Le Fleuve Shinano - T1 et 2 - Par Kazuo Kamimura & Hideo Okazaki - Asuka

2 mai 2008 0 commentaire
  • Une œuvre poétique, sensuelle et poignante, dans laquelle on suit une jeune fille sur les chemins de l'amour. Peu importe, la souffrance qu'elle pourra causer aux hommes, pourvu qu'elle puisse trouver l'âme sœur. Mais cette quête s'annonce bien difficile ...

Le Fleuve Shinano - T1 et 2 - Par Kazuo Kamimura & Hideo Okazaki - AsukaDans la région du bassin de la Shinano, les conditions de vie sont depuis toujours difficiles. Longs hivers enneigés, maigres récoltes, enfants dévorés par les loups… Rien n’épargne les habitants de la région. De plus, le fleuve est tourmenté et, sans prévenir, il peut sortir de son lit et dévaster les usines et habitations. Les amours de la jeune Yukié Takano, issue d’un milieu aisé, sont à l’image de ce cours d’eau qui l’a vu grandir loin de sa mère.

Enfant illégitime d’une femme mariée et d’un simple commis, elle est tolérée par un père homosexuel qui s’acquitte de son rôle avec dédain. Abandonnée et ballotée par les aléas de la vie, elle cherche désespérément l’amour véritable afin de s’y abandonner toute entière. C’est ainsi qu’elle partage ses premiers émois avec un simple serviteur. Séparés par son entrée au collège, elle tombe rapidement amoureuse d’un professeur. Une fois de plus, dans un Japon traditionnel au bord de la crise économique, Yukié se moque du regard des autres pour suivre sa voie. Mais est-elle aussi libre qu’elle le croit, ou se borne-t-elle à retracer le chemin emprunté par sa mère, des années plus tôt ? Il lui faudra la retrouver pour s’en assurer ...

Adapté du roman éponyme de Hideo Okazaki, cette trilogie à la fois romantique et dramatique ne laisse pas indifférent. Le récit est porté par un dessin précis et sobre qui convient parfaitement à l’époque décrite. L’attention est captivée par le cheminement de cette jeune fille et par les poèmes qui scandent les chapitres, comme les inondations de la Shinano marquent péniblement les mémoires de ses habitants.

Les planches aérées, les dessins pleine-pages et les visages dépeignent la passion qui s’échappe de chaque dialogue. Amour, haine, mépris et envie se mêlent, tout en se dévoilant parfois d’un simple regard. La métaphore du fleuve qui s’écoule comme la vie avec ses tourbillons, ses phases calmes et ses brusques montées incontrôlables donnent la pleine mesure des sentiments de la jeune héroïne.

Tout en demeurant une vision asiatique de romans classiques, tels que le Rouge et le Noir, le fleuve Shinano charrie les grandes turpitudes de son époque : chômage, morale sévère et prude, crise économique, assassinat politique, montée du militarisme, augmentation de la prostitution des jeunes filles, et cupidité de toute personne confrontée à ces années difficiles.

Poussée par la quête amoureuse, cette longue descente aux enfers s’adresse au lecteur qui veut s’imprégner du Japon par ses reflets les plus intimes, ceux du cœur.

(par Charles-Louis Detournay)

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