Le Voyage d’Abel - Par L. Belvent et B. Duhamel - Les Amaranthes

19 décembre 2014 0
  • L'histoire poétique d'un vieux paysan rêveur ou comment voyager à l'autre bout du monde sans quitter sa campagne française, ses chèvres et son beau paysage bleu-brumeux.

Reclesme, petit village typiquement français, avec son relais de poste, son bar-tabac aux piliers de comptoir mal décrottés, ses vieux habitants et ses vieilles fermes. C’est dans l’une de ces exploitations isolées que vit Abel. Tel son ancêtre biblique, il garde les troupeaux que ses frères n’ont pas eu le courage de gérer et voit l’antique propriété familiale s’écrouler doucement. Jusqu’aux vaches, tout y sent le vieux.

Le Voyage d'Abel - Par L. Belvent et B. Duhamel - Les Amaranthes

Et pourtant, Abel n’est pas un petit vieux comme les autres. Le papy road trip est à la mode depuis quelques temps dans le neuvième art. Mais si les héros voyagent vraiment dans Les Petits Ruisseaux (Rabaté) ou dans Les Vieux Fourneaux (Lupano et Cauuet), c’est du haut de son tracteur qu’Abel traverse les océans. Le voyage d’Abel est une bande dessinée sur le voyage à domicile, sur les moyens de s’évader à moindre frais, à coup de guides touristiques, de chansons ou de gnôle. On ne peut d’ailleurs pas s’empêcher de penser à Un Singe en hiver, et la scénariste, Lisa Belvent, parvient par moments à retrouver du Audiard dans ses dialogues truculents.

Mais quand Abel boit, cela ne l’amène pas sur le Yangzi Jiang. À l’inverse de Gabin, lui vogue plutôt sur le Mékong, sur la Mer de Chine, mais aussi vers Conakry, Singapour ou Tahiti, à la recherche des vahinés. Le dessin de Bruno Duhamel est toujours aussi simple et efficace, mais alors que dans la très bonne série Les Brigades du temps (scénarisée par Kris), la couleur « aplatit » par moment son dessin, il n’utilise ici que du noir et des dégradés de bleu. Cette quasi bichromie donne au propos encore plus de poésie et nous rend exotique ce coin de campagne française.

Les éditeurs démarchés n’ayant pas jugé bon de retenir cette superbe histoire au ton extrêmement juste, les auteurs ont créé une structure associative, Les Amaranthes, pour s’auto-éditer et ainsi mieux maîtriser la fabrication du volume, de sa pagination à son impression (en France), du financement à la diffusion locale. Cette solution a permis de peaufiner quasi artisanalement cet album, et c’est tant mieux, car cela met bien en valeur l’ambiance intimiste et contemplative du voyage d’Abel. On aura rarement vu voyage aussi immobile, et pourtant aussi dépaysant !

(par Tristan MARTINE)

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