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Le Grand Prix du Festival International d’Angoulême 2015 pour Charlie Hebdo ?

  • Depuis l'année dernière, le Grand Prix du FIBD n'est plus élu par un collège d'anciens présidents membre d'une Académie des Grands Prix, mais par un premier vote d'auteurs accrédités auprès du Festival et "ratifié" par les anciens Grands Prix. Une pétition vient d'être mise en route qui demande à ce que cette année, le Grand Prix soit remis à Charlie Hebdo.
Le Grand Prix du Festival International d'Angoulême 2015 pour Charlie Hebdo ?
L’élection de Willem en 2013 avait fait grincer quelques dents. Willem dessine dans Charlie Hebdo.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Proposée depuis le 22 décembre 2014 par le comité du FIBD, une liste de 26 noms était soumise au suffrage des auteurs.

Cette liste, la voici : Christophe Blain, Christian Binet, Charles Burns, Daniel Clowes, Nicolas de Crécy, Pierre Christin, Cosey, Étienne Davodeau, Edika, Emmanuel Guibert, Hermann, Alejandro Jodorowsky, Quino, Stan Lee, Milo Manara, Taiyo Matsumoto, Lorenzo Mattotti, Alan Moore, Katsuhiro Otomo, Marjane Satrapi, Joann Sfar, Bill Sienkiewicz, Jiro Taniguchi, Richard Corben, Jean Van Hamme, Chris Ware. Trois scénaristes, six Américains, deux Japonais,... et plus aucun dessinateur de presse.

Nous avions déjà marqué notre vive désapprobation quant à cette modification du scrutin qui consistait à transformer l’Académie des Grands Prix en chambre d’enregistrement-croupion d’un vote prétendument démocratique lequel aboutit, on l’a vu, à distinguer un auteur qui n’en a pas besoin puisqu’il n’a plus produit depuis vingt ans, je veux parler de Bill Watterson, très bon artiste au demeurant..

Wolinski, élu en 2005, avait soulevé des protestations. "Ce n’est pas un auteur de BD" proclamait Claude Moliterni.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

"Une Académie humiliée, un Festival décrédibilisé par ce mode de scrutin... Le triumvirat du Festival, Franck Bondoux, Marie-Noëlle Bas et Benoît Mouchart a fait très fort pour le 40e", concluions-nous. Une majorité d’académiciens était d’ailleurs opposée à cette réforme et l’élection de Willem en 2013 était là pour affirmer la primauté de leur vote.

Une élection qui risque cette année d’être bouleversée par l’initiative de l’auteur de Gwen de Bonneval qui appelle dans une pétition à ce que le Grand Prix soit donné cette année à... Charlie Hebdo. Près de mille signataires ont déjà souscrit à cette pétition, dont l’auteur de ces lignes.

"Suite aux tragiques événements qui ont coûté la vie à 20 personnes, dont 5 de leurs camarades, dit la pétition, les auteurs signataires souhaitent la suspension des votes en cours pour l’élection du Grand Prix 2015 du FIBD (Festival international de la bande dessinée).

Décerner le Grand prix à un auteur unique semble cette année tout bonnement impossible à imaginer.

Les auteurs signataires demandent donc aux organisateurs du festival de décerner le Grand Prix de la ville d’Angoulême 2015 à Charlie Hebdo."

Rappelons au passage que, ironie du sort, c’est l’élection de Willem, dessinateur de BD et dessinateur de presse, qui avait provoqué cette réforme. Ce serait piquant que la communauté des auteurs sollicités élisent des gens que d’aucuns avaient décidé d’écarter. Nos amis de Charlie Hebdo ne sont pas morts en vain : Tartuffe est une fois de plus ridicule.

Le chat irrévérencieux de Charb dans le fauteuil du Grand Prix ? Ce serait rigolo.
DR
Documents
La couverture du prochain Charlie Hebdo, tiré à 3 millions d'exemplaires.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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23 Messages :
  • À l’image du grand prix, qui est décerné par un vote électronique où la voix d’un auteur au talent reconnu n’a pas plus de poids que celle du brave étudiant catalogué comme auteur parce qu’il a publié un obscur dessin dans un fanzine, les "braves" organisateurs de cette foire à la dédicace continuent à n’écouter qu’eux mêmes !

    Il n’y a pas plus sourd que celui qui ne veut pas entendre, il n’y a pas plus aveugle que celui qui en veut pas voir et il n’y a pas plus c... que celui qui ne veut pas comprendre...

    http://grandprix.bdangouleme.com/13/creation-prix-pour-la-liberte-expression.html

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    • Répondu par Philippe Tomblaine le 13 janvier 2015 à  11:33 :

      Je comprends l’idée, mais dans la "réalité du terrain", on n’a vu plus d’un sombre étudiant-auteur qui en sait bien plus sur la diversité des parutions actuelles qu’un auteur installé depuis des décennies... et qui ne lit plus aucun album depuis longtemps !

      TOUTES les voies se valent donc ; cela s’appelle la démocratie... quand elle ne grippe pas.

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      • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 13 janvier 2015 à  11:42 :

        La démocratie ne vote pas toujours de façon intelligente, hélàs, on l’a vu en Allemagne en 1932, ou encore récemment ailleurs en Europe. Et par rapport à la masse de votants du FIBD, qui a une culture à niveau ? Il y a des créateurs de tous âges, et un grand nombre parmi les étudiants,qui n’ont jamais ouvert un album d’Hugo Pratt ou de Moebius. Alors, si on les mène du côté de Marijac ou de Lob, pourtant Grands Prix d’Angoulême ou de Copi, il n’en reste plus un. Le propre d’une académie est d’être un conservatoire, je l’ai dit (suivez les liens), pas de se laisser abuser par la mode. Les autres prix d’Angoulême sont là pour cela, pour récompenser les prix de l’instant.

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        • Répondu par Joe le 14 janvier 2015 à  13:23 :

          Otomo, Moore, Hermann, on ne peut pas vraiment dire que ce sont des petits jeunes dans l’air du temps. Le résultat respecte votre idée : « Le propre d’une académie est d’être un conservatoire, pas de se laisser abuser par la mode ».

          Au vu de ce que l’on sait sur l’Académie, c’est sûrement Hermann qui va avoir le prix (« quoi, du manga à Angoulême ? Jamais ! » « Un scénariste ? Pourquoi pas un coloriste tant qu’on y est ! »)

          À moins que le festival ne se réveille et le décerne à Charlie...

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    • Répondu par Mael R le 13 janvier 2015 à  16:58 :

      "À l’image du grand prix, qui est décerné par un vote électronique où la voix d’un auteur au talent reconnu n’a pas plus de poids que celle du brave étudiant catalogué comme auteur parce qu’il a publié un obscur dessin dans un fanzine, les "braves" organisateurs de cette foire à la dédicace continuent à n’écouter qu’eux mêmes !"

      En fait c’est totalement faux.

      Seuls les auteurs ayant publié un album chez un éditeur distribué en librairie ont le droit de vote. C’est d’ailleurs les éditeurs qui transmettent leur fichier auteur au festival, qui le valide (ou non).

      Ce n’est pas exempt de critique, mais partons des faits réels.

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      • Répondu par Jérôme Pigney le 14 janvier 2015 à  14:15 :

        Pas de braves étudiants en effet ni de fanzines (qui regorgent souvent de talents), mais des auteurs publiés chez un éditeur. Mael R a parfaitement raison.
        Un modeste auteur qui a voté et qui approuve l’idée d’un Grand Prix pour Charlie !

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  • Il reste que l’élection du prochain Grand Prix, qui se fait toujours en partie sous le coup de l’émotion, doit être bien réfléchie : outre le fait que Wolinski a déjà été élu, doit-on lancer la "mode" d’un grand prix collégial et non nominatif (même si on doit récompenser un duo scénariste/illustrateur), au risque de se laisser guider par un fil d’actualités plus ou moins tragigue (et celle de Charlie Hebdo dépasse évidement ces simples mots...).

    L’idée d’un prix spécial renouvelé annuellement pour défendre la liberté de la presse me paraît donc bien meilleur et plus symbolique dans la durée, outre le fait qu’Angoulême doive plutôt cibler la bd et non le dessin de presse (ne pas oublier cet autre grand festival dédié qu’est Saint Just Le Martel), sans le dénigrer pour autant ; il aurait en ce sens mieux valu élire Cabu que Willem !

    La réflexion promet d’être bien compliqué : il serait pourtant si simple que les auteurs "votent" TOUS pour LEUR grand prix préféré, y compris sur une liste de noms présélectionné. De fait, aucun système de vote ne sera jamais jugé assez satisfaisant...

    Pour revenir à Charlie Hebdo ; ce n’est pas un prix ponctuel mais un lieu qui mériterait de porter ce nom dans l’éternité angoumoisine : rue, place ou parvis de la CIBDI !

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    • Répondu par Armine le 13 janvier 2015 à  12:39 :

      Oui, un lieu portant le nom de Charlie Hebdo à Angoulême me paraît approprié. Plus d’un y a pensé, j’en suis sûr. Cela se fera sans doute.
      Que Cabu n’ait jamais eu le Grand Prix m’avait toujours paru curieux. A mon humble avis, Le Grand Duduche vaut bien les Bds de Lauzier. Mais il y a tellement d’autres auteurs. Et aujourd’hui, ce n’est plus important.
      La vague émotionnelle submerge tout le monde, à commencer par les dessinateurs. Pour une fois que leur activité est au centre de toutes les attentions.

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    • Répondu le 13 janvier 2015 à  12:43 :

      Le champ de mars rebaptisé "place Charlie hebdo" avec des bancs publics encagés ? Quelle ironie !!!

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  • pour info, les 3 finalistes du premier tour du scrutin sont Alan Moore, Katsuhiro Otomo et Alan Moore
    il ne faut pas oublier la philosophie première de l’académie et il devient clair que, si hommage doit être rendu, ce n’est pas comme ça qu’il faut le faire. On est dans l’émotionnel et la fausse bonne idée (et pourquoi pas un prix Albert Londres, un Pulitzer et une victoire de la musique ?)
    pour l’instant, on mélange un peu tout et tout le monde à sa petite idée pour rendre le plus bel hommage à Charlie Hebdo en n’ayant aucune idée de ce qu’il représentait. De Charlie Hebdo, ils n’entendaient parler que lors des scandales. Des dessins, ils ne connaissent que les caricatures reprises par la presse généraliste por illustrer les articles sur les problèmes de Charlie Hebdo.
    Maintenant, on a droit à de magnifiques dessins de crayons qui dessinent des fleurs sur des kalashnikovs et d’autres de Cabu, Charb et les autres accueillis au paradis. D’autres rêvent de les faire rentrer au panthéon. On les présentera sans doute au prix nobel de la paix. Puis, ils vont ouvrir le magazine et se rendre compte ce que "bête et méchant" et "irresponsable" veut dire. Et ils vont être choqué. La majorité des hommages et dessins laissent penser que les gens confondent Charlie avec une certaine idée assez romantique de la caricature. Ben non, Cabu ne dessinait pas le grtand duduche avec un masque de clown blanc en train de glisser une fleur dans le bazooka d’un terroriste. Il dessinait des bites. Et il se moquait avec autant de violence des curé et des rabbins. La Boutin qui se pavanait n’a pas dû voir les caricatures qui la concernait, ou sa très chère église.
    L’émotion auteur de ses assassinats a finalement gommé Charlie Hebdo et tout ce qu’il représentait pour lui substituer un succédané rose bonbon.
    Et si les gens vont se ruer sur le prochain numéro de Charlie, et si nombreux sont ceux qui se sont abonné en signe de soutien, je crois que la majorité sera choqué de ce qu’il verra et l’abonnement passera direct à la poubelle et ne sera pas renouvelé. En attendant, Charlie aura les moyens financiers de survivre, ce qui est déjà essentiel.
    van Hamme est un des seuls qui a déclaré qu’il détestait Hara Kiri et Charlie Hebdo, qu’il trouvait cela vulgaire et grossier. Mais que cela ne l’empêchait pas d’être choqué et scandalisé par l’attentat. Il est honnête.
    Lisa Mandel est une des rares à avoir fait un dessin (très drôle) dans l’esprit Charlie Hebdo. Pour le reste, grande union désunie autour d’un symbole dévoyé qui servira de prétexte à des mesures que Charlie Hebdo aurait vomies, et qui auraient même peut-être mis sa survie à mal.

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    • Répondu par Armine le 13 janvier 2015 à  14:03 :

      Vous avez oublié de citer Hermann, lapsus révélateur :)

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      • Répondu par Guerlain le 14 janvier 2015 à  10:34 :

        pas si révélateur que ça, j’aime beaucoup Hermann, en fait et il a tout-à-fait sa place dans la liste des finalistes:o)
        si, si
        surtout Bois-Maury

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    • Répondu le 13 janvier 2015 à  14:06 :

      pour info, les 3 finalistes du premier tour du scrutin sont Alan Moore, Katsuhiro Otomo et Alan Moore

      Pour info vous avez faux, les 3 finalistes du premier tour du scrutin sont dans l’ordre :
      1er : Katsuhiro Otomo
      2d : Hermann
      3e : Alan Moore

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    • Répondu par ReM4 le 13 janvier 2015 à  14:21 :

      Les dessinateurs ont voulu s’exprimer sur la liberté d’expression bafouée. Ils l’ont exprimé chacun à leur manière. Tous n’ont pas l’esprit Charlie Hebdo. Et tous n’aimaient pas forcément Charlie Hebdo. Le "Je suis Charlie", un peu agaçant à la longue, j’en conviens, évoquait bien plus qu’un journal satirique.

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  • En voilà une idée qu’elle est bonne !Oui Charlie Hebdo grand prix,et toutes les victimes artistes ou pas prix spéciaux.On salive d’avance de l’image,d’ailleurs le monde entier nous regarde,il s’agit d’enfoncer le clou. Pas de recul possible.

    Alors imaginez sur la même ligne,sur le même front irréductible : des dessinateurs athées grattes-papiers affûtés de la résistance à touts systèmes et symboles,des flics,des musulmans,des chrétiens ,des juifs- Aïe Bouddha exclu va faire du boudin,tant pis pour lui il fallait être de la fête- uni sous la même bannière.Chouette !

    C’est la poilade assurée ,les rires en rafales,dans la situation il ne faut pas se laisser abattre, jamais ,le festival international d’Angoulême ne peut pas passer à côté de ça,on va pas lui faire un dessin !

    Alors Charlie Hebdo grand prix une bonne idée ?Non une évidence madame.

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  • Désolé, mais pour moi, un Grand Prix pour un journal n’a aucun sens (et pourtant, je me sens vraiment Charlie par les temps qui courent !).
    Le grand prix a toujours "récompensé" un auteur ; en dehors de la polémique "Charlie Hebdo" est-il un magazine de bédé ?, cela n’aurait pas grand sens pour Angoulême de primer une ligne éditoriale... d’autant qu’on pourrait se demander si ce débat aurait eu lieu si les auteurs victimes avaient été ceux d’un journal "traditionnel"...
    Que le festival marque le coup, que des hommages soient rendus, qu’un prix spécial soit attribué... ok. Nous faire croire que Charlie est un grand auteur de bédé, non.

    La suite, c’est quoi ? La palme à Cannes ?

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  • Des millions de personnes dans la rue en résistance,le dernier numéro de Charlie Hebdo qui s’arrache dès l’aurore et dont le tirage est porté à cinq millions d’exemplaires,des menaces contre la rédaction du Canard Enchaîné où on leur promet d’hésiter entre la Kalashnikov de les découper à la hache pour leur faire la fête,l’apologie du terrorisme djihadiste dans la rue par quelques dangereux abrutis avec menaces très fermes contre des forces de police....Le message n’est pas assez clair pour les responsables du subventionné Festival International d’Angoulême ou c’est le coup de l’émotion qui les noue ?

    A moins que fidèle à leur ligne,il n’est pas question pour eux de faire populo !

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    • Répondu par Mikekafka le 14 janvier 2015 à  13:31 :

      Charlie Hebdo c’est la presse et non la BD ! Faire un hommage durant la cérémonie bien évidemment un prix Non !

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      • Répondu par La plume Occulte le 14 janvier 2015 à  15:54 :

        On est ici au-delà de ça non ? Bien au-delà même !

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    • Répondu par xav kord le 14 janvier 2015 à  17:19 :

      ...Et puis, peut-être est-il bon de rappeler sur ce forum que les victimes ne sont pas toutes des dessinateurs... On fait quoi des autres ? Un prix spécial du jury ?
      J’avoue ne pas comprendre le raisonnement développé par certains ici.

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      • Répondu le 14 janvier 2015 à  21:14 :

        Ça sera peut-être dur, en cas de Grand Prix décerné à un contemporain, pour cette personne de l’accepter et de s’en réjouir. Peut-être ne devrait-on remettre aucun Grand Prix cette année pour marquer dans les annales que cette année fut tragique ?

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        • Répondu par La plume occulte le 15 janvier 2015 à  00:12 :

          Tout ça est bien vu, mais préférer ne pas donner de grand prix cette année sous prétexte de marquer les annales ne serait-il pas un moyen détourné de se tirer d’embarras ou d’éluder la question ? Ce qui est d’ailleurs la définition même de faux-fuyant.Mais l’heure n’est pas aux tergiversations dans ce cas précis.

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      • Répondu par La plume occulte le 14 janvier 2015 à  23:55 :

        Précisément oui pour les autres (pour tous en fait dessinateurs ou pas) un prix spécial du jury.

        Il s’ agit de faire front commun avec diligence,de marquer le coup fermement et de façon unilatérale devant une chose devant laquelle aucuns atermoiements et faux-fuyants n’est négociable.

        Angoulême ne peut décemment pas passer à côté de ça.

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