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Le château-fort s’empare de la BD à la Tour Jean sans Peur

13 septembre 2010 0 Actualité par Thierry Lemaire
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  • Une conférence sur la BD animée par un conservateur du Musée de Cluny ? Et oui, c'est possible. « L’image du château-fort dans la bande dessinée » a eu lieu mercredi dernier dans la Tour Jean sans Peur à Paris. Ambiance médiévale garantie.

La Tour Jean sans Peur à Paris qui accueille l’exposition "Le Moyen Age en bande dessinée" jusqu’au 14 novembre, redouble d’activité. Après « La peinture néogothique aux origines de la bande dessinée moyenâgeuse », la conférence donnée en mai dernier par Danièle Alexandre-Bidon, ingénieure d’études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales et commissaire de l’exposition, c’était au tour de Xavier Dectot, conservateur au Musée National du Moyen Âge - Thermes et hôtel de Cluny, de prendre la parole sur le sujet du château-fort.

Le château-fort s'empare de la BD à la Tour Jean sans Peur
La conférence dans le hall de la Tour Jean sans Peur
(c) T. Lemaire

A la manière d’un historien de l’art, Xavier Dectot a dressé pendant une heure un panorama de la représentation de ces édifices militaires dans la bande dessinée. Dans le temps qui lui était imparti, le conservateur a surtout décrit quelques œuvres emblématiques en posant des jalons très intéressants.
En commençant par les influences de ces représentations, dont les premières sont les gravures du XIXème siècle. Le Prince Valiant d’Hal Foster s’en abreuve et fait preuve d’ailleurs d’une grande documentation, en effectuant toutefois un curieux mélange. Il n’est pas rare de trouver dans la grande salle d’un château un élément architectural de cathédrale ou de monastère et réciproquement.

Une case de Prince Valiant où l’on ne sait plus trop si l’on se trouve dans un château, une cathédrale ou un monastère, ou les trois à la fois
(c) Foster

L’autre grande source de documentation est le cinéma dont Robin des Bois avec Douglas Fairbanks a longtemps été l’icône. Prince Valiant possède de son côté certains caractères des films muets, comme la pose théâtrale des personnages. Dans Le piège diabolique, Edgar P. Jacobs dessine quant à lui une case tirée du film Ivanhoé avec Robert Taylor.
Ce n’est que des années plus tard que les sources archéologiques et la documentation sur le terrain font leur apparition. Hermann avec Les tours de Bois-Maury et Bourgeon avec Les compagnons du crépuscule en sont les principaux ambassadeurs.

Les Tours de Bois-Maury. En vue d’un château.
(c)Hermann/Glénat

Quelle que soit la documentation, le château-fort a toujours cette position dominante et inquiétante que les seigneurs de l’époque cherchaient à imposer. Il n’y a bien que dans Le piège diabolique que le château de La Roche Guyon est présenté en ruines. Mais c’est un cas particulier, car le château est ici un personnage à part entière de l’histoire.
Plus généralement, le château n’est qu’un décor, peu représenté en entier, que quelques détails immédiatement reconnaissables suffisent à définir : une grande salle, un escalier en colimaçon, des créneaux, un pont-levis. De L’ile noire d’Hergé jusqu’à Johan et Pirlouit de Peyo, en passant par Mildiou de Trondheim, les exemples sont nombreux et éclairants.

Détail de Mildiou, de Trondheim. Malgré le peu d’indices visuels, le lecteur comprend que l’action se déroule dans le couloir d’un château
(c) Trondheim/Le Seuil

Xavier Dectot aurait pu rester des heures sur le sujet, abordant par exemple le Prince Valiant des années 60, dans lequel le château est désormais représenté en bois, scientifiquement plus correct pour une histoire se déroulant au temps du roi Arthur, mais peut-être également plus conforme à l’air du temps et au développement des histoires de conquête de l’Ouest, au premier rang desquelles le Alamo de John Wayne. Hélas, la conférence ne durait qu’une heure, et c’est avec regret qu’il a fallu clore les débats, non sans avoir posé à Xavier Dectot quelques questions :

L’affiche de l’expo Astérix
(c) Musée de Cluny

Xavier Dectot, après l’expo Astérix de l’année dernière, on va finir par croire que tous les conservateurs à Cluny sont fans de BD.
Tous, non, mais on est plusieurs en tout cas, dont Isabelle Bardiès-Fronty qui s’était occupé de l’exposition Astérix. Et puis il y a quelques années, notre actuel chargé d’équipe documentaire avait poussé plusieurs fois l’idée d’une exposition sur le Moyen Age dans la bande dessinée. Il y avait eu plusieurs projets qui n’avaient pas abouti. On peut donc dire que lorsque le projet Astérix est arrivé – initié par les éditions Albert-René –, le terrain était préparé.

Il y avait eu une préparation psychologique.
Oui, parce que ce n’était pas gagné pour tout le monde. C’est une question de génération. Pour la génération de nos parents, la bande dessinée ce sont les illustrés, quelque chose qui n’est pas très sérieux, et en tout cas pas un art majeur.

En voyant cette exposition de la Tour Jean sans Peur, on se dit qu’elle aurait eu sa place à Cluny.
Non, pas telle qu’elle est conçue ici parce que Cluny reste un Musée au sens traditionnel du terme où on expose des œuvres, des originaux. Ici, il y a beaucoup de panneaux didactiques et de reproductions. Avec Astérix, on a vu qu’il n’était pas si facile de monter une exposition de bande dessinée, et encore, on a eu la chance que les originaux soient en grande partie conservés par Uderzo. Ce n’est facile non plus de mettre l’accent sur un détail d’une planche, ou alors il faut faire un agrandissement d’une case. Mais on en revient au problème des originaux.

Ce n’est pas imaginable de voir la reproduction d’une case dans une exposition du Musée de Cluny ?
Ça arrive qu’on ait un agrandissement dans un panneau didactique, mais il faut concevoir l’exposition autour d’originaux.

A ce moment là, on peut imaginer une exposition de bande dessinée avec des objets médiévaux.
Tout à fait, comme un jeu de passerelles entre des objets ou des détails de manuscrits et leur reprise dans des bandes dessinées. Jusqu’à présent, on n’y avait pas pensé mais ce n’est pas forcément facile parce que les dessinateurs utilisent une documentation qui peut représenter des objets du monde entier. C’est généralement difficile de convaincre un musée de prêter une œuvre. Je crains que cette défiance de la bande dessinée dont nous parlions tout à l’heure pose des barrières supplémentaires. Mais c’est une idée à creuser. D’ailleurs, il n’est pas dit qu’on ne réorganise pas une exposition sur la bande dessinée à Cluny. Mais pas à court terme.

Xavier Dectot après sa prise de parole
(c) T. Lemaire

Le musée doit déjà se remettre de l’exposition Astérix.
(rires) En un sens oui, parce que pour Cluny, qui n’est pas un musée d’art contemporain, on s’est trouvé dans une situation dont on n’avait pas l’habitude, qui était d’avoir un artiste vivant. On n’avait pas de repères. Et puis avec Albert Uderzo, on avait à faire à un monument de la bande dessinée, qui n’est pas forcément facile d’accès. Donc de ce point de vue là, c’est quelque chose qu’il faut qu’on assimile. Au-delà de ça, le programme d’exposition est déterminé assez longtemps à l’avance. Mais je pense que c’est quelque chose sur lequel on reviendra, le tout c’est de trouver l’angle. Une exposition de bande dessinée au Musée de Cluny, ça se refera.

Pour l’exposition Astérix, vous avez des retours ?
En terme d’image, ça a extrêmement bien marché. Ça a permis d’avoir un coup de projecteur dans des revues qui habituellement n’ont pas de rapport avec nous, d’avoir la visite d’un public jeune – même si l’exposition n’était pas destinée aux enfants –, et vis-à-vis des tutelles, ça a fait parlé de nous. A plein de points de vue, c’était une expérience intéressante.

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A noter qu’il reste une dernière conférence dans le programme de la Tour Jean sans Peur, et pas des moindres puisqu’elle sera assurée par Michel Pastoureau, éminent médiéviste, directeur d’études à l’École Pratique des Hautes Études. « Ivanhoé, de Walter Scott à la bande dessinée » aura lieu le mercredi 29 septembre.

(par Thierry Lemaire)

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

Tour Jean sans Peur
20, rue Étienne Marcel - 75002 Paris
01 40 26 20 28 - www.tourjeansanspeur.com

ACCÈS Métro : Ligne 4 (arrêt Étienne Marcel)
RER : RER A, B, D (arrêt Châtelet-Les Halles)
Bus : 29 (arrêt Étienne Marcel-Turbigo)

HORAIRES D’OUVERTURE
Exposition présentée du 14 avril au 14 novembre 2010
de 13h30 à 18h du mercredi au dimanche

JEUNE PUBLIC
Parcours-jeux sur la tour et l’exposition offerts pour les 7 - 12 ans.
Espace lecture pour les enfants

CONTACTS
tél. : 01 40 26 20 28
fax : 01 40 26 20 04
courriel : tjsp@wanadoo.fr

 
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