Le combat ordinaire - T1 - par Larcenet - Dargaud

18 mars 2003 0 commentaire
  • "C'est l'histoire d'un photographe fatigué, d'une fille patiente, d'horreurs banales, et d'un chat pénible". Ne vous fiez pas au trop laconique résumé en quatrième de couverture. Car le roman que nous conte Larcenet au travers de la remise en question d'un photographe qui a décidé d'ouvrir une parenthèse dans sa vie professionnelle en allant vivre à la campagne avec son chat est bien parti pour figurer parmi les meilleurs livres de l'année. Il est, en tout cas, indispensable.

Marco a quitté Vélizy pour la campagne. Il a quitté son psy parce qu’il trouve qu’il va mieux. Il a quitté son boulot de reporter parce qu’il en a marre de photographier "des cadavres exotiques ou des gens en passe de le devenir".

A part ça, tout va bien. Il a un frère complice (rigolades et gros pétards) qui l’appelle Georges et réciproquement, à cause de John Malkovich qui disait dans Des souris et des hommes : "J’aurai un petit lapin et je l’appellerai Georges, et je le garderai contre mon cœur."

Il a des parents au bord de la mer. Un papa tout ratatiné qui oublie le présent mais se rappelle très bien la couleur de la robe de sa mère le jour de son mariage. Une maman qui s’inquiète pour lui, sa constipation, son avenir et le cancer du poumon qu’il va sûrement choper, comme le fils de Mme Bergerin.

Après une virée affectueuse (et éprouvante) chez les parents, il retrouve le silence de sa petite maison dans la verdure, et son chat (baptisé Adolf en raison d’un caractère "affirmé"), qui se fait charcuter par le gros chien d’un sale con de chasseur. À cette occasion, il rencontre Émilie, vétérinaire de son état, et un chouette petit vieux qui ramasse des mûres. Ça lui fait un amour et un ami.

Mais voilà que tout se déglingue : Emilie se met à vouloir des choses angoissantes (partager avec lui une maison et un bébé), et le passé dégoûtant du gentil petit vieux émerge brutalement. Marco craque. Et puis, la cruauté et la connerie achevant de détruire son monde, il touche le fond.

Ce qui lui permet de remonter. "J’ai encore pas mal de choses à éclaircir si je ne veux pas être réincarné en plaque d’égout", disait-il en évoquant ses rapports délicats avec les femmes. Il évitera la plaque d’égout : il fera juste ce qu’il faut pour retrouver Émilie.

"C’est l’histoire d’un photographe fatigué, d’une fille patiente, d’horreurs banales et d’un chat pénible", écrit Larcenet. C’est aussi un scénario parfaitement maîtrisé, drôle - de cette drôlerie complice qui évite l’ironie - et tendre, en totale osmose avec un dessin hypersensible au bonheur et à la détresse. (Sans parler du chat ou d’Emilie, le moindre canapé est craquant.)

Le combat ordinaire, histoire légère et bouleversante d’une renaissance, est l’album le plus personnel de Larcenet, et le meilleur - en attendant le suivant.

(par Patrick Albray)

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Au fil de ses livres, Manu Larcenet ne cesse de nous émouvoir et de nous étonner. "Presque" (Editions "Les Rêveurs de Runes" - à lire absolument), les souvenirs de service militaire qu’il avait racontés avec une sensibilité qui n’allait pas de soi, avait été un premier choc pour beaucoup. Installé à la campagne depuis plusieurs années, il avait déjà raconté, avec son complice Ferri, l’angoisse du citadin qui doit s’adapter à ce nouvel environnement ("Le retour à la terre", dans la collection "Poisson Pilote" de Dargaud - à lire également, comme tous ses livres dans la même collection). "Le combat ordinaire" a, lui aussi, une base autobiographique. Mais sur ce fond, Larcenet bâtit un véritable roman, fait de tranches de vies mettant en scène des personnages vrais, attachants, à la personnalité forte, avec toutes ces qualités mais surtout tous ces défauts, toutes ces faiblesses, ces secrets cachés au plus profond d’eux-mêmes qui en font de vrais êtres humains.
C’est un livre tendre et drôle à la fois, où l’on respire, où l’on prend le temps de prendre son temps, de regarder la nature, de profiter de la vie, de sentir ses émotions.
Graphiquement, Larcenet y multiplie les trouvailles avec un talent d’impressionniste, jouant sur les couleurs, avec quelques pages introspectives en gris, des scènes rouge vif lors de graves crises d’angoisse, s’offrant quelques jolis tableaux de scènes campagnardes, de toute beauté.
"Le combat ordinaire" est un roman magnifique, enrichissant, l’un de ces quelques livres qui font honneur à la bande dessinée en démontrant à chacune des pages qu’elle ne se limite pas à un simple art du divertissement.

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