Le Plongeon - Par Séverine Vidal & Victor L. Pinel - Éditions Grand Angle/Bamboo

28 décembre 2020 0 commentaire
  • Après avoir été longtemps réduits à des seconds rôles, de plus en plus de "vieux" deviennent héros de bande dessinée. Le plongeon confirme cette nouvelle tendance éditoriale.

Après la mort de son mari, Yvonne est obligée de quitter la maison où ses enfants ont grandi, pour rejoindre un EHPAD et entamer le douloureux apprentissage de la vie en collectivité. Plutôt provocatrice, elle éprouve d’abord des difficultés à s’intégrer au sein de cette nouvelle communauté. Chaque pensionnaire y apparait résigné, replié derrière une personnalité forte, bornée voire complètement décalée. Au fur et à mesure, le petit groupe révèlera des capacités à résister à la fuite du temps par un esprit rebelle toujours intact, une bonne dose d’humour et surtout une furieuse envie de vivre ...jusqu’au bout !

Le Plongeon - Par Séverine Vidal & Victor L. Pinel - Éditions Grand Angle/Bamboo
© Séverine Vidal & Victor L. Pinel - éd Grand Angle/Bamboo

Les lecteurs de L’Obsolescence programmée de nos sentiments de Zidrou et Aimée de Jongh ou de l’excellent Rides de Paco Roca auront certes le sentiment de replonger. Si le pitch ne brille pas par son originalité, on appréciera le ton et la sensibilité du récit de Séverine Vidal. Venue de la littérature jeunesse et forte d’une expérience d’ateliers d’écriture en EHPAD, la scénariste connaît bien son sujet, sa description du cadre du récit et le portrait de ses personnages sonnent particulièrement juste. Une bonne touche de fantaisie et d’humour, parfois un peu caustique rend cette chronique attachante et séduisante.

© Séverine Vidal & Victor L. Pinel - éd. Grand Angle/Bambon

Le style semi réaliste fortement enrichi d’une mise en couleur sobre mais efficace de Victor L. Pinel contribue à mettre en valeur la narration de cet album.

Déjà remarqué par son précédent livre, Puisqu’il faut des hommes sur un scénario de Philippe Pelaez paru chez le même éditeur, le dessinateur confirme les qualités d’un graphisme très maîtrisé, sans céder à un esthétisme facile. La représentation de la déchéance physique, du vieillissement ou de la solitude sont traités avec justesse et sensibilité. Les gris colorés associés aux tons sépia soulignent avec sincérité le caractère nostalgique et crépusculaire de cette histoire de fin de vie. Signalons également la performance graphique et symbolique d’une couverture particulièrement réussie en écho au propos sous-jacent de l’album.

Les vieux font-ils vendre ? On serait en droit de le croire au regard des albums publiés ces dernières années. De la réussite naguère d’une Carmen Cru (de Lelong – Editions Audie) à l’incroyable succès des Vieux Fourneaux (Lupano et Cauuet -Dargaud) la vieillesse a bien investi le terrain des bulles. Tantôt faire valoir plus ou moins sympathiques, à l’image d’un grand Schroumpf ou insupportable comme l’odieux Pervers Pépère de Gotlib ou tantôt irrésistibles comme les Bidochons, les vieux s’illustrent dans tous les genres !

Rabaté, un des premiers à casser l’image traditionnelle.

Dans une veine réaliste Christin et Bilal nous avaient déjà décrits, en leur temps, dans les Phalanges de l’Ordre Noir (Dargaud) le combat pathétique de vétérans de la guerre d’Espagne. Une illustration radicale de la ruine des idéologies du XXème siècle. Un peu plus tard, c’est Pascal Rabaté, qui s’attaquait à donner une image plus rock ‘n roll et plus sexuelle du troisième âge dans ses célèbres petits ruisseaux. Avec l’arrivée de l’autofiction et du roman graphique, un registre plus intimiste est alors exploré par plusieurs auteurs . Solitude, Alzheimer, déprime, abandon...aucun aspect du vieillissement n’est désormais négligé ou ignoré. De Prado (Proies faciles chez Rue de Sèvres) à De Crécy (Léon la Came – Casterman) ou plus récemment avec Duhamel (Contact JamaisGrand Angle Bamboo ) ou Ducoudray ( Lucienne ou les millionnaires de la Rondière, chez le même éditeur ) le sujet est abordé sous les angles les plus inattendus ou provocateurs.

Le regard sans indulgence de J.Farmer sur la vieillesse de ses parents.

Entre l’humour bon enfant d’un Shelton avec la série Ben ou la description implacable et sans concession d’une Joyce Farmer dans Sortie de secours (Delcourt) l’éventail des possibilités est de plus en plus ouvert.
Le vieillissement du lectorat, la situation de nos ainés révélés par la récente crise sanitaire, le marché que représente cette génération aux cheveux blancs ; tous ces facteurs justifient, en partie ce choix éditorial. Nul doute, qu’un brillant universitaire ne produise un ouvrage sur le sujet avant d’entamer une tournée de promotion dans les EPHAD et ...accessoirement dans les librairies !

Les Vieux Fourneaux, bien décidés à avoir le dernier mot !

(par Patrice Gentilhomme)

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