Le Musée Hergé rend hommage à Tchang, l’ami chinois d’Hergé et de Tintin

23 décembre 2009 6 commentaires
  • Tchang, vous connaissez : c’est le jeune ami chinois de Tintin. Les tintinophiles avérés savent qu’il a vraiment existé et qu’il était même un peintre et un sculpteur d’exception. Dans le cadre de Europalia Chine, le Musée Hergé expose en ce moment la rétrospective des œuvres d’un artiste qui influença profondément Hergé et, par conséquent, la BD européenne.

Écrivant au père Édouard Neut, Hergé parle de sa découverte de la culture chinoise grâce à Tchang, un jeune étudiant aux Beaux Arts de Bruxelles qui a exactement son âge : « C’est très très intéressant, aussi bien par la forme qui rappelle celle d’un poème, d’un chant, que par les aperçus qu’il donne sur la famille chinoise. Tout cela, joint à la collaboration de M. Chang, me permettra sans doute d’éviter beaucoup d’erreurs ou de maladresses de nature à blesser ou à indisposer les Chinois vivant en Belgique. Je pense surtout aux étudiants qui –Monsieur l’abbé Gosset, de Louvain, m’en a averti dès l’annonce du voyage de Tintin en Chine- sont souvent choqués par la façon superficielle, ironique et en tout cas incompréhensive dont on parle de ce pays… »

Le Musée Hergé rend hommage à Tchang, l'ami chinois d'Hergé et de Tintin
Hergé et Tchang en 1934. Ils ont l’un et l’autre 27 ans.
© Musée Hergé / Hergé et Moulinsart

C’est le premier effet de Tchang sur l’œuvre d’Hergé : il prend conscience de l’extraordinaire pouvoir de la bande dessinée, du média qu’elle constitue : « Depuis quelques temps déjà, en préparant mes histoires, j’ai été étonné de constater les idées fausses que j’avais, et que les lectures m’ont fait réviser. Je me découvre ainsi, petit à petit, une réelle sympathie et une réelle admiration pour ce peuple, et un vif désir de le comprendre et de l’aimer. »

Dessin de couverture pour le Petit Vingtième
© Musée Hergé / Hergé et Moulinsart

La missive date du 16 mai 1934. Tchang est déjà un artiste accompli, ayant fait de longues études artistiques, maître de son art. Il était venu à Bruxelles se perfectionner sur les conseils de sa tante. Né dans un milieu catholique à Shanghaï, il a 27 ans, le même âge qu’Hergé, quant à lui parfait autodidacte. Autant dire que l’auteur de Tintin est subjugué. Il trouve rapidement tout le parti qu’il peut tirer des conseils du jeune Chinois : cela fera de lui le chef de file de la bande dessinée franco-belge.

Le Chinois s’éclipse, la guerre les sépare. On sait avec quelle émotion il se retrouveront cinquante ans plus tard. Cet artiste extrêmement talentueux qui avait calligraphié à même les planches d’Hergé les symboles chinois dans Le Lotus bleu et sculpté l’une des statues qui décore la façade du Palais du Heyzel à Bruxelles et qui était retourné dans son pays vivant parfois des heures difficiles, notamment lors de la Révolution Culturelle, méritait que son œuvre soit confrontée au maître de Bruxelles.

Tchang dans son atelier. Les oeuvres exposées proviennent de la famille de Tchang.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Confrontées aux travaux de Tchang, les planches du Lotus bleu ont une nouvelle saveur
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)
Le Chinois apprend au Belge à domestiquer son trait. Le Lotus bleu fait l’objet d’une recherche documentaire minutieuse. Une révolution dans l’histoire de la BD.
Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Cette confrontation-là, absolument merveilleuse, le Musée Hergé la propose à ses visiteurs jusque mi-février 2010. Ceux qui en ont l’occasion pourront aussi admirer le buste d’Hergé par Tchang, haut d’1m20, qui se situe à Angoulême dans la rue qui porte le nom du Bruxellois.

On découvrira avec plaisir les traductions françaises des calligrammes dessinés par Tchang. Il y a parfois des sentences d’une fine sagesse. Dans le cliché du bas, le calligramme à gauche est la propre signature de Tchang.
© Musée Hergé / Hergé et Moulinsart. Photo : D. Pasamonik (L’Agence BD)

Les deux artistes ont disparu, mais ils continuent à dialoguer ensemble. On les écoute volontiers dans le recueillement.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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Jusqu’au 14.02.2010
Hergé Museum
Rue du Labrador 26
B-1348 Louvain-la-Neuve

Ma › di 10:00 - 18:00
Fermé les 25.12.2009 et 1er janvier 2010.
Le site du musée

 
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6 Messages :
  • La rencontre de Hergé avec Tchang fut en quelque sorte son dépucelage artistique, socio-culturel et politique. Ce choc intime est à la base d’un des meilleurs Tintin qui soit. Hergé ne s’est pas seulement affranchi d’une laborieuse et pesante éducation catholique d’extrême-droite, xénophobe et paternaliste pour les non-belges. Il a aussi appris à composer une histoire en l’étayant sur la réalité. Quant à son noir et blanc de l’époque, il est si magnifique qu’il rendait la couleur superflue.

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  • Oui, c’est une très belle expo, comme on espère en voir souvent (et longtemps) au Musée Hergé ! Moi qui ai eu la chance d’approcher ces deux artistes, j’ai apprécié de les retrouver, par delà leurs différences et leurs trajets si éloignés, réunis dans cet espace pour cet hommage. Merci à Didier d’y faire ici, même un peu tardivement, référence, en espérant que certains trouveront le temps d’aller à Louvain La Neuve avant la fin de l’expo ouverte depuis octobre.

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  • Et n’oubliez pas la (re)lecture de l’excellent livre de
    Jean Michel Coblence et de la fille de Tchang sur le sujet aux Editions Moulinsart, honteusement oublié dans le hors série du Monde sur Tintin ...

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    • Répondu par Oncle Francois le 24 décembre 2009 à  20:38 :

      C’est fou ce qu’il y a comme Oncle et comme Tonton ces temps-ci sur actuaBD (leader de l’info BD francobelge !) !! mais après tout, il vaut mieux être un tonton qu’un lascar ou un keum dans la vie en général...

      Un livre VRAIMENT intéressant chez Moulinsart ??? Pouvez vous en donner le titre SVP ? Et un petit résumé ? Tintinophile convaincu, je dois dire que j’ai arreté de suivre l’activité éditoriale de cette société, compte tenu d’une politique peu chaleureuse, et des excès de son dirigeant....

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  • Personne ne semble avoir connaissance de l’interview donnée par Hergé à deux journalistes hollandais dans les années ’70. Il y avoue s’être fait "berner" par les chinois rencontrés à l’époque. Le tout fut publié sous le titre "Tintin in Congo" et reste méconnu des meilleurs spécialistes !

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    • Répondu le 25 décembre 2009 à  20:07 :

      Cher Carbo,
      Avez-vous les références de cet interview ? Ca me semble très intéressant.

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