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Le Paris Manga Sci-Fi Show : le revers d’un triomphe

  • Ce week-end se tenait le premier événement français d'ampleur dédié à la pop culture, surtout nippone, en l'absence d'une Japan Expo annulée deux années de suite à cause de la Covid-19. ActuaBD était présent sur le salon faisant la part belle aux éditeurs et aux auteurs, de mangas bien sûr, de comics, de beaux-livres, de goodies ou encore de cosplay. Mais, victime de son succès, l'entrée dans le salon, de même que la circulation à l'intérieur de l'événement est devenue vite laborieuse, les embouteillages s'accumulant dans les allées. Les visiteurs, parfois dégoûtés, en arrivaient à rebrousser chemin, avec une certaine colère. Ce qui devait être un triomphe, à l'instar d'un marché du manga actuellement en plein boom, s'est retourné contre les organisateurs. Une mésaventure qui pourrait se reproduire à Angoulême ?

Attendue, l’édition 2021 du Paris Manga Sci-Fi Show était doublement chargée, tant dans son choix d’activités qui s’étalaient seulement sur deux jours de 11h à 19h que par l’afflux de visiteurs, qui excédaient largement les capacités d’accueil, intérieures comme extérieures, de l’événement.

Bien sûr, c’était toujours un bonheur pour tous les otakus et autres geeks réunis de se retrouver à se promener, après deux années de sevrage, entre les stands, les tables de dédicaces, jeux et autres spectacles conçus pour l’événement.

Des activités variées qui apportent un vrai rafraîchissement en temps de pandémie

On a ainsi pu retrouver les stands de mangas, où une majorité de petits éditeurs indépendants qui comptent sur ces ventes directes, entouraient le stand de Ki-oon disposé juste à l’entrée, seul "grand" éditeur réellement présent. Tout autour gravitaient de nombreuses boutiques, démontrant tout le savoir-faire et la créativité que suscite la pop culture : affiches, bijoux, vêtements, déguisements, décorations ou encore objets para-BD, dont des figurines qui, pour certaines, se monnaient à plus de 200 €.

Le Paris Manga Sci-Fi Show : le revers d'un triomphe
Dans certaines allées, on ne pouvait plus bouger.
Photo : Auxence Delion
Photo : Auxence Delion
Photo : Auxence Delion
Certaines figurines valent plusieurs centaines d’euros.
Crédits : Auxence Delion

Plusieurs associations et fanzines se joignaient à eux, ainsi que des acteurs de série et des petites stars du web. Au coin des auteurs venus présenter et dédicacer leur travail, on trouvait avant tout des auteurs de comics, mais aussi des auteurs de mangas français qu’ActuaBD a pu interviewer (nous y reviendrons dans les prochaines semaines).

Photo : Auxence Delion

On y retrouvait, comme naguère, les traditionnelles animations qui ont ravi d’aise les chanceuses et les chanceux qui ont pu se frayer un chemin à l’intérieur : concerts de musique, une scène Just Dance, un grand quizz de pop culture organisé sur Kahoot, un espace avec des voitures célèbres (Retour vers le futur, Harry Potter, James Bond, Transformers...), des cours d’arts martiaux, du retro gaming, du combat de sabres laser, et des conférences organisées par des stars du petit écran (Tom Welling/Kristin Kreuk de Smallville, Jean-Robert Lombard de Kaamelott...) !

Photo : Auxence Delion
Photo : Auxence Delion
Photo : Auxence Delion
Photo : Auxence Delion

Souvent le clou du spectacle venait des visiteurs eux-mêmes avec des cosplays pop à souhait : Spider-Man, les membres de l’Akatsuki de Naruto ou encore Batman et des elfes arpentaient le festival, prêts à se faire photographier, et pour les plus compétitifs, à rejoindre la 4e Coupe de France de Cosplay organisée le samedi à 14h.

Le cosplay reste l’attraction-reine.
Photo : Auxence Delion

Une édition à flux tendu alimentée par une vague sans précédent du manga en France

Toutes ces réjouissances ne sauraient faire oublier le micmac de cette édition : les visiteurs n’arrivaient pas à circuler (nous avons attendu 15 minutes dans une même allée sans pouvoir bouger dans un sens ou dans l’autre ce qui, du seul point de vue de la sécurité, pose question) et bon nombre des festivaliers, venus le samedi, ont dû repartir bredouille munis de leur ticket à 16 € !

À l’extérieur, les organisateurs fermèrent les grilles du Parc des expositions de la Porte de Versailles en début d’après-midi, proposant aux déçus de revenir le lendemain avec le même ticket ou de se voir rembourser la totalité en cas d’impossibilité de revenir le dimanche. Ce qui ne suffit pas pour calmer les fans...

La faute est semble-t-elle attribuable à un report de validité des tickets de l’édition 2020, qui sont venus se mêler aux tickets 2021 vendus sans numerus closus. Si la gourmandise des organisateurs peut être questionnée, il reste facile d’accuser le Paris Manga Sci-Fi Show qui ne peut pas non plus assumer l’absence de la Japan Expo, qui elle accueille 250 000 visiteurs en moyenne (soit 100 000 de plus) et dure deux fois plus longtemps.

Un nouvel « âge d’or » du manga devenu incontrôlable ?

Mais les explications de cette surpopulation du Paris Manga s’appuient sur un phénomène bien plus large : les ventes du manga explosent en ce moment partout dans l’Hexagone, représentant, et c’est une première, plus de 50% des ventes de BD en France à l’heure actuelle. 28,9 millions de mangas se sont vendus cette année, soit 7 millions de plus que l’année passée, éclipsant totalement l’offre de franco-belge. « C’est simple, nous dit un éditeur, les éditeurs de BD qui n’ont pas de mangas au catalogue n’apparaissent plus dans les radars... » On parle d’un nouvel âge d’or, le premier ayant eu lieu au début des années 2000, époque où le nombre d’éditeurs manga a grimpé en flèche, d’après Stéphane Ferrand, directeur éditorial de Vega-Dupuis.

Source : GFK et enquête BFMTV

Si certains mangas terminés à très fort succès (Naruto, Berserk...) se voient réimprimés, d’autres titres arrivent sur le marché et renouvellent une offre qui parle énormément à un public jeune (Demon Slayer, L’Attaque des Titans, Kaiju n°8 (le premier tome a dépassé les 250 000 ventes), Jujutsu Kaisen...). Même des mangas plus "atypiques", édités par exemple par FLBLB (deux rééditions récentes d’Osamu Tezuka, le "Dieu du manga") ou Le Lézard Noir (La Cantine de minuit), ou encore les romans graphiques de Jiro Taniguchi (son Sommet des Dieux récemment porté au cinéma par le Français Patrick Imbert), se vendent comme des petits pains en librairies françaises, qui n’arrivent plus à suivre le rythme des réimpressions, notamment en raison d’une pénurie de papier.

Photo : Auxence Delion

Des causes plurielles peuvent être avancées : la multiplication de l’offre de streaming tant généraliste (Netflix, Disney+, OCS...) que spécialisée en anime (Crunchyroll, Wakanim...) qui fait découvrir de nouveaux univers aux spectateurs, qui s’intéresseront ensuite à la version papier ; un grand nombre d’influenceurs qui assurent le même rôle que les libraires, permettant un bouche-à-oreille à grande échelle qui favorise les titres peu connus auparavant ; le Passe Culture (bien que le fondateur de Ki-oon, Ahmed Agne, précise que le manga était déjà en forte croissance bien avant son arrivée) ; ou encore et toujours la nostalgie, et le besoin de dépaysement et de fantaisie, dans une période particulièrement maussade, teintée de Covid, de crise économique et écologique... et qui fait que Goldorak ou Albator, héros de nos enfances, retrouvent une seconde jeunesse sur les étals et les écrans.

Quelle sera la suite des opérations ?

Une page se tourne pour 2021, avec la fin de ce Paris Manga Sci-Fi Show, magique pour certains, décevant pour d’autres, mais qui nous confirme que la « bulle manga » n’est pas près de dégonfler, et devra partager l’affiche alors que débarque en trombe la pop culture coréenne, jouissant elle aussi d’une grande puissance de feu : k-pop, manhwas, webtoons, etc. La France, on le sait depuis septembre, est un terrain de chasse pour la KOCCA (Korea Creative Content Agency).

Le prochain grand rendez-vous du 9e art en ligne de mire est donc le festival d’Angoulême, du 27 au 30 janvier 2022, où le secteur Asie a doublé en quelques années, qui sera l’occasion de faire le bilan de cette évolution rapide du marché de la BD. Croisons les doigts pour que les rencontres angoumoisines soient prêtes en cas de raz-de-marée humain, et qu’une réflexion profonde soient menée sur l’avenir de la production franco-belge, surtout auprès des jeunes lecteurs.

(par Auxence DELION)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

 
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2 Messages :
  • Le Paris Manga Sci-Fi Show : le revers d’un triomphe
    10 novembre 12:10, par Rocci Céline

    Je vous trouve bien gentils avec les organisateurs de la PM. Ils auraient très bien pu limiter le nombre de places vendues sur internet, imposer un jour d’entrée pour les billets à 16 euros (pas de date pour le mien, je pouvais venir le samedi ou le dimanche). Ils pouvaient prendre un hall plus grand, donner des accès à plus de toilettes (un seul endroit pour des dizaines de milliers de personnes !), proposer plus de stands de restauration (un seul Paul !). Ils pouvaient fouiller les sacs à l’entrée, ne pas fermer avec des cadenas les issues de secours, organiser le flux à l’extérieur, avoir plus de personnel pour guider, répondre aux questions des internautes dès le matin pour mieux organiser leur venue au salon...Ils ont fait tant d’erreurs qu’ils ne sont pas excusables. Tout ça pour l’appât du gain ! Je n’ai pas voulu repartir car mes enfants auraient été trop déçus et nous avons eu la chance d’entrer au bout d’une heure mais ce qui est arrivé est inacceptable ! Et maintenant, ils censurent les avis négatifs ! J’espère que vous ne ferez pas de même.

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    • Répondu par Milles Sabords le 11 novembre à  06:14 :

      La production franco-belge est mal partie et ce festival en est l’illustration la plus flagrante. Coincée entre des romans-graphiques onéreux mais dont le prix assure une marge plus large qu’un album classique, et la rentabilité imparable du manga/manwha (et encore, nous sommes à l’aube d’une production Chinoise...), l’édition française n’est pas prête à revoir sa feuille de route. Dans un avenir proche, ne subsistera plus qu’une frange de la production francophone : ceux qui vendent le mieux et le plus. Pour le reste de la profession, soit les gens abandonneront le métier, soit ils feront de l’auto-édition, mais seront encore plus pauvres que lorsqu’ils étaient publiés.

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