Le Spirou de Frank et Zidrou

25 décembre 2016 0 commentaire
  • Les éditions Dupuis ont eu la bonne idée de proposer à des auteurs de réinterpréter à leur façon le personnage emblématique de la maison, un vieillard de près de 80 ans nommé Spirou. Une manière astucieuse de lui donner une éternelle jeunesse. Et, parmi les expériences les plus attendues dans ce périlleux travail d'appropriation créative, figure celle de deux auteurs phares de la génération actuelle, Frank et Zidrou : "La lumière de Bornéo".

"Le Spirou de...", série parallèle des aventures officielles du groom créé par Rob-Vel, a connu quelques pépites, dont le magistral Emile Bravo ou le somptueux Schwartz et Yann. Quelques titres, euh... bizarres aussi, dont un Trondheim et Parme qu’on aurait dit sorti tout droit des studios Hanna-Barbera fin des fifties, ou le dynamique, mais iconoclaste, Feroumont.

Le Spirou de Frank et Zidrou

"La lumière de Bornéo" marie, l’espace d’un album, deux créateurs en pleine maîtrise de leur talent. Un Zidrou qui éclate véritablement depuis quelques années avec des scénarios forts, émouvants, voire dérangeants, complètant la palette humoristique qui lui a valu le succès en bande dessinée et au cinéma (Ducobu, Tamara). Et un Frank dont on ne peut qu’admirer la cohérence d’une œuvre rare, mais tellement unique et tellement personnelle, totalement dévouée à la nature. Son triptyque "Zoo" figure parmi les véritables bijoux de la collection "Aire Libre", et l’on redécouvrira avec plaisir sa première série "Broussaille", dans une belle intégrale qui vient de lui être consacrée.

Un scénario taillé sur mesure pour cet immense dessinateur animalier qu’est Frank Pé

Dès la couverture de l’album, l’univers de Frank est présent. Bruxelles, décor de "La nuit du chat", ainsi que des animaux à l’incroyable puissance physique et graphique. Zidrou, intelligemment, a écrit un scénario qui colle comme une seconde peau à celui qui a succédé à René Hausman comme chantre de la nature dans le magazine "Spirou". La séquence d’introduction se déroule en pleine jungle, dans une scène où la maîtrise du studio Cerise dans la représentation de la lumière fait merveille. En droite ligne du coloriste initial, Topaze (Broussaille) et, bien sûr, de Frank lorsqu’il se charge lui-même de la mise en couleurs de ses dessins. Puis, après une scène-choc (le meurtre d’un enfant et de son père photographe par des braconniers), retour en Europe.

Que faire lorsqu’on n’est plus un héros octogénaire ? Spirou, au début de l’album, envisage des options très... Zidrouesques.

Frank et Zidrou intègrent Spirou dans la modernité. La rédaction du "Moustique" n’est plus dans le vieux bâtiment poussiéreux des éditions Dupuis, mais dans une construction futuriste bâtie en plein milieu d’un vieux quartier qu’on devine saccagé pour lui céder la place. C’est une jeune femme dynamique qui est devenue rédactrice en chef. Fantasio est sous son charme manipulateur. Et le journal est désormais inféodé aux lois de la rentabilité et aux diktats des annonceurs publicitaires. Un article ayant été censuré, Spirou démissionne avec fracas et décide de se lancer dans la peinture. Justement, tiens... dans une galerie dédiée à un peintre narcissique, arrivent des toiles immenses et époustouflantes de maestria, envoyées par un inconnu.

Le grand retour de Noé, fabuleux personnage créé par Franquin.

Pendant ce temps, un cirque s’est installé en ville. On y retrouve l’une des plus adorables créations de Franquin, le dompteur Noé ("Bravo les Brothers"), qui se trouve face à pire qu’un lion en fureur, une ado... sa propre fille, issue d’une relation éphémère avec une femme dont le décès l’oblige à assumer son devoir de père.

Pendant ce temps encore, à Champignac, un champignon noir envahit toute la campagne et menace de pourrir la planète entière.

Les éléments sont posés. Plusieurs intrigues parallèles d’une histoire complexe (dont on ne vous a révélé que quelques-uns des ingrédients) qui revisite la série avec le retour de personnages secondaires particulièrement marquants, et dont tous les éléments vont converger vers une finale en apothéose. Un album grandiose, qui se positionne dans le trio de tête de la série "Le Spirou de...".

Une édition de luxe "making of"
Vu la richesse des couleurs de "La lumière de Bornéo", on pourrait considérer comme un véritable blasphème l’édition de luxe que publient, en parallèle, les éditions Dupuis. Car elle reprend les planches de Frank... en noir et blanc.



L’objet est imposant. Très grand format. À droite, la reproduction des planches originales. En vis-à-vis, le matériel graphique qui a permis leur élaboration. Au fil des pages, on trouve ainsi des crayonnés, des story-boards au lavis,des recherches de personnages, des étapes intermédiaires de la réalisation des cases, des indications couleur, les divers essais de couverture...



Un très bel écrin pour un très bel album, mis en page par Dominique Paquet, qui a réussi à rassembler de manière cohérente un puzzle constitué d’innombrables pièces disparates. Dévoilant ainsi tout le travail de l’ombre qui est nécessaire pour la création d’un album de bande dessinée.

(par Patrick Albray)

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La lumière de Bornéo - Frank et Zidrou - Dupuis

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