Le Festival d’Angoulême réunit les critiques de BD en conclave

23 octobre 2003 0
  • La plupart des journalistes de la BD ont été invités à un débat organisé le lundi 20 octobre dernier par les instances du Festival. Une réunion qui se voulait « informelle », animée par le conseiller artistique du Festival Benoît Mouchart et son directeur, Jean-Marc Thévenet. Curieux colloque en vérité qui nous a donné la confirmation de cette sentence énoncée par Jean-Paul Sartre : « {Quand deux philosophes discutent ensemble, ils sont au plus bas d'eux-mêmes} ».

Mais bon, Jean-Marc Thévenet a sacrifié à son credo : « Le Festival doit faire débat ». Nous étions donc là. Les interventions, face à une réunion dont l’objet était aussi flou, furent méritoires. Elles commencèrent par celle de l’encyclopédiste de la BD et ancien directeur éditorial de Dargaud Claude Moliterni à qui il était demandé de rappeler la ferveur des premiers clubs de BD, le CELEG et la SOCERLID. On a appris des choses. Comme le fait que « Le premier festival de BD a eu lieu au Brésil en 1955 ». Le fondateur du Festival d’Angoulême s’est aussi souvenu de ses premières expos à Paris : « 10 Millions d’Images » en 1965, les expos Hogarth et Caniff, ou la grande expo du Musée des Arts Décoratifs, Bande dessinée et Figuration narrative en avril 1967, cornaquée par l’historien Pierre Couperie. On posa la question : «  Pourquoi cela n’a pas continué ? ». « Parce que, répondit Claude, tout a une fin. Et puis, parce qu’il y a eu Angoulême. » Une espèce de victoire dans la reconnaissance de la BD.

Entre « mercantilisme régressif » et reconnaissance culturelle

La bataille de la légitimité est-elle aujourd’hui gagnée ? Rien n’est moins sûr, commente l’historien et auteur de BD Benoît Peeters, :« Il y a, dans la BD aujourd’hui un aspect de mercantilisme et de nostalgie régressive », une passion reliée aux cotes, aux dédicaces, aux goûts des reliures toilées, à l’opposé de la cinéphilie, par exemple. Il dit que même si une bonne part de la légitimité culturelle est aujourd’hui gagnée, elle pourrait disparaître demain : « Si 90% de n’importe quelle industrie culturelle est sans valeur, il faudrait faire attention, pour la BD, que cette proportion ne passe pas à 95%. Soyons vigilants !  ».

De quelle BD parle-t-on ?

Cette remarque suscita une réaction de l’assemblée. Fabrice Piault de Livres Hebdo répondit que « comparée aux autres métiers du livre, la littérature ou le livre d’art, la BD est dans une phase de reconnaissance exceptionnelle. Angoulême est un moment étonnant pour les professionnels du livre. A part le Salon du Livre et de la Presse jeunesse de Montreuil, il n’y a pas d’exemple de genre littéraire qui ait une telle visibilité. Il faut se demander, ajoute Fabrice Piault,quand se pose la question de la légitimité de la BD, de quelle BD parle-t-on ? Quand un auteur comme Marjane Satrapi vend 6.000 exemplaires de son dernier livre, Broderies, bien moins vendu que son Persépolis, elle fait, comparé à la littérature, un best-seller !  »

« Les subsides donnés à la BD ressemblent à un baiser fait à un grand brûlé » (Jean-Marc Thévenet)

« La légitimité viendra, intervint Ronan Lancelot, ancien rédacteur en chef de Fluide Glacial, quand elle entrera à l’université ». Une étudiante confirma cette réalité en disant qu’il lui a fallu ruser pour imposer le sujet de sa thèse. Claude Moliterni, de son côté, affirme qu’ « elle y a été  ». Francis Lacassin a donné des cours à la Sorbonne pendant plus de 10 ans. Lui-même en a donné à Vincennes.
André-Marc Deloque-Fourcaud, le directeur du Centre National de la BD et de l’Image à Angoulême intervint pour donner la mesure de cette reconnaissance : Trois milliards de francs de subsides de l’état pour le cinéma contre 30 millions pour la BD. Jean-Marc Thévenet confirma : obtenir de l’argent pour la BD « est un combat de chien galeux. Un combat de rue ! Les subsides donnés à la BD ressemblent à un baiser fait à un grand brûlé ». Le dessinateur italien Igort, récemment primé au Salon du Livre de Francfort, expliqua, quant à lui, qu’en Italie « il ne se passait rien » et que Umberto Eco, souvent cité en exemple ici, « ne parle de la BD que tous les 10 ans ».

On aurait aimé que ces réflexions souvent intelligentes s’inscrivent dans un projet un peu plus structuré. Notre sentiment est que tous ces spécialistes de la BD ont été ce soir-là, faute d’une finalité, « au plus bas d’eux-mêmes ».

Photo : Le rush des photographes au moment de l’inauguration de la rue Hergé lors du 30ème Angoulême.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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