Le Roi des mouches - T1 : Hallorave - Par Mezzo et Pirus - Albin Michel

16 janvier 2005 0 commentaire
  • Sous une couverture d'une sobriété exemplaire, Mezzo et Pirus nous proposent une sombre virée à la fois réaliste et décalée, une vision entomologique des rapports humains.

En une dizaine de courts chapitres mettant en scène plusieurs personnages dont on découvre petit à petit les relations, ce premier tome du Roi des Mouches dissèque les vies d’habitants d’une petite ville, perdus dans leur routine quotidienne et leurs fantasmes minables.

Le dessin à la fois réaliste et stylisé de Mezzo, qui campe parfaitement les individualités de chaque personnage, métamorphose complètement le réel, et son utilisation intensive de cases montrant les personnages de face (comme sur de vieilles photos où poseraient des être humains d’un autre siècle) ou tournés vers le lecteur donne à celui-ci l’impression d’être un anthropologue étudiant une tribu aux moeurs étrangères. La narration à la première personne, alliée à une très faible présence de dialogues, augmente l’impression de mise à distance. Ses rapports avec le dessin, qui assume son rôle surtout illustratif, donnent un côté légèrement suranné, intemporel, à l’album. Les quelques échappées fantasmagoriques dans la tête des personnages ne font rien pour rassurer le lecteur, et l’impression de lire le résultat d’une rencontre entre le Black Hole de Charles Burns et le Blue Velvet de David Lynch frappera sans aucun doute les amateurs des univers de ces deux créateurs.

Cette étrange inquiétude qui s’empare du lecteur dès les premières pages persiste tout au long de l’album, et la trouble fascination ressentie ne sera pas oubliée de sitôt.

(par François Peneaud)

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