Le Malka des Lions - Le chat du Rabbin, n°2 - Sfar - Dargaud (Poisson Pilote)

3 février 2003 0 commentaire
  • Après avoir avalé un perroquet, le chat d'un rabbin a reçu son don: il cause. Et, sans doute parce qu'il n'est pas le chat de n'importe qui, il utilise la parole pour ergoter, débattre, contester, polémiquer, philosopher. Comme tous les chats, ils est amoureux de sa maîtresse (mais qui ne le serait pas?) et jaloux de ses soupirants.Mais ce n'est toujours qu'un chat. Bavard, d'accord, mais seulement un chat. Et il doit donc apprendre à garder la place que le créateur lui a indiquée. Sinon, il pourrait bien lui en cuire. Et justement, tenez...

Alger, une communauté juive du début du XXe siècle. Au centre de l’action, le chat du rabbin. Tordant, le chat : un squelette à oreilles, une dégaine de poubelle, un goût prononcé pour la discussion - c’est un chat parlant.

En l’occurrence, il raconte à Zlabya, sa maîtresse adorée (et fille du rabbin), la vérité sur le Malka des Lions - un cousin qui doit arriver prochainement, tout auréolé et légende. On le dit capable de dompter un lion, même les yeux fermés. La vérité, c’est qu’il a pour ami un vieux lion poussif avec lequel il a monté un numéro : le lion effraie le monde, le Malka arrive et arrange tout. Ce qui lui attire gloire et récompenses variées.

En attendant, le rabbin a un problème : le consistoire israélite de France exige de lui qu’il fasse une dictée. En effet, s’il veut être agréé rabbin officiel au lieu de " juste rabbin comme ça ", il doit écrire en français - pour faire la prière en hébreu à des Juifs qui parlent arabe, note le chat dans sa grande sagesse. Le chat est désolé : " Mon maître, qui aime tant les livres, est en train de louper sa dictée. " Ce qui le pousse, en désespoir de cause, à invoquer le nom de Dieu alors que c’est interdit. Résultat : il perd la parole, retrouve son statut de chat qui fait miaou, et le voilà incapable de donner son avis quand sa maîtresse adorée projette d’épouser un type qui ne lui plaît pas.

Heureusement, pour notre plus grand plaisir, il continue de penser : " Il va te prendre ta fille et tu seras vieux et elle sera enceinte et elle sera vieille et elle aura des enfants qui seront vieux et tout le monde mourra. "

C’est très triste, mais on note deux bonnes nouvelles : contre toute attente, le rabbin a réussi sa dictée - " le consistoire français il est très fier de vous " - et toute la smala reviendra bientôt dans l’Exode. Après La Bar-Mitsva, premier épisode encensé par la critique, Sfar nous donne encore une fois un chef-d’œuvre d’intelligence, d’humour et de tendresse - trois vertus qui s’expriment autant dans les dialogues, captivants et savoureux, que dans le dessin, merveilleux de finesse et de drôlerie. La préface de cet album est signée Fellag.

(par Patrick Albray)

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Un livre malin, futé, qui se déguste à petites lampées d’humour, de finesse, d’ironie, d’intelligence. Les textes de Sfar sont brillants, drôles, et ce second livre du chat du rabbin est une savoureuse plongée dans l’Algérie du début du siècle passé, avec son art de vivre, sa chaleur, son mélange de cultures, mais aussi son racisme et son intolérance. Sfar s’y amuse visiblement, jouant avec les mots comme il joue avec les images : tout en subtilité.

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