Le curieux mariage de Fantasio

27 juin 2016 0 commentaire
  • Voici le "Spirou par..." de Benoît Feroumont. Ou plutôt un "Fantasio par..." l'auteur du Royaume. Une approche en rupture avec le Spirou "canonique" de Franquin et Gillain, les prémisses ne donnant vraiment pas envie, mais qui séduit néanmoins. Mais que reste-t-il de Spirou après cela?

L’affaire est entendue : Spirou, propriété des éditions Dupuis, va passer de main en main, comme toute "licence" qui se respecte, et désormais, un chien avec un chapeau qui aurait une once de notoriété médiatique dans le domaine de la bande dessinée pourra poser sa patte sur le héros en groom des éditions Dupuis.

Tous les fantasmes contemporains y passent : Spirou a désormais un sexe et est susceptible de rougir devant une femme, lui qui en a été privé pendant des années. Dieu merci, il ne mène pas encore la vie dissolue d’un Sardanapale, mais il a acquis une vérité "politique" qu’il n’avait pas jadis quand on le voyait évoluer dans des dictatures métaphoriques : il est désormais confronté à des vrais nazis dans une Occupation qui ne saurait être une fiction.

Spirou n’est plus un héros, c’est un exercice de style. On avait détesté celui de Fabrice Parme et de Lewis Trondheim, une sorte de Famille Pierrafeu plaqué sur un univers incompatible avec ce genre de dessin, et qu’un scénario peu inspiré ne sauvait guère. On attend Dany ou Frank Pé avec une certaine confiance... Mais on en redoute d’autres... Alors Feroumont ?

En feuilletant l’album, avouons-le, nous y allions en reculant. Les pages de garde fifties, le mariage subit de Fantasio embarqué dans un scénario-démarque du Diable en Prada, un argument de départ évoquant la spoliation des biens juifs durant la Seconde Guerre mondiale... Tout cela, par avance, nous faisait difficilement réprimer un soupir.

Le curieux mariage de Fantasio
Le Spirou de Benoît Feroumont : Fantasio se marie - Éditions Dupuis

Mais il y a le dessin extrêmement habile et l’art du storytelling de Feroumont qui sauve le tout. On adhère immédiatement aux personnages qui arrivent à s’extraire des conventions, le rythme et le suspense du récit nous amenant à tourner les pages avec une relative avidité. La lecture est agréable est dynamique, le lecteur est emporté et on referme l’ouvrage en se disant qu’on a lu là un bon album.

Ce Spirou-là apporte-t-il à l’univers mythique du groom ? Là on est loin d’avoir une réponse.

(par Didier Pasamonik (L’Agence BD))

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