Le Pays des cerisiers - Fumiyo Kouno - Kana

8 mai 2006 0 commentaire
  • Y a-t-il une vie après la catastrophe? C'est la question que pose ce bel album qui raconte la vie d'une famille d'Hiroshima.

Évidemment, un titre vient immédiatemment à l’esprit si l’on pense à manga et à bombe atomique, celui de Gen d’Hiroshima, la série de Keiji Nakazawa actuellement cours de publication chez Vertige Graphic. Mais là où Nakazawa s’inspirait de sa vie et de celle de sa famille pour nous faire partager l’horreur de la bombe, Fumiyo Kouno, une mangaka née en 1964 à Hiroshima même, fait œuvre de fiction. Une autre différence avec Gen, qui débutait juste avant l’arrivée de la bombe pour ensuite montrer la survie des habitants de la ville, réside dans la chronologie de l’album, découpé en trois parties : il commence en 1955, pour se poursuivre sur plusieurs décennies et plusieurs générations.

HIRANO Minami est une jeune femme qui, comme beaucoup, a perdu plusieurs membres de sa famille à cause de la bombe atomique. Dans la ville reconstruite de 1955, elle vit assez pauvrement de son métier de couturière, en compagnie de sa mère, son jeune frère ayant été envoyé chez leur tante. Cette première partie de l’album décrit la vie quotidienne de Minami, le début d’une relation amoureuse, et au milieu de cette vie en apparence tranquille, les blessures cachées de la population et de la ville. Petit à petit apparaissent au grand jour les conséquences encore fatales de l’irradiation.
La deuxième partie de l’album se déroule trente ans plus tard et se concentre sur Nanami, une petite fille dont la relation de parentée avec Minami sera révélée au fur et à mesure. Enfin, la troisième partie, qui se déroule de nos jours (le manga a été publié en 2003 au Japon), permet de retrouver dans une Hiroshima qui se méfie des hibakusha, les victimes de la bombe et leurs descendants, une Nanami devenue adulte, qui se retourne sur cinquante ans de vie familiale marquée par les effets de la bombe.

L’auteure réussit ici un album aussi admirable que délicat. Par son trait fin et ses visages simples et expressifs, elle crée une atmosphère tranquille et pleine de vie, qui rend d’autant plus frappantes les émergences des conséquences de la bombe. Les personnages ne sont pas des héros, ni simplement des victimes, mais des gens qui vivent plus ou moins bien sous l’ombre portée de ce qui reste de nos jours comme un sujet de controverse : la bombe atomique a-t-elle sauvé des vies en précipitant la reddition japonaise ? Pas plus que les populations de Dresde ou de Hambourg, celles de Hiroshima ou de Nagasaki n’ont eu leur mot à dire sur les stratégies guerrières qui ont amené leur destruction. Les bombardements atomiques, eux, ont continué à tuer et à faire souffrir des civils jusqu’à nos jours, ce que montre de façon intelligente et humaine Le Pays des Cerisiers.

(par François Peneaud)

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