Le Voleur d’estampes T1 - Par Camille Moulin-Dupré - Glénat

10 février 2016 1
  • Voilà bien un véritable obdni (objet bandessinesque non indentifié): un jeune auteur français, un projet murement élaboré par chez nous, un découpage qui relève plutôt du domaine de l'animation, ou de l'illustration, que de la bande dessinée, mais une esthétique clairement japonisante et une publication dans le label (et un format) manga d'un grand éditeur, Glénat. Quid alors? Une vraie découverte, qui laisse toutefois le lecteur un peu sur sa faim.

L’imagerie, l’imaginaire et le folklore du Japon imprègnent manifestement ce Voleur d’estampes qui raconte, nous sommes à la fin du XIXe siècle, la rencontre - et la romance - entre un jeune Robin des bois nippon et la fille du gouverneur de la province, jeune femme ayant découvert par hasard l’identité du voleur.

Le Voleur d'estampes T1 - Par Camille Moulin-Dupré - Glénat
Découvertes des terres du Gouverneur
Le Voleur d’estampes - Tome 1 © Moulin-Dupré / Editions Glénat 2016

Par un dessin qui imite - et modernise bien évidemment - l’estampe japonaise Camile Moulin-Dupré monte ainsi en parallèle les histoires de deux jeunes gens en quête de liberté dans un monde en crise économique et morale, et oscillant entre tradition et modernité. Sur cette base, si le héros demeure lui un peu terne, l’héroïne, opiomane pleine d’initiative, séduit aisément.

Formellement original, souvent inventif et plein de détails saisissants ou malins, Le Voleur d’estampes s’impose d’abord comme un bel objet de bande dessinée. Mais il laisse aussi une impression bizarre, celle d’une sorte d’exercice de style mené avec brio mais dont on ressort un peu perplexe, s’interrogeant sur ce qui nous est, au final, raconté. Précisons toutefois que nous n’en sommes pour l’heure, avec ce premier tome d’un diptyque annoncé, qu’à la moitié du récit.

Forfait nocturne
Le Voleur d’estampes - Tome 1 © Moulin-Dupré / Editions Glénat 2016

Assurément maîtrisé et intelligent, cela nous a cependant paru manquer de sensibilité, ou plutôt de sensitivité, aussi bien au niveau des émotions que de l’action. Le dessin, par ses choix esthétiques, dégage un caractère statique qui rayonne sur l’ensemble d’un récit dont le déroulement apparaît du coup un peu figé, un peu artificiel.

Et il faut toute la sensualité de l’héroïne, les volutes de l’opium ou encore les interventions de la mascotte de l’histoire - un fascinant chien blanc - pour briser par moments - et par moments seulement - cette étrange sensation qui nous fait globalement demeurer comme en retrait de cette aventure, simple spectateur distant d’une expérience qu’on nous offre à contempler, à défaut de pouvoir pleinement nous y immerger.

Un menaçant Tengu hante les cauchemars de l’Héritière
Le Voleur d’estampes - Tome 1 © Moulin-Dupré / Editions Glénat 2016

(par Aurélien Pigeat)

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Le Voleur d’estampes T1. Par Camille Moulin-Dupré. Glénat Manga. Sortie le 13 janvier 2016. 208 pages. 13,25 euros.

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1 Message :
  • L’histoire a ce même côté décalé, figé et lent que le dessin et la narration. On n’imagine rien de rapide dans ces moments figés comme les personnages dans leurs vies. Si le second tome, et la fin de l’histoire, se clos posément avec un tel rythme, c’est une vraie découverte. En plus rien n’est dessiné, tout est "construit" par ordinateur, donc c’est une vraie expérience de création graphique. Cela me rappelle des animations faites à partir de tableaux de Van Gogh et autres, mais je ne me souviens plus exactement quand.Le côté figé des tableaux avait imposé le principe du gag court avec animation limitée. Ici ça tente carrément de raconter une histoire.

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