Le Gardien des ténèbres - par Rodolphe & Wens - Glénat

12 juillet 2007 0 commentaire
  • Pouvant se lire indépendamment, cet ultime épisode de la saga {London} conclut avec brio cette série qui flirte agréablement avec les romans gothiques des grands auteurs britanniques.

Mort London, jeune homme de bonne famille à qui son père a coupé les vivres, est entré en possession d’un mystérieux carnet rouge empli d’une étrange écriture labyrinthique. Déconcerté, il repère néanmoins des fragments écrits en grec ancien. Ils font allusion à Charles Darwin et à sa visite à un mystérieux être, dont l’humanité se serait qu’apparente. Ce carnet suscite les convoitises car Mort London est approché par l’inquiétant Ptah, grand prêtre d’une secte, qui souhaite l’acquérir à n’importe quel prix. Sans se laisser impressionner, notre jeune ami se lance sur les traces de l’ancien secrétaire de Darwin : il apprend que ce dernier dirige un cirque ambulant sous le nom de Docteur Ward [1] . Alors qu’il obtient de celui-ci le lieu de résidence de l’humanoïde, sa jeune amie, la belle Victoria est chargée par Bram Stocker de séduire Ptah. Ce dernier l’entraîne de nuit dans les caves du Bristish Museum...

Présenté tel un one-shot, ce 3ème (et ultime ?) tome de London ne trompe pourtant pas le lecteur. Camouflant un début de série plutôt morose, l’éditeur joue la carte de la confiance en reprenant les ambiances glauques sorties tout droit des classiques de la littérature anglo-saxonne. En effet, le plus gros défaut de cette série est le manque de personnalité de son héros principal, Mort London, dandy déshérité, qui peut néanmoins se payer le téléphone en 1896, et joue les détectives amateurs sans réels moyens de subsistance.

Le Gardien des ténèbres - par Rodolphe & Wens - Glénat

Après un diptyque revisitant Jack l’éventreur, ainsi que Dr Jekyll et Mr Hyde, et tout en multipliant les clins d’œil à Conan Doyle [2]et Bram Stocker [3], ce one-shot part sur les traces de Lovecraft et de ses grands anciens. En 62 pages, le prolifique Rodolphe [4] mêle les théories de Darwin et les foires aux monstres rappelant fortement l’Elephant man de David Lynch, pour entreprendre une enquête où le fantastique remonte aux sources de l’homme. Plus charpenté et mieux découpé que les tomes précédents, le Gardien des Ténèbres distille le suspense et joue la suggestion, rendant ainsi hommage au maître Lovecraft.

Le dessin d’Isaac Wens met en valeur les ambiances londoniennes de cette fin du XIX° : la brume, les pubs enfumés, et les manoirs lugubres brosseront des paysages familiers aux fans de la littérature victorienne. Si le travail de ses couleurs s’améliore, en particulier le pointillisme des fondus, les traits de ses personnages paraissent souvent trop anguleux et irréels pour se plonger à 100% dans ce ténébreux thriller.

Cette histoire ravira les fans des maîtres de la littérature fantastique. Que les mordus n’hésitent pas alors à découvrir les deux premiers albums qui, sans en atteindre la maestria, prolongent la bonne surprise de cette découverte.

(par Charles-Louis Detournay)

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[1Encore une allusion littéraire, car une des nouvelles les plus renommées de H.P. Lovecraft s’intitule l’Affaire Charles Dexter Ward.

[2Créateur de l’universel Sherlock Holmes

[3Auteur du célèbre Dracula

[4Entre autres, scénariste de Kenya, Trent et Dock 21.

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