Le compte à rebours de Moulinsart

23 mai 2008 11 commentaires
  • Une planche d’Hergé offerte à Beaubourg un 22 mai, date anniversaire de la naissance du grand homme, voilà qui montre de la part des gestionnaires de l’œuvre d’Hergé un formidable sens du timing . De vrais « spin doctors »…

L’événement a fait la une du Monde et une pleine page à l’intérieur : Tintin est entré au musée d’art moderne du centre Georges Pompidou avec la planche 12 de L’Affaire Tournesol. Sonnez clairons et trompettes ! « Aucun musée n’a sollicité de planche originale d’Hergé, seul Beaubourg en a manifesté le désir ; il a même proposé de l’acquérir… » dit à Yves-Marie Labé du Monde, l’ayant-droit d’Hergé, la « vigie pugnace de Tintin », Fanny Rodwell. [i].

Nous sommes contents pour Beaubourg, mais la vénérable institution s’est fait manipuler, de même que Le Monde. Des planches d’Hergé, il y en a déjà dans les musées. Celui d’Angoulême, par exemple, en a trois : Une de Tintin au Tibet accompagnée de son crayonné et une planche du Sceptre d’Ottokar, bonjour le scoop ! Ce n’est pas la première fois non plus que la BD fait son entrée à Beaubourg. Plusieurs expositions de bande dessinée y ont eu lieu (Reiser, Hergé, Willem récemment) et le musée d’art moderne a accueilli par exemple des bandes dessinées de Crepax et de Forest lors de sa grande exposition sur le Pop Art.

Le compte à rebours de Moulinsart
Fanny Rodwell. Depuis le décès d’Hergé en 1983, elle est l’ayant-droit de son oeuvre.
Photo : Didier Pasamonik (L’Agence BD).

Pour comprendre cette opération de communication, il faut regarder la date : 22 mai 2008, soit 101 ans après la naissance d’Hergé. L’année dernière, à la même date, on posait la première pierre du Musée Hergé à Louvain La Neuve, lequel devrait ouvrir en Mai 2009. Le Monde ne manque pas de le rappeler soulignant que Fanny Rodwell investit personnellement 15 millions d’euros dans l’affaire, tandis que l’architecte de l’édifice, Christian de Portzamparc, était présent lors de la remise solennelle de la planche. Nous sommes donc bien dans un effet de teasing.

Souvenez-vous aussi : Spielberg annonça quasi simultanément son association avec Peter Jackson –le réalisateur de King Kong et du Seigneur des Anneaux- dans le développement du film. Un an plus tard, le même Spielberg est à Cannes pour présenter son Indiana Jones et pas un journaliste n’évite la question : « Et Tintin ? »

Le musée Hergé en construction en janvier 2008
Capture d’écran. DR

En réalité, Nick et Fanny Rodwell jouent leur va-tout sur ces deux axes de communication. Le musée, on a vu les chiffres, est pour eux un gros enjeu. Saura-t-il attirer assez de monde à Louvain-La-Neuve, une ville universitaire à 30 Km de Bruxelles, pour être rentable ? Nul ne le sait.

Quant aux films, il faut avoir entendu la nuance lors des récentes interviews, Spielberg ne s’en affiche plus que comme le producteur. Si sa sortie en salle se solde, comme pour le dernier Astérix, par un échec, ça va être dur de revenir aux premières places.

On comprend d’autant mieux pourquoi les gestionnaires de l’œuvre d’Hergé s’agitent avant les échéances.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

Cet article reste la propriété de son auteur et ne peut être reproduit sans son autorisation.

[iFanny Rodwell, vigie pugnace de Tintin par Yves-Marie Labé in Le Monde du vendredi 23 mai, page 3.

 
Participez à la discussion
11 Messages :
  • Cette fois-ci, il est question qu’une planche bd intègre définitivement le musée Beaubourg. De plus on ne peu pas blâmer Fanny Rodwell de continuer à faire vivre l’œuvre de son défunt mari. Le musée du centre Pompidou accueille bien plus de visiteurs que celui d’Angoulême. Soit 6.000.000 de visiteurs par an.

    Est-ce pour les sous tout ce foin ? Je pense qu’ils ont les poches suffisamment remplies, pour s‘inquiéter de leurs avenirs. A moins que ce soit pour se faire enterrer avec. :)

    Hergé était un collectionneur d’art, il aurait été fier de ce prestige, qu’une de ses œuvres intègre ce musée. Etre ainsi aux côté des Picasso et des André Breton…

    C’est sans doute pour le prestige de sa mémoire… par amour, que Fanny « Rémy » à fait cela. Je trouve ça beau et romantique.

    Mais taper sur les ayants droit d’Hergé, est devenu un peu systématique comme taper sur la politique de Bush.Il faut absolument déceler dans chaque démarche qu’ils réalisent, un but vil et mercantile…Pourquoi ?

    Après tout, ils font ce qu’ils veulent de l’œuvre. Ils ne l’ont pas dénaturé sur toutes ses années ?Bien que du contraire je pense . Alors après tout,On s’en fout .

    Chers Didier, j’aime bien vos articles, et votre investissement dans le monde de la bd m’impressionne, mais il faudrait parfois modérer votre côté « passionné ».

    Répondre à ce message

    • Répondu par Didier Pasamonik (L’Agence BD) le 23 mai 2008 à  12:27 :

      Je ne sais pas lequel de nous deux est le plus "passionné".

      Je ne "tape" pas sur les époux Rodwell que je n’ai jamais hésité à défendre en d’autres temps. Vous ne pouvez donc pas me classer dans la catégorie des opposants systématiques.

      Niez-vous que le moment est là par hasard ? Je me suis juste contenté de contextualiser la portée de cet "évènement" dans la perspective de l’ouverture du musée et des films.

      Pf, la BD traîne une bande de bigots !

      Répondre à ce message

      • Répondu par Patrice Buendia le 23 mai 2008 à  23:38 :

        Juste quelques précisions cinématographiques :

        - L’"échec" du dernier Astérix n’est que relatif au triomphe du second opus. Près de 7 millions d’entrées, c’est certes moitié moins que "Mission Cléopatre", mais c’est tout de même un sacré score.

        - Contrairement à ce que vous affirmé, Spielberg a confirmé à Cannes qu’il réaliserait le premier film adapté de Tintin, Peter Jackson le second et il serait possible qu’ils co-réalisent le troisième. (http://www.cine-horaire.com/fil.php?article=20080520085217). Donc, loin de se défiler, Tonton Steven a officialisé le projet, y compris à la télévision (interviews France 2, Canal +, etc.)

        Enfin, pour revenir plus précisément à Hergé, vu sa passion pour l’art moderne ou contemporain, je trouve que l’acquisition de cette planche par Beaubourg est plutôt une jolie nouvelle. Pour une fois qu’on ne parle pas des ayant-droits pour une question de licence de chaussette...

        Répondre à ce message

        • Répondu par Goliath le 24 mai 2008 à  00:52 :

          Non, Spielberg ne réalisera pas Tintin, il le produira, comme il l’a confirmé lors d’une interview sur France 2.

          Répondre à ce message

          • Répondu par Icecool le 24 mai 2008 à  15:39 :

            Reverifiez vos sources !!!!!!

            Spielberg REALISERA bien le 1er film Tintin, comme ça été dit maintes fois (relire mon post ici : http://www.actuabd.com/spip.php?breve2636)

            Je crois qu’il y confusion sur le mot "production", vu l’ampleur des studios comme des moyens aux mains des deux co-producteurs/co-réalisateurs que sont Spielberg et Peter Jackson... Pour informations encore, les deux hommes se sont retrouvés sur le plateau d’Avatar de James Cameron (qui a lieu en Nouvelle Zelande ; SFX par Weta Digital), et l’acteur Andy Serkis a reprécisé le calendrier annoncé : 1er film par Spielberg dont le tournage commencerait en Septembre ou Octobre 2008 (pour une sortie en 2010 ou 2011). Dans le dernier Ciné Live (n°123, p.32, Spielberg déclare même avoir déjà tourné pendant une semaine (des essais), avant donc le début réel du tournage...

            Spielberg tient particulièrement à ce projet depuis 1983, il ne va certainement pas le déléguer...Mais devrait réaliser deux autres films avant ou après (dont la bio de Lincoln). Le grand site américain IMBD le crédite également toujours comme réalisateur.

            Voir enfin (concernant le calendrier de tournage) les news de ce site ici :

            http://www.drjones.fr/news.php?id=655

            Répondre à ce message

            • Répondu par jean-yves le 25 mai 2008 à  19:24 :

              il est effectivement important de vérifier ses sources , surtout sur le net !

              mauvaise foi aussi de comparer le musee d’angouleme , specialisé dans la bd , avec un musée d’art contemporain , un des plus grand au monde qui plus est : il faudrait plutot vérifier s’il y a d’autres grand musée d’art comtemporain ayant fait la démarche : y a-t-il de la bd a la Tate ? au Moma etc : pas tres interessant de porter la critique sur cet angle là ....apres c’est effectivement un plan de com , et alors ? heureusement ! Je doute effectivement que la meme démarche des editions albert rené ou d’autres eu value ce type d’article ...( reste que je trouve par ailleurs l’attitude de Moulinsart déplorable qd a sa chasse aux images sur tintin )

              Répondre à ce message

              • Répondu par Fred Golden le 27 mai 2008 à  23:33 :

                Juste pour répondre au message précédent à titre d’info et sans volonté de contester quoique ce soit :
                Oui, il y a de la bande dessinée au MOMA, et au minimum depuis 8 ans, époque à laquelle je m’y suis rendu.

                On peut y admirer des planches splendides de
                Chris Ware
                et de
                Robert Crumb,
                qui sont tous deux des auteurs bien vivants à l’heure où je tape ce message.
                Planches très bien mises en valeur et non placées près des toilettes ni près d’une quelconque sortie de secours.

                Merci de m’avoir lu.

                Répondre à ce message

  • En réalité, Nick et Fanny Rodwell jouent leur va-tout sur ces deux axes de communication. Le musée, on a vu les chiffres, est pour eux un gros enjeu. Saura-t-il attirer assez de monde à Louvain-la-Neuve, une ville universitaire à 30 Km de Bruxelles, pour être rentable ? Nul ne le sait.

    Avec l’ouverture de du centre commercial : « L’esplanade », à deux pas, et les trains et bus qui desservent la ville de Louvain-la-Neuve, le musée ne peut que marcher.

    Avez-vous déjà été à Louvain-la-Neuve récemment ? C’est blindé de monde, d’étudiants, de commerçant. Chaque fois que je m’y rends, je m’y perds, car ça construit dans tout les sens.

    Sans aucun doute, CA MARCHERA.

    Répondre à ce message

  • Le compte à rebours de Moulinsart
    23 mai 2008 13:27, par Ernest34

    Une autre présence de bande dessinée dans les musées oubliée par l’article du Monde, celle de R. Crumb au Musée d’art contemporain de Sérignan, qui possède plusieurs planches (suite à l’expo qui avait eu lieu). Donc, la bande dessinée n’a pas attendu pour rentrer dans les musées d’art moderne et/ou contemporain.

    cf http://www.ville-serignan.fr/home.htm

    Répondre à ce message

  • Le compte à rebours de Moulinsart
    23 mai 2008 22:55, par A. Hammerstein

    Faut-il toujours soupçonner de vains calculs derrière tout ce qui se passe chez Moulinsart ? Le résultat tangible, c’est que Hergé et Tintin continuent à vivre, sans l’aide d’une nouveauté en librairie - depuis trois décennies. Cela me paraît déjà très honorable. Pour ce qui concerne l’entrée dans les collections de Beaubourg, on ne peut que s’en réjouir : le "9ème Art" (expression créée par Morris, à la fin des années 60) trouve place dans les musées, en tant qu’art, et non activité vaguement décorative, comme cela a été trops souvent le cas jusqu’ici. C’est tout à l’honneur de Beaubourg : je rappelle que le monde des collectionneurs et des ventes d’art avait compris cette mutation depuis un certain temps...
    Quant au musée, ce sera incontestablement une oeuvre d’art rendant hommage à une oeuvre d’art. La BD s’est longtemps servi de l’architecture (hommage à Oscar Niemeyer dans les Picaros, etc), et pas seulement chez Hergé : le style "Atomium" a fait florès chez Roba, Franquin, Will, Macherot et bien d’autres. C’est donc à une sorte de "revanche" que nous assitons : après avoir été utilisée par la BD, l’architecture s’approprie la BD !
    Tout le reste me paraît très byzantin, et je crois que les subtilités de langage de Spielberg tiennent plus à quelques différends qui l’opposent occasionnellement aux grands studios. Et, sans doute, si Spielberg avait adapté Astérix au cinéma, on n’aurait pas assisté à la triste adaptation, mal contrôlée, que nous avons subie... mais qui a fait une belle recette, tout de même, résultant sans doute d’un budget colossal et disproportionné par rapport à la qualité du film. On se gardera donc de regretter le ratage qualitatif d’Astérix, si dans le même souffle on reproche à Nick Rodwell de multiplier les initiatives pour conserver l’esprit de la création d’Hergé. Si quelqu’un de chez Albert-René en avait fait autant, il y aurait peut-être eu moins de raison d’étriller le film ?
    Enfin, l’attitude dubitative à l’égard du musée Hergé me fait furieusement penser aux campagnes de dénigrement avant l’ouverture de Beaubourg. Je crois qu’un "ratage" comme Beaubourg ferait furieusement plaisir aux époux Rodwell.

    Répondre à ce message

  • Le compte à rebours de Moulinsart
    24 mai 2008 16:28, par David

    Le syndrome " Yoko Ono" continue...
    Etre veuve + gérer les affaires de son ancien mari = suspecte.
    Bref, ironie mise à part, ce genre de comportement maladif de mes collègues masculins me fatigue...
    Je n’ajouterai rien de plus à cette remarque, le message de ( M ou Mme ) Hammerstein étant à 100% en accord avec mes pensées sur le sujet.

    Répondre à ce message