis au sein d’une "académie" devenue honorifique depuis son évincement progressif du mode de désignation. "Donner le Grand Prix à Charlie tombe sous le sens", indique Florence Cestac (primée en 2000), organisatrice d’un repas ayant rassemblé 18 lauréats."

"Il s’est quand même passé quelque chose de gravissime dit de son côté Bilal, selon Le Monde, tout paraît dérisoire à côté. Oui, Charlie Hebdo doit être Grand Prix, mais qu’en ferait-il pour autant ? Les dessinateurs ont l’impression d’avoir été esseulés pendant des années."

Entre les feux croisés de l’actualité, les problèmes de sécurité et ce Grand Prix une fois de plus dans un flou total, le FIBD va encore vivre une édition compliquée cette année.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

42e Festival International de la Bande Dessinée d’Angoulême, du 29 janvier au 1er février 2015.

 
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20 Messages :
  • Sans oublier la question épineuse, qui va revenir comme un boomerang être année, du partenariat avec Sofastream, société israélienne implantée dans les territoires occupés, donc en toute illégalité au regard du droit international. Un nouvel appel au boycott va sûrement être lancé. Il ne serait pas étonnant que d’autres micro-scandales et polémiques éclatent encore, dans le contexte tendu.

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    • Répondu par Shira le 18 janvier 2015 à  00:26 :

      Non, ce ne sera pas d’actualité puisqu’aux dernières nouvelles, Sodastream s’est délocalisé et s’est implanté en Israël, dans le désert du Negev.

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    • Répondu par Shira le 18 janvier 2015 à  00:28 :

      Le grand scandale, c’est la précarité de beaucoup d’ auteurs de bd

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  • Le Festival d’Angoulême 2015 dans la tourmente
    18 janvier 2015 00:43, par MR

    "qui vont, on suppose, de l’obscur fanzineux au dessinateur professionnel aguerri (aucune communication officielle claire n’est faite à ce sujet)"

    Comme je l’ai déjà dit non. La règle est simple, à mes yeux assez mauvaise, mais simple : il faut avoir signé un contrat avec un éditeur distribué en librairie (donc pas d’"obscur fanzineux", obscurs auteurs éventuellement). Scénariste ou dessinateur, peut-être coloriste là je ne sais pas. La chose n’est pas choquante, le problème est qu’en effet ce sont les éditeurs qui doivent inscrire leurs auteurs, éditeurs distribués en librairie donc, mais lesquels ? Seulement ceux présents ? Tous ceux qui sont inscrit auprès des circuits de distrib ad hoc ? En effet là ça manque de précision, mais arrêtez de colporter cette légende de n’importe qui ayant fait un fanzine pouvant voter.

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    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 18 janvier 2015 à  03:33 :

      Je vous signale que les "fanzineux", que je ne considère pas de manière péjorative, à l’exemple de mon ami Yves Frémion, sont très souvent distribués en librairie (dans certaines, du moins). Mais quels sont les critères, les conditions ? Telle est la question.

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      • Répondu par pol le 18 janvier 2015 à  11:10 :

        début novembre, les éditeurs recensés ont reçu un message du FIBD pour fournir la liste des auteurs publiés. on dit bien PUBLIES !!! sans limite de temps. quel intérêt pour un éditeur de ne pas fournir une liste complète ? polémique stérile.
        le problème est ailleurs.
        un Grand Prix à Charlie Hebdo, bonne question, illustre parfaitement l’aberration de ce qu’est le FIBD pour la BD…
        depuis très longtemps la BD aurait du prendre ses distances avec le FIBD et le laisser devenir ce qu’il est : un Festival, tout comme l’est Cannes pour le cinéma. le FIBD n’est pas l’organe de récompense annuelle pour la BD. il manque clairement une académie, tout comme pour le cinéma (César) ou le théâtre (Molière), indépendante, liée aux seuls membres de sa profession, choisissant chaque année ses primés dans la grande famille des publiés de l’année, et non plus dans une liste réduite arbitrairement par un Festival qui défend sa ligne artistique. une académie réunissant les acteurs du 9ème art, votant en toute liberté pour mettre en avant ses méritants de l’année. et alors, l’hommage de la BD à Charlie Hebdo se ferait en toute liberté.
        il manque un Georges Cravenne pour organiser tout cela et résoudre enfin cette équation illogique.

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      • Répondu par MR le 18 janvier 2015 à  18:12 :

        Encore une fois vous détournez pour ne pas répondre. Etonnant, d’autant qu’il n’y a rien de fondamentalement problématique dans ce que je vous disais, il y avait juste à faire amende honorable et à corriger.

        Mais

        1/ Je n’ai jamais dit que fanzineux était péjoratif, je l’utilise moi-même énormément de manière fort positive, le terme "obscur fanzineux" l’est un peu plus. Mais ce n’est pas le sujet, il ne me semble pas avoir dit que vous aviez été médisant envers eux.

        2/ Non il n’y a pas de fanzines distribués en librairies. Le terme a certes énormément évolué et les frontières sont floues mais la plupart des spécialistes avec qui j’en ai causé (Joubert, Frémion justement, etc.) considèrent qu’une fois distribué on est une revue et plus un fanzine. Distribué de manière générale et pas juste mano a mano dans quelques librairies militantes. C’est entre autre pour ça que le "Prix fanzine" est devenu "Prix de la BD alternative". Autre chose idiote à mon sens, certain diront "prozine", bref ce n’est encore une fois pas le sujet.

        3/ Vous oubliez la chose essentielle, mais je veux bien faire amende honorable car je n’ai pas été assez précis. Quand j’ai écrit "il faut avoir signé un contrat avec un éditeur distribué en librairie" c’était en effet trop peu clair. En effet ainsi on comprend qu’un auteur de Spirou, par exemple, peut voter. Alors je reprécise, et vous verrez que les conditions sont très simples : il faut avoir publié un album (ce qu’entendais signé un contrat etc. mais c’était une formulation douteuse puisqu’en effet on peut le faire pour des revues) distribué en librairie. J’ignore si les collectifs sont pris en compte. Mais le règle est en tous cas excessivement simple et prête peu à interprétation (coloristes ? collectifs ?, etc.) en tous cas totalement inatteignable pour le fanzineux - obscur ou non, diffusé en librairie ou non (même si ça serai à mes yeux un contresens mais les frontières sont volatiles) - mais également pour n’importe quel auteur n’ayant pas publié d’album.

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        • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 18 janvier 2015 à  20:59 :

          Toutes vos arguties sur la définition du terme "fanzineux" sont sans objet. Bien entendu que des fanzines sont distribués, il y a même un festival qui les rassemble.

          Le problème de votre intervention, c’est que vous prétendez avancer des règles sur le fonctionnement de cette prétendue consultation démocratique qui ont l’air de vous sembler évidentes alors qu’elles ne sont affichées nulle part de façon claire. C’est quand même la moindre des choses. Citez précisément vos sources et nos lecteurs vous comprendront.

          L’autre problème est que vous avancez masqué. On ne sait pas si vous êtes un auteur, un éditeur, un stagiaire du FIBD ou un quidam qui vient polémiquer pour se faire mousser. Si votre démarché était moins hypocrite, nos lecteurs s’y retrouveraient plus facilement.

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        • Répondu par Francis le 19 janvier 2015 à  11:54 :

          fanzineux laisse penser à des débutants pas au point, pas des pros en tout cas, et aujourd’hui on ne les trouve plus dans les fanzines, mais chez les petits éditeurs qui ne paient pas d’avances sur droit, impriment des contenus de blog etc... alors c’est vrai que la voix d’un amateur blogueur imprimé chez tartempion vaut autant dans le vote que celle de Gibrat, Loisel ou Cauvin.

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  • Le Festival d’Angoulême 2015 dans la tourmente
    18 janvier 2015 09:08, par Franck BIANCARELLI

    De mon point de vue l’ académie est de toute façon disqualifiée dans cette histoire de "Grand Prix" pour Charlie, vu qu’elle n’ a pas été capable de sacrer Cabu de son vivant alors qu’il est le grand caricaturiste de presse de la fin du 20ème et début 21ème siècle, en France. Ça me parait un peu tard pour se réveiller.

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    • Répondu par Francis le 18 janvier 2015 à  19:04 :

      vu qu’elle n’ a pas été capable de sacrer Cabu de son vivant alors qu’il est le grand caricaturiste de presse de la fin du 20ème et début 21ème siècle, en France.

      Mais il est question d’auteur de BD pour le Grand Prix et Cabu n’est pas un grand auteur de BD, bien qu’il soit effectivement le grand caricaturiste de presse de la fin du 20ème et début 21ème siècle.

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      • Répondu par Erik A. le 18 janvier 2015 à  23:14 :

        J’ai découvert Cabu dans Pilote, dans les années 60, avec le Grand Duduche. C’était de la BD. Et de la bonne.

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    • Répondu par Franck BIANCARELLI le 18 janvier 2015 à  19:34 :

      Et je rajoute qu’il faut le donner à Alan Moore qui lui le donnera à "Charlie" et ce sera merveilleux.

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      • Répondu par Rosse le 19 janvier 2015 à  01:03 :

        C’est votre opinion. Moi je trouve que ce sera convenu et attendu. Je prends en compte l’émotion et l’envie de se positionner dans l’immédiat. Mais je pense aussi à l’action sur la longévité. À mon avis -et je débats simplement- pas de Grand Prix cette année mais comme le propose le FIBD un prix "Charlie Hebdo" pour la liberté d’expression -décerné à Charlie cette année bien entendu. Cela permettrait sur la durée de mettre en lumière le travail de dessinateurs engagés- si ce prix est intelligemment avancé comme une haute distinction (expo à l’appui). Car, chers commentateurs, soyez francs- et ne m’obligez pas à aller retrouver vos interventions dans les archives de ce site- combien de vous ont conspué le prix accordé à Willem ? Ce n’était pas un dessinateur de bd selon certains ignares, ni Wolinski, ni Cabu puis-je lire récemment encore ici (ma bibliothèque ment !). Pour ces raisons je trouve que c’est l’émotion qui guide ce choix de décerner un prix. Je trouve pour ma part les actes réfléchis pour leur pérennité plus déterminants pour le futur.

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        • Répondu par MR le 19 janvier 2015 à  10:09 :

          Perso j’ai été hyper heureux quand Willem - un très grand auteur de BD en plus d’être un formidable critique, dessinateur de presse et d’avoir été un grand rédac chef - a eu le prix. Du coup je soutien aussi un prix à CH, pour les vivants et pour faire exploser la ville.

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        • Répondu par Francis le 19 janvier 2015 à  11:49 :

          Ce n’était pas un dessinateur de bd selon certains ignares, ni Wolinski, ni Cabu puis-je lire récemment encore ici (ma bibliothèque ment !).

          Ne tranformez pas mon propos, j’ai écrit "Cabu n’est pas un grand auteur de BD", vous notez la différence ? Ses dessins de presse sont extraordinaires, ses reportages dessinés étaient formidables, mais ses BD sont bof, il n’a jamais compris le medium, ce n’est pas un grand auteur de BD.

          Bon, Wolinski n’est pas bon non-plus en BD, mais comme il avait été rédac-chef de Charlie mensuel, ça pouvait se défendre.

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          • Répondu par Marc-Antoine le 19 janvier 2015 à  13:06 :

            Avant d’affirmer que CABU n’est pas un grand auteur de bande dessinée, regardez ses planches.

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            • Répondu le 19 janvier 2015 à  15:43 :

              il a quand même fait de grands albums, Inspecteur Labavure (génial) et les bd de Dorothée/maraboudficelle, Duduche...

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              • Répondu par Rosse le 21 janvier 2015 à  00:50 :

                Cabu signait son travail de son nom. Vous pourriez en faire de même quand vous écrivez 2 lignes sur internet. Oui ? Non ?

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          • Répondu par Rosse le 19 janvier 2015 à  21:52 :

            il n’a jamais compris le medium

            À ce point vous devez presque nous expliquer ce que vous avez compris au médium. Oui ? Non ?

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