Le Pas de la Manu - Par Baptiste Deyrail - Actes Sud/l’AN2

10 décembre 2020 4
  • Ils fabriquent des armes, mais ils chapardent aussi des pièces pour leurs bricolages personnels. Plongée dans la brume et la pénombre dans une usine d'un autre temps.

Il fait comme les autres, Jean. Il perruque. En clair, il vole des pièces dans les ateliers pour se fabriquer des babioles à domicile. Cela se passe à Saint-Etienne, à la Manufacture des armes, plus grande usine du genre en France. On y construit aussi des vélos d’ailleurs.

Chaque jour, le rituel recommence, entre la pointeuse des matins froids et les discussions sur les mérites respectifs du fusil machin et du char truc. On y débine les chefs d’atelier et, parfois même, on désespère de constater qu’on fabrique à la fois des armes lourdes en même temps que leur parade au combat. Absurde non ?

Tout est gris, ou noir, dans les pages impressionnantes de Baptiste Deyrail, lui-même issu de la région stéphanoise. Avec une grande précision, il tire les fils d’une intrigue à laquelle seule la conclusion donne un peu d’air. Pour cela, il utilise la technique du monotype sur zinc, une forme de gravure qui donne du poids aux couleurs sombres, et de l’épaisseur aux scènes. On naviguerait presque entre néo-réalisme et cinéma expressionniste allemand. Il en ressort une atmosphère souvent oppressante mais aussi pas mal de poésie, surtout dans les paysages de nuit.

Avec sa forme singulière et ce noir et blanc affirmé, Le Pas de la Manu (en jargon stéphanois, cela veut dire "sans se presser") dévoile un pan d’histoire industrielle de la France en rendant hommage également à ces ouvriers qualifiés dont la mémoire s’est dissoute dans les brumes des anciennes mines de charbon.

Le Pas de la Manu - Par Baptiste Deyrail - Actes Sud/l'AN2

(par David TAUGIS)

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4 Messages :
  • Le Pas de la Manu - Par Baptiste Deyrail - Actes Sud/l’AN2
    31 décembre 2020 17:43, par Reymond

    La teneur de cette BD, est un outrage à l’histoire de la MAS. Son auteur a sans doute été renseigné par des malhonnêtes. Je ne remets pas en cause la perruque qui se pratique dans toutes les industries, mais il ne faut pas faire d’une exception, une généralité. La manufacture a été à la pointe des technologies mécaniques, électroniques, optiques et composites pendant de nombreuses années.
    A Reymond (ancien apprenti, ouvrier, technicien, de la Mas pendant 44 ans)

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    • Répondu le 1er janvier à  07:40 :

      Typiquement le style de dessin qui alourdit l’atmosphère de l’album et apporte une vision sombre du monde ouvrier. Pas beau, trop bobo.

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      • Répondu le 3 janvier à  11:56 :

        Bobo, le qualificatif mis à toutes les sauces. Tellement qu’il ne veut plus rien dire.

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        • Répondu par Onomatopée le 3 janvier à  20:45 :

          Si, bobo = roman-graphique, bd alternative, ou l’art brut en bd...

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