Le Fléau de Stephen King promet de nombreuses victimes

10 février 2010 1 commentaire
  • Voilà un des meilleurs romans de Stephen King très bien adapté. Malgré la lenteur du début du récit, on nous livre un premier tome bien ficelé, et qui donne le ton des neuf autres qui vont suivre. Vous aviez craint le virus H1N1, la super-grippe du Fléau va vous tétaniser...
Le Fléau de Stephen King promet de nombreuses victimes
Le premier tome, disponible en librairie.

De nos jours, dans une base militaire secrète en plein désert californien, l’impensable survient : un incident technique permet à un virus hyper-contagieux de filtrer au travers des mesures de confinement, avec les conséquences que l’on imagine.

Les morts se comptent rapidement par dizaines, mais un des gardes, témoin des premiers malades, ne peut s’empêcher de céder à la panique : il attrape sa femme et sa fille, et prend la route précipitamment. Malheureusement pour eux – et pour le reste de l’Amérique –, ils ont embarqué le virus motel dans leur fuite, et il va le disséminer à travers les états, ce qui signera la fin de 99,4 % de l’espèce humaine !

Un manuscrit trop bien ficelé

Nous vous en parlions il y a quinze mois, lors de l’adaptation d’un autre best-seller de Stephen King, la Tour sombre. La réussite de ce premier pari insensé ne pouvait qu’ouvrir la voie des comics au maître de la littérature d’horreur, et c’est par le deuxième de ses trois chefs-d’œuvre [1] que l’aventure continue.

An cœur du complexe gouvernemental, une simple erreur a des conséquences catastrophiques
Le T2 paraîtra en mai 2010

Lorsqu’il donne cette brique de près de 1500 pages à son éditeur en 1978, Stephen King n’est pas encore le romancier adulé que l’on connaît. C’est à peine son quatrième roman, et si Carrie et surtout Shining lui ont permis de percer, son éditeur le contraint à saborder plus de la moitié de son récit pour des raisons de rentabilité financière : King ‘opère’ donc son manuscrit, pour en retirer bout à bout une bonne partie de sa substance sans en gâcher la vision globale, « tel un chirurgien »(sic). Pourtant, cette première mouture va connaître un succès extrêmement important, les lecteurs s’identifiant intensément aux personnages, à un point tel que King ressortit douze ans plus tard une seconde mouture, beaucoup plus conforme au texte de base, et surtout plus dense et fouillée car si le récit ne change pas, tous les éléments y sont bien plus développés.

Plus que tous les autres romans de Stephen King, c’est justement la simplicité de son récit et la description des personnages qui sont fondamentales, même si le fantastique finit par pointer le bout de son nez. Comme vous l’aurez compris, le Fléau développe une théorie assez commune : un virus contamine la population humaine, la décimant presque entièrement, les maigres rescapés doivent s’organiser.

L’arme secrète du Fléau : l’identification

Les rescapés de cette super-grippe doivent encore se méfier de tous. Ici, un pillard soumis à une justice expéditive

Si les récentes pandémies ne vous donnent pas réellement envie de replonger dans ce scénario-catastrophe, sachez que ce n’est que la base du récit. Cette sélection ‘naturelle’ permet de s’intéresser à de nombreux personnages (hommes, femmes et enfants) issus d’un réel brassage social. Toutes ces personnes vont être amenées à se réunir en deux grands clans, de part et d’autre des Rocheuses, tentant de dompter les technologies pour restaurer un semblant de vie moderne. Mais qui sait faire du pain ? relancer une centrale électrique ? Opérer d’une simple appendicite ? Et surtout mettre d’accord toutes ces personnes qui ne se connaissent pas, qui ont peur, et qui ont tout perdu, jusqu’à femme, mari, parents et enfants ?

Petite particularité, les survivants savent que deux ‘courants’ différents sont en construction : ceux qu’on pourrait qualifier de ‘bons’ vont se réunir dans une ville du Colorado qu’ils rebaptisent la ‘Zone libre’ en signe d’espoir, tandis que les personnalités plus perfides ou déséquilibrées ont trouvé refuge dans la ville du vice, Las Vegas. Bien entendu, ces deux factions ne pourront se regarder longtemps en chiens de faïence.

L’homme incarnant le Mal utilise les rêves pour parler aux rescapés

Voilà, rapidement, les ingrédients qui font de ce récit un ‘classique’ du roman populaire : une brochette de protagonistes très réalistes à qui il est facile de s’identifier, un monde où tout est à redécouvrir et à construire, et des opposants qui tentent de vous mettre des bâtons dans les roues, mais qui pourraient être bien plus proches de vous que vous ne le croyiez. Car personne n’est vraiment noir, ni absolument innocent.

Une adaptation qui pouvait sembler impossible

La densité du texte et la multiplicité des personnages auraient pu rendre ce récit inadaptable, mais le scénariste Roberto Aiguire-Sacasa s’en tire très bien : il n’essaye pas de sabrer dans les personnages, car ils auront tous leur rôle dans cette saga post-grippale, mais il parvient à raccourcir la longueur de leur portrait à quelques pages, sans affaiblir leur force de caractère. C’est justement cette force qui va faire la qualité de la série, tout en diminuant considérablement l’intérêt de ce premier tome. !

Un lecteur non avisé regrettera effectivement la succession des tableaux, en dépit d’une intrigue bien construite (les éléments de réponse de la grippe sont disséminés à travers tout le premier tome), mais qui n’avance guère. C’est pourtant sur cette fondation qui peut sembler morne, que le récit va se construire et se dresser, comme une cathédrale pointant vers le ciel. Et grâce à l’intelligence et l’acuité du scénariste, on va pouvoir entrer dans le récit, sans lassitude, ni ressentir de manque.

En quelques heures, le virus parcourt des centaines de kilomètres.
Face à des millions de décès, les autorités tentent de gérer comme elles peuvent

Bien sûr, la qualité du dessin de Mike Perkins est pour beaucoup dans cette réussite. Point fondamental, ses visages sont à la fois soignés, expressifs, caractéristiques et centraux dans ses cases. Il a compris que leurs émotions doivent porter le récit et qu’il faut rapidement les situer les uns par rapport aux autres pour profiter pleinement des situations présentées. On n’évitera pas parfois certains côtés gores, mais il faut bien donner un peu de punch à ce premier tome pour appâter le lecteur.

Contrairement à la Tour sombre qui utilise un langage particulier et des codes bien spécifiques, le Fléau est facilement accessible par un lecteur profane : le cadre contemporain, ainsi que la progression linéaire de l’intrigue facilitent la compréhension du plus grand nombre.

À raison de trois albums par an, pour une série qui en comptera dix, ce premier volume pourrait faire pâle figure face à ce qui va suivre. Pourtant, la qualité de cette adaptation est sans équivoque et laisse présager d’excellents moments au lecteur qui fera le choix d’y succomber. Qu’il ait déjà lu le roman ou pas.

Les futures bandes dessinées de Stephen King

N.

Fort du succès des séries déjà en cours, Marvel a lancé une autre adaptation d’un récit de Stephen King. Il s’agit de "N.", une nouvelle inédite parue dans le dernier recueil de l’auteur, récompensé en 2009 par le prix Bram Stocker. Sa traduction française sera disponible en mars 2010 chez Albin Michel. "N." évoque un cercle de huit pierres emprisonnant un ‘démon’, qui a la capacité d’altérer le réel de l’innocent de passage. Cette adaptation graphique se fera en quatre chapitres de comics américains, donc sans doute un seul album en version française. Le premier tome paraîtra dans quelques semaines, et déjà la couverture est plutôt attirante !

Les éditions Del Rey adaptent également Le Talisman, que King avait écrit avec un autre maître du genre, Peter Straub.

Ce récit met en scène un enfant qui tente de sauver son père. Pour ce faire, il doit traverser l’Amérique d’un océan à l’autre, mais ce voyage a la particularité de se dérouler dans notre monde, autant que dans un univers parallèle, peuplé d’étranges créatures, et qui ont déjà investi notre quotidien. Trois albums sont actuellement parus outre-Atlantique, scénarisés par Robin Furth qui s’est déjà occupé de l’adaptation réussie de la Tour sombre.

Enfin, cet accumulation de sorties a du ouvrir les yeux de Stephen King sur les possibilités du comics, car il a décidé d’écrire directement une bande dessinée, en collaboration avec Scott Snyder. American Vampire est publié chez Vertigo en cinq tomes et dessiné par Rafael Albunquerque. Le récit nous décrit une nouvelle race de vampires, américanisés à souhait ! Sortie anglophone également prévue en mars.

Pas encore d’éditeurs français envisagés pour ces trois séries du maître de l’épouvante, mais si la qualité continue de se maintenir, le public sera sûrement impatient de s’y plonger !

Le Talisman

(par Charles-Louis Detournay)

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Pour vous faire une bonne idée de la série, nous vous proposons de voir les premières pages des futurs albums à paraître en version française :
- Captain Trips, chapitre 3 (inclus dans le premier livre de Delcourt) et 5.
- American nightmare, chapitre 1, 2, 3, 4 et 5.
- Soul survivors, chapitre 1.

[1Avec Ca.

 
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