Le chasseur déprime T.1 - Par Moebius - Editions Stardom

22 août 2008 0 commentaire
  • Moebius lance le Major Grubert dans une nouvelle aventure au sein du Garage Hermétique : avec les démarches visionnaires qui le caractérisent, l'auteur allie les styles, références et clins d'œil, prouvant une nouvelle fois (s'il était besoin) la place incontournable qu'il occupe dans le neuvième art.

Déambulant au sein du Garage Hermétique, le Major Grubert se rend compte que le monde qu’il a créé ne l’intéresse plus. Mêmes les étranges coutumes locales l’ennuient, et quand il songe à retourner sur la bonne vieille Terre, il est bien obligé d’admettre qu’il se tape une mortelle dépression ! Pourtant, il apprend qu’il est en réalité l’objet d’une attaque Tar’Haï (encore !) et pour s’en échapper, il décide de se travestir en tueur à gages pour déjouer cette machination. Mais avant tout, il prend contact avec une survireuse pour échapper à sa dépression : la séance l’entraîne dans une série de rêves emboîtés, dont il ne peut s’échapper seul ; le Ciguri étant trop éloigné, il ne peut malheureusement compter que sur lui-même !

Le chasseur déprime T.1 - Par Moebius - Editions Stardom

Excepté ses carnets, avec entre autres Inside Moebius dont nous avons déjà parlé, la dernière bande dessinée publiée par Moebius en 2001 était le cinquième tome du Monde d’Edena [1] C’est donc avec un réel plaisir, mêlé d’une pointe d’appréhension que l’on ouvre ce nouvel ouvrage. D’emblée, la couverture intrigue avec un dessin très aéré dans une mise en page évoquant les illustrés du début du XXème. On peut y retrouver un hommage à Little Nemo, dont Moebius lança une adaptation avec Bruno Marchand, mais également le souhait de souligner que le thème principal du rêve, cher à Winsor McCay, sera au centre des nouvelles aventures du Major.

Rompant avec la mise en couleurs parfois osée que les Humanos avait imposée à l’homme du Ciguri [2], Moebius renoue avec un noir et blanc libéré, nous laissant profiter de la justesse de son trait et de l’espace de sa mise en page. Pourtant, l’homogénéité n’est sûrement pas la qualité principale de l’album : en cadrant des paysages désertiques dans un style très Blueberry, Moebius en profite pour utiliser l’abondance de traits et de hachures qui firent sa renommée. Pourtant, au gré de l’album, et parfois même au sein des pages, les changements sont tranchés, pour passer vers une ligne claire et des espaces ouverts, caractéristiques d’un Moebius parfois plus tardif. Cette alternance pourrait-elle dérouter le lecteur ? Pas selon l’auteur, qui s’applique à chaque case, piochant au gré de ses différentes techniques (ses artifices de facilité comme il s’emploie à les nommer) pour choisir celle qui rendra au mieux la scène à décrire. [3] L’effet est aussi rare que saisissant : là où la moyenne des auteurs tentent d’harmoniser leur dessin au cours d’un album, cette composition captive le lecteur, car en chaque case, une petite œuvre d’art se terre, plus facilement déchiffrable grâce à ce noir et blanc révélateur.

Se relançant dans le principe de l’écriture automatique, Moebius nous offre donc une intéressante approche de la dépression, avec les moyens de la transcender. Via Grubert, cet album, qui n’est donc pas la suite du Major Fatal mais bien une nouvelle aventure, est sans doute la meilleure approche autobiographique de l’auteur (ennui de son œuvre, dépression, ouverture vers la peinture et l’importante part du rêve). Cet album bluffant ravira les fans de Moebius, qui chercheront les liens avec ses précédents travaux. C’est également une excellente entrée en matière pour tout ceux qui n’aurait pas encore franchi les portes de cet univers si particulier. Le public ne s’y est d’ailleurs pas trompé : les 4000 exemplaires de la première édition se sont si bien vendus que l’album sera déjà réimprimé dans les semaines à venir.

(par Charles-Louis Detournay)

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Les illustrations sont © Moebius Production Jean Giraud/Stardom.

[1Nous tenons bien entendu pas compte des Blueberry de Giraud, l’idée étant ici de renforcer l’aspect onirique dans la dualité de l’auteur.

[2Second tome du Major Fatal

[3Cette succession de style était déjà visible dans le premier Major Fatal.

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