Le Maître des crocodiles - Par J.-D. Pendanx et S. Piatzszek - Futuropolis

9 mai 2016 0
  • Récit d’une vengeance sourde, avec pour personnage principal un crocodile géant, dans l’ambiance moite de la jungle indonésienne.

En 2013, Stéphane Piatzszek et Jean-Denis Pendanx publiaient Tsunami qui se passait dix ans après le tsunami de 2004 qui a frappé l’Indonésie, et dans lequel un jeune homme recherche sa sœur aînée disparue. Dans ce récit, les morts étaient aussi importants que les vivants, avaient leur mot à dire, et ce polar initiatique accordait une place centrale aux rites vaudous.

Les deux auteurs se sont de nouveau associés pour livrer un récit assez proche. Le cadre géographique n’a que peu changé, puisque nous sommes toujours en Indonésie, mais dans les Îles Banyak, au large de Sumatra, et le fond du propos est le même : la place de ceux qui ne sont plus, l’importance des croyances magiques.

Le Maître des crocodiles - Par J.-D. Pendanx et S. Piatzszek - Futuropolis

L’histoire débute en 1984, quand Léo, sa femme Isabelle et leur ami Bernard, trois militants écologistes, débarquent dans les Îles Banyak pour tourner un documentaire montrant comment l’Homme se saborde lui-même en détruisant son environnement. Ces premières pages sont un peu démonstratives, limite pédagogiques, avec des développements sur la « Deep ecology », sur le « soi du monde […] qui pose que la réalisation de soi est un déploiement de l’identification de l’individu à la totalité des formes de vie ».

Puis on bascule très rapidement dans un autre registre quand Isabelle, enceinte, est dévorée, sous les yeux de son mari, par un crocodile géant. Léo et Bernard, avec l’aide des pêcheurs locaux, partent alors en chasse pour se venger de ce crocodile. Le combat est déséquilibré, et les deux amis n’arrivent qu’à percer un œil du reptile. Un lien étonnant se crée entre Léo et le crocodile, qui lui rend le corps sans vie de sa femme.

La seconde partie de l’album voit le retour au même endroit de Léo, trente ans après les faits. Pourquoi revient-il ? A priori pour jouer au capitaine Achab et pourchasser jusqu’à la folie son Moby Dick à lui, le crocodile borgne, désormais appelé « N’a-qu’un-oeil ». Mais en réalité, sa vengeance se révèle bien plus complexe… Le ton vire en réalité à l’ésotérique, avec des dialogues muets, mais puissants, entre hommes et crocodiles.

L’ensemble est très beau visuellement, et, même si l’on n’est pas forcément convaincu par le propos, on se laissera couler avec plaisir au fond de ces eaux indonésiennes par ce récit fluide, dont le point fort reste la couleur directe, parfaitement maîtrisée par Jean-Denis Pendanx.

(par Tristan MARTINE)

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