"Le Pacte de la mer" : le manga de Satoshi Kon que Jean-Pierre Dionnet faillit adapter au cinéma

1er novembre 2017 0 commentaire
  • Première série longue de Satoshi Kon, "Le Pacte de la mer" met en scène l'opposition entre tradition et modernité, entre enjeux financiers et culturels, entre onirisme maritime et pragmatisme terre-à-terre. À travers un village qui oscille entre culte rendu aux sirènes et développement d'un complexe touristique de masse.

Ce n’est pas à proprement parler une nouveauté. Le Pacte de la mer fut édité en 2004 par Casterman sous le titre Kaikisen. Mais publié originellement chez Kodansha en 1990, ce manga revient à présent chez Pika, partenaire français privilégié de l’éditeur japonais (nous vous en parlions déjà ici, et ). Et voilà la superbe collection "Pika Graphic" qui s’enrichit d’un nouveau titre fameux, Satoshi Kon y revenant après Fossiles de rêves, son recueil de nouvelles.

"Le Pacte de la mer" : le manga de Satoshi Kon que Jean-Pierre Dionnet faillit adapter au cinéma
Le père de Yosuke, expliquant la légende qui lie sa famille à la mer
SHINSOBAN KAIKISEN © Kon’stone, Inc.
Les prémisses du complexe immobilier, déjà en train de modifier le paysage
© Kon’stone, Inc.

Depuis des siècles, dans un petit village de pêcheurs, une dynastie de prêtres honore un pacte sacré passé entre un de ses ancêtres et une sirène. La légende veut que la famille veille pendant soixante ans sur un œuf que lui confie la fabuleuse créature marine, jusqu’à son éclosion, libérant le nouveau-né dans la mer. En échange, la sirène assure la prospérité du village à travers des pêches abondantes.

Mais la modernité rattrape les cultures traditionnelles et un projet de promotion immobilière de grande ampleur gagne la bourgade. Et le sanctuaire marin où la cérémonie doit bientôt se tenir se voit menacé par de travaux en vue de construire une marina et un complexe touristique.

C’est dans ce contexte que Yosuke, dernier héritier des prêtres en charge du rituel, doit prendre position et confronter ce qu’il a toujours pris pour des superstitions à la réalité de nouvelles expériences.

Le rituel quotidien à mener auprès de l’oeuf de sirène
SHINSOBAN KAIKISEN © Kon’stone, Inc.
Quand le mythe fait irruption dans le réel
© Kon’stone, Inc.

Puissant et poétique, Le Pacte de la mer a tout d’un grand récit. Reposant sur des tensions claires sans être manichéennes, cette histoire se déroule tambour battant en déployant un imaginaire marin fascinant, tour à tour enchanteur et inquiétant. Installé sur le rivage, le lecteur se trouve comme les personnages, entre deux lieux, entre deux moments.

Entre l’enfance et l’âge adulte ou entre des choix d’existence divergents pour notre héros et ses proches. Ou encore entre des modes de vie différents, entre tradition et modernité, entre la foi et le pragmatisme, entre le confort du présent et les mystères du passé pour les habitants du village. À savoir s’il faut plonger dans la mer ou rester au bord de l’eau. À moins que soudainement, violemment, la mer ne vienne à nous.

Confusion entre une sirène et l’amie d’enfance du héros ! Une jeune femme qui s’est elle déjà jetée à l’eau...
SHINSOBAN KAIKISEN © Kon’stone, Inc.

On comprend pourquoi Jean-Pierre Dionnet, qui signe la préface de cette édition, ait souhaité, comme il le raconte, adapter ce volume au cinéma avec Marc Caro (La Cité des Enfants Perdus). Ayant obtenu un accord immédiat de Satoshi Kon, gracieusement qui plus est, les deux compères ne purent malheureusement pas mener à bien ce projet, dont ils voulaient déplacer l’intrigue à l’Angleterre qui partage avec le Japon la même fascination insulaire pour la mer.

Dommage, mais l’on peut se consoler en allant (re)découvrir cette merveilleuse aventure dans cette nouvelle édition, complétée par une postface de Satoshi Kon lui-même.

Le rivage, métaphore du seuil au sein de l’existence
SHINSOBAN KAIKISEN © Kon’stone, Inc.

(par Aurélien Pigeat)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

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Le Pacte de la mer. Par Satoshi Kon. Traduction Aurélien Estager. Préface de Jean-Pierre Dionnet. Pika, collection "Pika Graphic". Sortie le 13 septembre 2017. 224 pages. 15 euros.

Lire la chronique de Fossiles de rêves de Satoshi Kon

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