Le Vol Du Corbeau - T2 - Par Jean-Pierre Gibrat - Dupuis

16 mai 2005 1 commentaire
  • Malgré de nombreux albums, {{Jean-Pierre Gibrat}} ne s'est véritablement fait un nom dans la bande dessinée qu'en réalisant en solo {le Sursis}, un somptueux diptyque sensible et généreux racontant une histoire d'amour durant la seconde guerre mondiale entre Cécile et Julien. Ce dernier y était obligé de se cacher pour ne pas être repris par les autorités. La qualité narrative et graphique de ce récit magnifique a été saluée par la presse et le public qui n'hésita pas à le porter au firmament des meilleurs albums de la fin de la dernière décennie. Quelques années plus tard, l'auteur nous offrait le premier tome d'un autre diptyque, {Le Vol du Corbeau}, nous narrant le parcours de Jeanne, la sœur de Cécile, pendant l'Occupation. Gibrat publie aujourd'hui le deuxième et dernier tome de cette histoire. La qualité de ce nouveau diptyque égale-t-elle celle du précédent ? Rien n'est moins sûr...

Paris, fin juin 1944, Jeanne se cache toujours dans la péniche d’Huguette et de René. Malheureusement, celle-ci est réquisitionnée par les Allemands. Un soldat de la Wehrmacht est assigné à sa garde, et veille à ce que les produits qu’elle transporte arrivent à bonne destination. Jeanne décide de ne pas se cacher et de se comporter de manière fort naturelle sur le bateau. Entre deux escales, elle rejoint Paris pour tenter d’avoir des nouvelles de Cécile, sa sœur... Va-t-elle la retrouver ?

Gibrat profite donc de ce récit pour établir un lien avec son précédent diptyque. Jeanne est la sœur de l’héroïne du Sursis, ce qui suscite la sympathie des lecteurs. Nombreux sont ceux qui eurent un petit faible pour Cécile en lisant le Sursis. Avec cette deuxième partie du Vol du Corbeau, l’auteur nous ballade au gré de la houle qui fait vibrer la péniche, se laissant le temps de raconter le quotidien de ses personnages. Les événements qui suivront en seront d’autant plus intenses et dramatiques. Gibrat n’arrive cependant pas à nous émerveiller comme il le faisait avec Le Sursis. La raison est sans doute fort simple : l’histoire d’amour que vivait Cécile et Julien (dans le Sursis) est fort différente de celle de Jeanne et François (dans le Vol du Corbeau).

Rien à redire par contre quant à la qualité graphique de cet album. Jean-Pierre Gibrat a un sens inné de la mise en couleur et du réalisme. Il semble n’avoir de cesse de vouloir trouver l’attitude et l’émotion la plus juste pour chacun de ses personnages, et ce dans chacune des cases. Par exemple, les échanges de regard entre Jeanne, retenue prisonnière dans une pièce, et le soldat allemand, sont très intenses et renforcent le climat oppressant de la scène

Le Vol du Corbeau est un récit qui réjouira les amateurs du travail de Jean-Pierre Gibrat, mais décevra sans doute un peu ceux qui s’attendaient à une intrigue aussi forte que le Sursis. Mais malgré cela, ce récit est d’une excellente facture.

(par Nicolas Anspach)

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1 Message :
  • "Ce récit est d’excellente facture"... et une honte sur le plan historique. Jamais aucun soldat d’origine alsacienne n’aurait pu être seul à Paris, à moins d’être officier. S’il était officier, c’est qu’il était volontaire et qu’il n’a jamais vu le front russe de sa vie.
    Mon grand-père a été obligé de se battre sur le front russe menacé de voir ses parents, sa soeur, ses beaux parents et ma grand-mère fusillés. Hitler considérait l’Alsace comme une région allemande. A ce titre, les hommes étaient obligés de participer à l’effort de guerre. Bien évidemment, il y a eu des volontaires comme il y a eu des collabo dans le pays tout entier.
    J’ai cependant du mal à accepter que les 700 000 morts, alsaciens et lorrains, auraient été du genre à donner des coups de crosse dans le ventre d’une femme enceinte ou à en violer une autre.
    Je trouve le point de vue qu’a pris JP Gibrat blessant, insultant et d’une telle gratuité dans le récit que j’en éprouve un réel dégoût envers l’histoire et son auteur.
    Il est incroyable qu’en 2005 on assimile encore les alsaciens aux nazis et qu’on nie la réalité.

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